Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a adressé une correspondance officielle au Premier ministre guinéen, exprimant de vives inquiétudes après la suppression brutale de quarante formations politiques, dont certaines parmi les plus influentes du pays.
C’est une mise en garde venue de Genève. Le 19 mars 2026, l’ONU a décidé de saisir officiellement Conakry.
Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) a adressé une correspondance formelle au Premier ministre guinéen à la suite de la dissolution, le 6 mars dernier, de quarante partis politiques par le Ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation (MATD). Dans ce courrier, l’institution onusienne dit nourrir de sérieuses préoccupations quant aux conséquences de cette décision sur l’espace civique et le processus électoral à venir.
Des formations majeures frappées de plein fouet
Parmi les partis dissous figurent des poids lourds de la scène politique nationale : l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG), le Rassemblement du Peuple de Guinée – Arc-en-ciel (RPG Arc-en-ciel) et l’Union des Forces Républicaines (UFR). Au-delà de la perte de leur personnalité juridique, ces formations ont vu leurs sièges fermés et placés sous scellés, leurs avoirs mis sous séquestre dans l’attente de la désignation d’un curateur chargé de leur gestion.
Une décision aux effets immédiats et concrets, qui prive d’un coup plusieurs organisations politiques de toute existence légale.
L’ONU invoque le droit international
Le Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Volker Türk, a rappelé dans sa note que les partis concernés disposaient d’un délai courant jusqu’à fin mai 2026 pour se mettre en conformité avec les exigences administratives prévues par la législation nationale. Il insiste sur la nécessité de garantir que toute mesure affectant les partis politiques soit « pleinement conforme aux obligations internationales de la Guinée », notamment en matière de liberté d’association, de participation à la vie publique et d’organisation d’élections périodiques et inclusives.
Le HCDH rappelle à cet égard que la République de Guinée est signataire du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, deux instruments juridiques fondamentaux qui garantissent précisément ces droits.
La correspondance onusienne s’inscrit également dans un contexte plus large. L’institution note que ces dissolutions semblent s’ajouter à une série de restrictions de l’espace démocratique, dont l’interdiction des manifestations publiques en vigueur depuis mai 2022 et un usage croissant de mesures administratives contre des partis et des organisations de la société civile.
Conakry maintient sa ligne
Face à ces critiques, le gouvernement guinéen n’entend pas céder du terrain. Le ministre des Affaires étrangères, Morissanda Kouyaté, a défendu la décision devant le corps diplomatique, la qualifiant de « transparente, objective et rigoureuse ». Selon lui, elle résulte d’un contrôle administratif portant exclusivement sur le respect des obligations légales des formations concernées. Une décision impersonnelle, a-t-il insisté, sans coloration politique d’aucune sorte.
Malgré les mises en garde, le HCDH a tenu à saluer la coopération existante avec les autorités guinéennes. L’institution se dit prête à renforcer son assistance technique sur les cadres juridiques et institutionnels liés à la participation politique, à la gestion de l’espace civique et à l’organisation d’élections conformes aux standards internationaux.
Une controverse à dimension internationale
Cette prise de position officielle des Nations Unies donne une portée nouvelle à une affaire qui dépasse désormais les frontières guinéennes. Elle intervient à un moment particulièrement sensible : le pays se prépare à d’importantes échéances électorales, et la question de la participation des partis politiques au scrutin à venir reste, à ce stade, entière.
Laguinee.info







