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N’Zérékoré : dans les ateliers, le savoir-faire artisanal face au manque de matières premières

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Des sacs en raphia accrochés aux murs. Des sculptures en bois alignées dans un coin. Des objets en bambou et des tissus aux couleurs terre. Au Centre d’Exposition Artisanale de N’Zérékoré, le savoir-faire local est bien visible. Mais derrière cette vitrine, les artisans font face à une difficulté qui menace directement leur activité : l’accès aux matières premières.

 

Installés sur le site depuis 1992, les artisans y ont progressivement développé plusieurs corps de métier. Antoni Théa, président de l’association coopérative du Centre d’Exposition Artisanale de N’Zérékoré, explique que les activités sont organisées en différentes sections.

Il y a notamment la teinture dite de la « forêt sacrée », inspirée d’une couleur marron traditionnellement portée au retour du camp d’initiation. Les sculpteurs travaillent le bois pour produire des statues et des masques. D’autres réalisent des tableaux de paysages et des portraits à travers la calligraphie.

 

Le bambou est transformé en objets utilitaires. Le raphia, lui, devient sacs et autres articles artisanaux.

Cette diversité repose sur une organisation collective. Les artisans ont créé une coopérative pour coordonner leurs activités, prévenir les conflits et favoriser la collaboration entre les membres. Pour Antoni Théa, l’objectif est simple : permettre à chacun de vivre de son travail.

 

D’un hangar à un véritable centre d’exposition

 

Le site n’a pas toujours offert les conditions actuelles. Lorsque les artisans s’y sont installés en 1992, ils travaillaient notamment dans des cases et des hangars. Ces installations protégeaient difficilement les travailleurs et leurs productions, particulièrement pendant la saison des pluies.

Le bâtiment actuel a été réalisé dans le cadre des infrastructures liées à la célébration du 55ᵉ anniversaire de l’indépendance de la Guinée, organisée à N’Zérékoré.

 

Pour les artisans, cette infrastructure a marqué une amélioration importante. Mais les difficultés n’ont pas disparu. Elles ont changé de forme.

 

Désormais, c’est l’approvisionnement en matières premières qui préoccupe.

 

Bois, raphia : des matières de plus en plus difficiles à trouver

 

Le travail artisanal dépend directement des ressources disponibles dans les marchés et les villages environnants. Or, selon Antoni Théa, leur accès devient de plus en plus compliqué.

 

Le problème est à la fois économique et environnemental. Certaines matières se raréfient, tandis que les artisans ne disposent pas toujours des moyens financiers nécessaires pour constituer des stocks.

 

À cela s’ajoutent les restrictions destinées à protéger les ressources forestières.

 

Le bois utilisé par les sculpteurs, le raphia et certaines écorces nécessaires à la fabrication de plusieurs produits sont notamment concernés.

 

Pour les artisans, le défi consiste donc à trouver un équilibre entre deux impératifs : préserver les ressources naturelles et garantir l’accès aux matières indispensables à leurs activités.

 

Ils souhaitent ainsi pouvoir accéder à ces ressources dans un cadre légal et durable.

 

Quand le manque de touristes freine les ventes

 

Le problème ne s’arrête toutefois pas à la production. Une fois les objets fabriqués, encore faut-il trouver des acheteurs.

Au Centre d’Exposition Artisanale, les produits sont disponibles, mais les visiteurs restent peu nombreux. Antoni Théa déplore notamment la faiblesse du tourisme à N’Zérékoré.

 

Selon lui, une grande partie des créations reste limitée au marché local. Pour élargir leurs débouchés, certains artisans doivent eux-mêmes transporter leurs productions vers les zones frontalières.

 

Une démarche qui représente des coûts supplémentaires et limite la visibilité des produits.

 

Pour le président de la coopérative, ces créations pourraient pourtant dépasser le marché local et intéresser des acheteurs au-delà des frontières guinéennes.

 

Un savoir-faire qui cherche des débouchés

 

Dans la salle d’exposition, les produits ne manquent pas. Les sacs en raphia sont là. Les sculptures aussi. Les objets en bambou et les tissus témoignent de la diversité du savoir-faire local.

 

Mais pour les artisans, la vitrine ne suffit plus.

 

Ils demandent aux autorités de faciliter l’accès aux matières premières, mais aussi de favoriser leur participation aux foires et aux expositions afin d’élargir leurs marchés.

 

Pour Antoni Théa, soutenir ces artisans revient également à préserver et promouvoir une partie du patrimoine culturel guinéen.

 

À N’Zérékoré, le savoir-faire existe. Les artisans continuent de créer malgré les difficultés. Mais pour que leurs productions franchissent les portes du centre et atteignent de nouveaux marchés, il leur faut désormais davantage de matières premières accessibles, de débouchés commerciaux et d’ouverture sur l’extérieur.

 

Naby Moussa Camara, Stagiaire pour Laguinee.info

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