Le Bénin a tenu ce dimanche 12 avril 2026 son élection présidentielle, opposant le ministre des Finances Romuald Wadagni, dauphin désigné du président sortant Patrice Talon, à Paul Hounkpè, figure d’une opposition marginalisée. Le scrutin s’est déroulé dans un contexte d’apathie électorale notable, avec une participation faible dans les grandes villes et l’absence du principal parti d’opposition. Les résultats provisoires sont attendus au plus tard mercredi par la Commission électorale nationale autonome.
Le vote s’est tenu. Mais l’enthousiasme, lui, n’était pas au rendez-vous selon africanews.com.
Ce dimanche 12 avril 2026, près de huit millions de Béninois étaient appelés aux urnes pour désigner le successeur de Patrice Talon, au terme de ses deux mandats constitutionnels. Sur les bulletins de vote, deux noms : Romuald Wadagni, ministre de l’Économie et des Finances, soutenu par les deux principaux partis de la majorité et par le président sortant lui-même, et Paul Hounkpè, ancien ministre de la Culture et figure d’une opposition jugée marginale par la plupart des observateurs.
Un favori sans véritable concurrent
Romuald Wadagni s’impose comme le grand favori de ce scrutin. Architecte de la politique économique du Bénin pendant dix ans au ministère des Finances, il incarne la continuité d’une décennie de croissance soutenue qui a vu le PIB du pays doubler et les performances économiques dépasser les 6% par an. Son adversaire, Paul Hounkpè, n’a pas réussi à incarner une alternative crédible. Il a même dû compter sur l’aide de députés de la majorité pour obtenir les parrainages parlementaires nécessaires à son inscription sur les bulletins de vote.
Face à cette configuration, l’analyste politique Rufin Godjo résume avec lucidité l’état d’esprit général : « Il ne peut y avoir de véritable enthousiasme ; pour cela, il faudrait un débat et chaque camp devrait croire en ses chances. »
L’opposition principale exclue du scrutin
L’absence la plus remarquée de cette élection est celle du principal parti d’opposition, Les Démocrates. Son chef, Renaud Agbodjo, n’a pas réussi à obtenir le nombre requis de soutiens parlementaires pour se présenter. La majorité au pouvoir attribue cette exclusion à des divisions internes au sein du parti, dont plusieurs figures de proue ont rejoint la campagne de Wadagni.
Mais pour une partie de l’électorat, cette situation a suffi à justifier l’abstention. « Je n’irai pas voter, cette élection n’est pas inclusive. On ne peut pas parler de véritable compétition démocratique lorsque certains acteurs politiques clés en sont exclus », a déclaré Arnold Dessouassi, un enseignant de 39 ans rencontré à Cotonou par notre source. L’analyste Godjo abonde dans ce sens : « Les mécontents n’ont pas disparu. Les tensions et la frustration restent vives ; leurs espoirs électoraux ont été anéantis», rapporte notre source.
Une participation en berne dans les grandes villes?
Selon notre source, le taux de participation s’est imposé comme l’un des sujets d’attention majeurs de la journée. Dans les grandes villes, notamment à Cotonou et Porto-Novo, l’affluence est restée faible tout au long du scrutin, avec des taux parfois estimés entre 20 et 40% dans certains bureaux de vote. Une abstention notable qui contraste avec une mobilisation jugée plus soutenue dans certaines zones rurales.
Malgré ce contexte, certains électeurs ont tenu à faire entendre leur voix. « Nous devons voter pour garantir un taux de participation élevé », a déclaré Yvan Glidja, un homme d’une trentaine d’années, présenté tôt dans une école transformée en bureau de vote à Cotonou pour voter pour Wadagni.
Des irrégularités signalées
Notre source rapporte que la journée de vote a par ailleurs été marquée par des signalements d’irrégularités. Des organisations de la société civile ont recensé une centaine d’alertes, évoquant notamment des ouvertures anticipées de bureaux de vote ou des urnes supposées déjà remplies avant le début du scrutin. Ces signalements n’ont pas encore fait l’objet d’une réaction officielle des autorités électorales.
L’Union européenne, l’Union africaine et la CEDEAO ont toutes envoyé d’importantes délégations d’observateurs. Nana Akufo-Addo, ancien président ghanéen à la tête de la délégation de la CEDEAO, a déclaré à l’AFP : « Nous espérons qu’un maximum de Béninois se rendront aux urnes aujourd’hui pour faire leur choix. »
Des défis majeurs pour le successeur de Talon
Au-delà du résultat électoral, le futur président héritera d’un pays aux performances économiques solides mais traversé par des fractures profondes. Le taux de pauvreté est estimé à plus de 30%, et de nombreux Béninois se plaignent que les retombées de la croissance de ces dix dernières années ne leur soient pas parvenues. « La prochaine phase du développement du pays sera l’éradication de l’extrême pauvreté. C’est l’une de ses priorités », a déclaré l’un des proches collaborateurs de Wadagni,mentionné par nos confrères.
La question des libertés civiles se pose également avec acuité après le virage autoritaire attribué à Talon, sous le régime duquel de nombreux opposants ont été condamnés à de lourdes peines. Hounkpè a promis de libérer les « prisonniers politiques » en cas de victoire.
Enfin, la sécurité dans le nord du pays constitue un défi croissant. Le nord du Bénin est en proie à une violence djihadiste de plus en plus meurtrière, perpétrée principalement par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), très actif au Burkina Faso et au Niger voisins.
Une réforme constitutionnelle adoptée l’année dernière a par ailleurs prolongé le mandat présidentiel de cinq à sept ans et harmonisé le calendrier électoral. Les prochaines élections au Bénin n’auront donc lieu qu’en 2033.
Les résultats provisoires sont attendus au plus tard mercredi par la Commission électorale nationale autonome (CÉNA). Le dépouillement est terminé. L’attente commence.
Laguinee.info







