spot_imgspot_imgspot_imgspot_img

Réseaux sociaux, web TV, influenceurs : la HAC face au nouveau front de la régulation électorale

spot_imgspot_imgspot_img

À LIRE AUSSI

À l’issue des campagnes électorales de 2025 et 2026, la Haute Autorité de la Communication (HAC) dresse un constat qui dépasse le fonctionnement traditionnel des radios et télévisions. Dans son rapport général publié en juillet 2026, l’institution relève la place désormais centrale des réseaux sociaux, des web TV et des influenceurs dans la diffusion des messages électoraux. Un espace numérique où les mécanismes de régulation apparaissent encore limités.

Dans plusieurs régions, les équipes de supervision de la HAC ont constaté une forte activité sur les plateformes numériques pendant la période électorale. À Kankan, le rapport relève notamment une mobilisation importante des supports traditionnels, mais aussi des réseaux sociaux, devenus des canaux privilégiés pour diffuser rapidement textes, images et vidéos de campagne.

La HAC en tire une conclusion qui concerne désormais l’ensemble du dispositif de régulation électorale. Elle estime que l’expérience de 2026 confirme la nécessité d’élargir la surveillance au-delà des médias classiques :

« L’expérience de la campagne électorale de 2026 confirme que la régulation médiatique en période électorale ne peut désormais se limiter aux seuls médias traditionnels. »

Dans ce nouvel environnement, l’institution cite plusieurs catégories de contenus et d’acteurs à surveiller. Il s’agit notamment des réseaux sociaux, des web TV, des influenceurs numériques et des contenus sponsorisés. Les contenus générés par l’intelligence artificielle figurent également parmi les nouveaux enjeux identifiés par le régulateur.

Cette évolution s’accompagne toutefois de nouveaux risques. Dans la zone spéciale de Conakry, les équipes de monitoring ont notamment relevé une exposition accrue des médias à la désinformation, notamment lorsque des contenus publiés initialement sur les réseaux sociaux sont repris sans vérification préalable.

Injures, rumeurs et discours de haine parmi les dérives relevées

Les différents rapports régionaux font ressortir plusieurs catégories de contenus problématiques observés sur les plateformes numériques. Parmi les faits signalés figurent les propos injurieux ou diffamatoires, les appels à la violence ou au désordre public ainsi que les discours de haine à caractère communautaire, régional, politique, religieux ou ethnique.

La diffusion de fausses informations et de rumeurs non vérifiées est également citée. À cela s’ajoutent la propagande présentée sous une apparence informative, l’absence d’identification claire de certains contenus sponsorisés et la diffusion de messages de campagne pendant la période de silence électoral.

Les espaces de commentaires constituent également une difficulté particulière pour les équipes de supervision. La HAC relève que les émissions interactives et les commentaires publics peuvent favoriser la circulation de propos excessifs, d’accusations non vérifiées ou de prises de position partisanes.

Le rapport souligne ainsi les difficultés rencontrées par les animateurs et les administrateurs des différentes plateformes pour maîtriser ces contenus lorsqu’ils sont publiés en temps réel.

À Koubia, des publications retirées pendant la campagne

La question de la régulation numérique ne s’est pas limitée aux observations théoriques. Dans la région de Labé, un cas concret a été documenté à Koubia.

Selon le rapport, trois sites ou pages en ligne ont été contraints de retirer des publications diffusées « sans autorisation pendant la période de campagne électorale ». Cette intervention constitue, dans le rapport régional, une mesure visant directement des acteurs du numérique.

La HAC relève toutefois une difficulté importante dans le traitement de ces dossiers : la conservation des preuves numériques.

Dans certains cas, les informations transmises aux équipes de supervision ne comportaient pas suffisamment d’éléments permettant d’établir précisément les faits. Le rapport cite notamment l’absence de captures d’écran, de liens, d’horodatages, d’identification des auteurs ou d’extraits suffisamment exploitables.

La HAC rappelle ainsi que la qualification d’un incident dépend des preuves disponibles, des textes réglementaires applicables et de l’appréciation de l’autorité compétente.

Les pages des candidats également sous surveillance

Le monitoring de la HAC ne s’est pas limité aux médias et aux pages d’information. Les comptes et pages officiels des candidats ont également fait l’objet d’un suivi.

À Siguiri et Kouroussa, les équipes ont relevé des insuffisances dans la modération des espaces interactifs et des sections de commentaires des pages consacrées aux candidats aux élections communales.

Des propos excessifs et des rumeurs locales auraient ainsi circulé dans ces espaces. Le constat place donc également les équipes de campagne face à leur responsabilité dans la modération des contenus publiés sur leurs propres plateformes.

La HAC veut mettre en place une veille numérique permanente

Face à ces nouveaux défis, les missions régionales formulent plusieurs recommandations communes. La première consiste à créer au sein de la HAC une cellule permanente de veille numérique électorale et post-électorale.

L’institution recommande également de renforcer les capacités de ses moniteurs et superviseurs dans le suivi des réseaux sociaux, la détection des contenus générés par l’intelligence artificielle et les techniques de vérification numérique.

La mise en place d’un protocole standardisé pour collecter et conserver les preuves numériques figure aussi parmi les propositions. La HAC préconise, en outre, la création d’une base de données régulièrement actualisée regroupant les web TV, les pages publiques et les influenceurs à surveiller pendant les périodes électorales.

L’acquisition d’outils permettant de capturer, d’archiver et d’analyser les contenus numériques est également recommandée.

La vérification des contenus reste au cœur des recommandations

À l’endroit des médias, la HAC insiste particulièrement sur la nécessité de vérifier les informations avant leur diffusion ou leur reprise.

Elle recommande notamment :

« Renforcer les mécanismes de vérification des informations à travers le recoupement systématique des sources, l’identification des origines des contenus et la conservation des éléments de traçabilité. »

Cette recommandation intervient dans un contexte où une publication peut être rapidement reprise par plusieurs médias et comptes sociaux, parfois sans que son origine puisse être clairement identifiée.

Un dispositif de régulation encore en construction

À travers son rapport, la HAC reconnaît que la régulation des contenus numériques demeure un chantier en construction. Le monitoring des élections de 2026 a notamment mis en évidence des risques liés aux déséquilibres dans le traitement de l’information, aux contenus partisans non identifiés, aux propos excessifs, à la désinformation et à la rapidité de propagation des publications.

L’institution annonce ainsi la poursuite de la modernisation de ses mécanismes de suivi et le développement d’outils adaptés aux nouvelles réalités de la régulation numérique.

Avec la montée en puissance des réseaux sociaux, des web TV, des influenceurs et des contenus produits ou modifiés grâce à l’intelligence artificielle, la surveillance de l’espace électoral ne se limite donc plus aux antennes des radios et des télévisions. Pour la HAC, le prochain défi consiste désormais à adapter ses méthodes, ses outils et ses compétences à un environnement numérique où l’information circule plus vite que les mécanismes traditionnels de contrôle.

 

Laguinee.info

- Advertisement -
spot_img
spot_img
spot_img

ECHO DE NOS RÉGIONS