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Km 36 : à la force des bras, Mamadou Bobo Diallo refuse de céder au chômage

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Au marché de Km 36, dans la commune de Sanoyah, le vacarme des motos-taxis, des vendeuses de condiments et des camions chargés de marchandises ne s’arrête jamais. Au milieu de cette agitation, une silhouette se démarque : celle d’un jeune homme poussant une charrette en bois, chargée de sacs de riz, de cartons et de bagages en tout genre. Il s’appelle Mamadou Bobo Diallo.

Père de famille, âgé d’une trentaine d’années et père de deux enfants, il passe désormais toutes ses journées sous un soleil de plomb, à transporter les bagages des commerçants et des clients contre quelques billets.

De motard à charretier

Son histoire est celle d’une reconversion forcée. Mamadou était motard-taxi. C’était son gagne-pain, celui qui lui permettait de nourrir sa famille. Jusqu’au jour où tout a basculé.

Sa moto a été volée

Sans engin, sans capital pour en racheter une, il s’est retrouvé du jour au lendemain sans activité. Plutôt que de sombrer dans le désespoir ou de céder à la facilité, il a fait un choix que beaucoup jugent ingrat.

« J’étais motard avant, jusqu’au jour où ma moto a été volée. Dans cette situation, je ne savais pas quoi faire. C’est ainsi que j’ai commencé à louer des charrettes à 5 000 FG pour subvenir aux besoins de ma famille », confie-t-il, le visage ruisselant de sueur.

Chaque matin, il se rend chez le propriétaire de la charrette, paie ses 5 000 FG de location, et commence sa longue journée de labeur. Un bagage transporté, c’est 2 000 FG. Parfois 3 000 FG quand le client est généreux.

« J’ai commencé ce travail il y a seulement deux mois. Je ne gagne pas beaucoup, parce qu’à chaque fois que je prends un bagage, on me paie 2 000 FG, mais c’est mieux que d’aller voler », raconte-t-il avec dignité.

Pour lui, il n’y a aucune honte à pousser une charrette. La vraie honte, c’est de voler.

Les moqueries comme carburant

Pourtant, le regard des autres est parfois lourd à porter. Dans un quartier où le paraître compte beaucoup, être charretier est souvent perçu comme le dernier des métiers.

« Dans le quartier, nombreux sont ceux qui se moquent de moi. Mes amis et même ma propre femme ont honte de ce statut, mais moi, j’ai un objectif : obtenir beaucoup d’argent afin de commencer à vendre du café ici à Km 36 », déclare-t-il, les yeux fixés sur son rêve.

Ce rêve, c’est de quitter la charrette pour devenir vendeur de café au même marché de Km 36. Un petit commerce à lui, stable, qui lui permettrait de ne plus louer son outil de travail et d’offrir un avenir meilleur à ses deux enfants.

Son courage ne laisse pas indifférent. Un commerçant du marché, chez qui il est devenu un permanent, témoigne :

« Bobo, c’est quelqu’un qui travaille beaucoup. Il est toujours là, en train de me demander si je n’ai pas de bagages à transporter. Peu importe ce qu’il subit de la part des clients, il reste focus sur son objectif : rentrer avec de l’argent à la maison. »

Un message aux jeunes

Sous sa charrette grinçante et ses mains calleuses, Mamadou Bobo Diallo cache une leçon de vie qu’il veut partager avec toute une génération tentée par l’oisiveté ou la délinquance.

« Je dirais à tous les jeunes qui passent leur temps à voler ou à ne rien faire de se lever et de faire quelque chose, même si c’est de ramasser les ordures chez les gens pour avoir de l’argent, c’est mieux que rien. Aucun travail n’est indigne si tu acceptes de le faire. »

À Km 36, pendant que d’autres attendent une opportunité, Mamadou Bobo Diallo, lui, la pousse à deux bras, tous les jours, sous le soleil.

 

Alhassane Sylla et Mariame Keita, stagiaires

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