En Guinée, le droit à la vie privée est protégé par la Constitution. Il constitue une limite claire à la liberté d’expression et à la liberté de la presse, y compris lorsqu’il s’agit de personnalités publiques. Le juriste Kalil Camara décrypte les règles et les recours possibles.
« Même les hommes publics ont droit au respect de leur vie privée », souligne d’emblée Kalil Camara. Un principe parfois oublié, mais fermement rappelé par la jurisprudence européenne et le code civil guinéen.
La notion de vie privée bénéficie d’une protection constitutionnelle en Guinée. « Elle constitue une limite à la liberté d’expression ou la liberté de la presse », explique le juriste. Autrement dit, tout média, qu’il soit en ligne, à la radio ou à la télévision, doit respecter certaines frontières.
Parmi les atteintes les plus nettes à la vie privée, Kalil Camara donne un exemple précis : « Il y a atteinte à la vie privée, le fait par un organe de presse en ligne, de radio ou de télévision, de divulguer des informations sur un litige portant sur la garde des enfants, opposant deux ex époux, peu importe que l’une des parties soit une personnalité publique. »
Un arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme, connu sous le nom d’arrêt Colombani, affirme pourtant que les personnalités publiques doivent faire preuve d’une certaine tolérance face aux critiques émanant des médias et des citoyens. Mais Kalil Camara apporte une nuance essentielle : « Cela concerne les fonctions de ces personnalités. » Il ajoute : « La Cour de Strasbourg qui tient fermement au respect de la liberté d’expression ne tolère pourtant pas les atteintes au droit à la vie privée même quand il s’agit des personnalités publiques. »
En droit guinéen, l’article 44 du code civil offre une voie de recours. « Toute personne victime d’une ingérence dans sa vie privée par le fait d’un média ou d’autres moyens de publication peut saisir le juge pour cesser l’atteinte et demander allocation des dommages-intérêts », précise le juriste.
La jurisprudence va plus loin. Selon Kalil Camara, « la victime d’une telle atteinte (sur le fondement de l’article 44) n’a pas besoin de démontrer le préjudice. Le juge peut souverainement en fixer le montant. » Une disposition qui renforce la protection des personnes, publiques ou non, contre les intrusions injustifiées.
Ainsi, derrière le débat sur la liberté d’expression et le rôle des médias, se dessine une frontière ténue mais essentielle : celle du respect de l’intime. Une frontière que la loi et les juges, en Guinée comme en Europe, rappellent avec fermeté.
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