La sortie médiatique du journaliste sénégalais Yerim Seck, mettant en cause le président guinéen Mamadi Doumbouya, continue de susciter des réactions. Dans ses déclarations, l’ancien collaborateur de Jeune Afrique a évoqué de présumées exécutions de citoyens, y compris des officiers de l’armée, attribuées au chef de l’État guinéen.
Face à ces accusations jugées graves, le juriste Kalil Camara a proposé une lecture juridique du dossier à travers une publication sur les réseaux sociaux. Son analyse met en avant les mécanismes prévus en matière de diffamation visant les autorités étrangères.
Selon lui, « dans le cadre de la diffamation des autorités des États étrangers, chaque État dispose dans sa procédure pénale de la saisine diplomatique de sa juridiction nationale ». Il précise que Sénégal n’échappe pas à cette règle, rappelant ainsi que les poursuites judiciaires dans ce type d’affaires obéissent à des procédures spécifiques.
Le juriste s’appuie sur des précédents récents pour illustrer son propos. « Récemment (mois de février dernier), un journaliste malien a été condamné pour offense à un chef d’État étranger sur plainte des autorités nigériennes », souligne-t-il, ajoutant qu’« un autre journaliste avait été condamné pour la même infraction encore au Mali contre les autorités guinéennes ». Ces exemples traduisent, selon lui, l’effectivité des poursuites dans l’espace ouest-africain en matière d’atteinte à l’honneur de dirigeants étrangers.
Dans son analyse, Kalil Camara insiste sur le rôle central des autorités étatiques dans l’enclenchement des procédures. « De règle générale, le procureur ne peut agir sans la plainte des autorités de l’État étranger concerné », affirme-t-il. Ainsi, lorsqu’un État estime que ses dirigeants sont diffamés à l’étranger, « la meilleure voie est la saisine diplomatique de la justice de l’État du journaliste ».
Au-delà de la procédure, le juriste évoque également les garanties liées au fonctionnement de la justice. « Sachons que la justice assume son indépendance et son impartialité dans certains États. Le Sénégal est une belle référence pour les États de l’Afrique de l’Ouest », indique-t-il, mettant en avant la crédibilité de certaines juridictions de la région.
Sur le fond du droit, Kalil Camara rappelle que les journalistes disposent d’un moyen de défense reconnu : « Devant la justice, l’exceptio veritatis (vérité des faits diffamatoires) est admise pour le journaliste ». Toutefois, il précise que cette possibilité reste strictement encadrée : « elle ne peut être fondée que sur des preuves concrètes, sous peine de condamnation du journaliste ».
Enfin, il insiste sur l’exigence de rigueur probatoire en matière de diffamation. « En tout état de cause, il n’y a pas de supposition devant la justice sur des faits de diffamation. Un journaliste qui affirme qu’un ministre a volé doit être prêt en justice à apporter la preuve du vol et l’implication du ministre », conclut-il.
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