Lors d’un panel sur la soutenabilité de la dette souveraine, tenu l’après-midi du 3 avril, l’ancien Premier ministre guinéen Cellou Dalein Diallo a alerté sur les obstacles croissants à la mise en place de solutions efficaces pour prévenir et gérer les crises de la dette.
Coanimé avec Mme Elizabeth Sidiropoulos, Directrice de l’Institut sud-africain des Affaires internationales, ainsi que des experts des Nations Unies, ce panel a mis en lumière plusieurs facteurs compromettant les efforts d’allègement de la dette des pays en développement.
Un recul alarmant de l’Aide publique au développement
L’un des principaux points soulevés par Cellou Dalein Diallo concerne la réduction drastique de l’Aide publique au développement (APD) annoncée par les grands créanciers du Club de Paris, qui pourrait entraver l’adoption des propositions formulées pour le traitement et la prévention des crises de la dette.
« Les États-Unis, par exemple, ont décidé de réduire de 83 % le budget de l’USAID ; la France prévoit une baisse de 37 % de son APD en 2025 ; la Belgique, de 32 % ; le Royaume-Uni, de 0,5 % à 0,3 % de son PNB d’ici 2027 ; et les Pays-Bas envisagent une réduction de 2,4 milliards d’euros à partir de 2027 », a-t-il précisé.
Ces coupes budgétaires risquent de freiner les initiatives de réduction de la pauvreté, d’action climatique et de développement durable, accentuant la vulnérabilité des pays les plus endettés.
Un contexte géopolitique défavorable
Au-delà de ces restrictions budgétaires, Diallo a souligné que les divergences, voire les conflits, qui opposent aujourd’hui les grands créanciers du G20 et du Club de Paris compliquent toute tentative de coordination.
« Sécurité, commerce, climat, financement du développement ou encore aide humanitaire : autant de domaines où ces acteurs affichent des intérêts de plus en plus divergents, voire conflictuels. »
Dans ce climat tendu, l’Afrique du Sud, qui assure actuellement la présidence du G20, devra relever le défi de concilier ces intérêts opposés pour espérer obtenir un consensus sur l’annulation de la dette et l’augmentation de l’APD.
Les créanciers privés, un autre verrou à débloquer
Même en cas d’accord au sein du Club de Paris et du G20, la réticence des créanciers privés reste une contrainte majeure. En 2024, ces créanciers ont perçu 54 % des services de la dette payés par l’Afrique.
Sans un engagement clair des créanciers officiels, comment espérer convaincre ces acteurs privés de participer aux efforts d’allègement ? Cellou Dalein Diallo pose une question clé :
« Sans ce consensus au niveau des créanciers officiels, comment pourrait-on vaincre la réticence des créanciers privés et des cabinets de notation – appelés à revoir leur système de notation jugé défavorable à l’Afrique – à participer aux efforts d’allègement et de prévention des crises de la dette des pays en développement ? »
Un défi de taille pour l’avenir
Face à ces défis multiples, l’avenir des pays en développement dépendra en grande partie de la capacité des acteurs internationaux à surmonter leurs désaccords et à proposer des solutions viables.
Dans un tel contexte, il pourrait être difficile d’obtenir un consensus, même au sein du Club de Paris, ce qui mettrait en péril les objectifs de financement du développement, de lutte contre la pauvreté et d’action climatique.
La balle est désormais dans le camp des grands créanciers et des institutions internationales. Leur volonté de coopérer ou non déterminera l’ampleur des crises à venir.
Laguinee.info





