Quelques jours après la suspension des activités d’exploitation clandestine de l’or par les autorités guinéennes, plusieurs ressortissants burkinabè quittent les zones aurifères de Siguiri pour rejoindre la frontière guinéo-malienne, notamment à Kourémalé. Ce mouvement de départ suscite des interrogations et alimente des spéculations autour d’une éventuelle expulsion des ressortissants burkinabè.
Face à ces commentaires, Dieudonné Francis Thienobego, président des ressortissants burkinabè en Haute-Guinée, apporte des précisions. Dans un entretien accordé à un correspondant de Laguinee.info à Kankan, il estime qu’il ne s’agit pas d’une mesure visant une nationalité particulière, mais d’une décision souveraine des autorités guinéennes dans le cadre de la lutte contre l’exploitation minière illégale.
Le responsable communautaire dit suivre la situation avec préoccupation, compte tenu du nombre important de ses compatriotes qui exercent des activités économiques dans les zones aurifères concernées. Il reconnaît toutefois la légitimité de l’action des autorités guinéennes.
« Nous suivons cette situation avec beaucoup de préoccupation. Ce qui se passe actuellement à Siguiri est particulièrement inquiétant et sensible, compte tenu du nombre élevé de nos compatriotes qui exercent des activités économiques dans ces zones aurifères. Il s’agit d’une décision souveraine de l’État guinéen, visant à assainir le secteur minier, à lutter contre l’exploitation artisanale de l’or et à protéger les ressources naturelles. En écoutant attentivement le communiqué, même les nationaux ne sont pas épargnés par cette opération, à plus forte raison les non-nationaux. Notre souhait est que cette opération se déroule dans le respect des droits humains, de la dignité des personnes et des procédures légales », a-t-il déclaré.
Le président des ressortissants burkinabè en Haute-Guinée rappelle également les liens historiques et économiques entre les deux peuples. Il invite les populations à ne pas confondre les éventuels actes répréhensibles commis par des individus avec l’ensemble de la communauté burkinabè vivant en Guinée.


« La Guinée est une terre qui accueille depuis de nombreuses années des ressortissants burkinabè. Beaucoup de nos compatriotes y vivent, y travaillent et y entreprennent, contribuant ainsi au développement économique et social du pays. Nous sommes conscients que nous sommes sur une terre qui a ses lois, ses règles, ses traditions et ses institutions. Nous invitons donc tous nos compatriotes à respecter les décisions des autorités guinéennes. Nous demandons également à nos frères et sœurs guinéens de ne pas faire d’amalgame entre les comportements individuels et l’ensemble de la communauté burkinabè. Un Burkinabè qui commet une infraction doit répondre de ses actes conformément à la loi. Cela ne doit jamais devenir un motif de stigmatisation de toute une communauté. La fraternité entre nos deux peuples doit rester au-dessus des circonstances », a-t-il souligné.
Alors que certains de ses compatriotes sont confrontés à l’arrêt de leurs activités économiques, Dieudonné Francis Thienobego leur adresse un message de solidarité et de responsabilité. Il les exhorte notamment au calme, à la prudence et au respect des lois du pays d’accueil.
« Je comprends les inquiétudes de ceux qui sont aujourd’hui confrontés à l’arrêt de leurs activités économiques et qui doivent parfois abandonner leurs investissements et leurs moyens de subsistance. Mais je les invite au calme, à la prudence et au respect des lois du pays d’accueil. Évitons les provocations, les discours de haine, les informations non vérifiées et les publications susceptibles d’aggraver la situation. Ceux qui souhaitent rentrer au Burkina Faso doivent pouvoir le faire dans la dignité, la sécurité et le respect de leurs droits. Ceux qui résident dans d’autres localités de la Guinée doivent poursuivre leurs activités dans le respect des lois et entretenir de bonnes relations avec leurs voisins guinéens », a-t-il lancé.
Le responsable communautaire insiste par ailleurs sur la nécessité de privilégier le dialogue et la solidarité pour préserver les relations entre les deux communautés. « Les frontières séparent les territoires, mais elles ne doivent jamais séparer les peuples. La Guinée et le Burkina sont deux pays frères. Nous avons le devoir de préserver cette fraternité pour les générations présentes et futures », a-t-il rappelé.
Dieudonné Francis Thienobego exhorte ainsi ses compatriotes à la sérénité et au respect des lois guinéennes, tout en appelant les populations à préserver la cohésion sociale.
Au-delà du mouvement de départ observé dans les zones aurifères de Siguiri, cette situation souligne également l’importance d’une communication officielle claire afin de dissiper les spéculations, prévenir les amalgames et éviter la propagation de fausses informations.
Mohamed Lamine Yansané, depuis Kankan, pour Laguinee.info





