Le malaise persiste au sein du Programme national de recensement administratif à vocation d’état civil (PN-RAVEC). Trois cent soixante-quinze superviseurs techniques communaux affirment être dans l’attente de 15 mois de salaires impayés et demandent au ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation (MATD) ainsi qu’à la Coordination nationale du programme de clarifier leur situation administrative et contractuelle.
Leur inquiétude s’est accentuée après une demande de restitution des motos qui leur avaient été attribuées dans le cadre de leurs fonctions. Pour les intéressés, cette procédure soulève une question centrale : si leurs fonctions ont pris fin, pourquoi aucune notification officielle ne leur a-t-elle été adressée ?
Le PN-RAVEC avait officiellement prévu le déploiement de 375 superviseurs techniques communaux pour assurer des missions opérationnelles à la base.
Un recrutement après un processus de sélection
Les superviseurs concernés expliquent avoir intégré le programme à la suite d’un appel à candidatures national. Le processus aurait comporté une phase de présélection, un test, puis la sélection des candidats retenus.
Dans une lettre adressée à la Coordination nationale du PN-RAVEC le 15 août 2026, le collectif revient sur les conditions de ce recrutement.
Les superviseurs rappellent les différentes étapes ayant conduit à leur engagement :
« À la suite d’un appel à candidatures national, nous avons participé au processus de recrutement des Superviseurs Techniques Communaux, comprenant notamment une phase de sélection et de test, au terme de laquelle nous avons été retenus. »
Selon leur correspondance, leur recrutement est intervenu en octobre 2024. Après une période d’essai, ils indiquent avoir commencé effectivement leurs activités en novembre de la même année.
Un premier contrat de quatre mois aurait alors été signé, couvrant la période de novembre 2024 à février 2025.
Un premier contrat arrivé à échéance
Selon les superviseurs, cette première période contractuelle devait s’achever en février 2025. Ils affirment toutefois avoir poursuivi leur collaboration avec le programme au-delà de cette échéance.
Le collectif indique qu’un paiement aurait encore été effectué pour le mois de mars, avant que la situation financière ne se complique davantage.
Dans leur lettre, les superviseurs décrivent cette période de transition :
« À l’issue de ce premier contrat, seulement le mois de mars qui a été payé, ce qui représente le cinquième mois. »
Les agents expliquent ensuite qu’une note conjointe du MATD et du ministère de la Justice aurait annoncé la prolongation des activités du programme jusqu’en décembre 2025.
Cette prolongation aurait entretenu chez eux l’espoir d’une poursuite de leur collaboration avec le PN-RAVEC.
Des agents qui disent avoir continué à travailler
Selon le collectif, la prolongation du programme ne s’est cependant pas accompagnée du maintien de leurs rémunérations. Les superviseurs affirment avoir continué à exercer certaines activités sur le terrain sans percevoir leurs salaires habituels.
Ils indiquent avoir reçu uniquement des crédits de communication pendant une certaine période.
Dans leur correspondance adressée à la Coordination nationale, ils expliquent cette situation :
« Avec cette prolongation du programme, les superviseurs, bien qu’étant sur le terrain en train de travailler, n’ont jamais perçu leurs salaires. C’est seulement les crédits téléphoniques que nous recevions jusqu’à la fin des 9 mois. »
Cette version reste toutefois celle du collectif. Les responsables du PN-RAVEC et le MATD n’ont pas, dans les éléments transmis pour cet article, donné leur version sur les conditions de travail des superviseurs après l’échéance de leurs contrats.
Une absence de notification qui alimente le malaise
Au-delà des salaires, c’est leur statut administratif qui préoccupe désormais les superviseurs.
Ils affirment n’avoir reçu aucune notification officielle annonçant la fin de leurs contrats, leur suspension, leur licenciement ou leur non-reconduction.
Dans leur lettre d’alerte adressée au président de la République, les agents soulignent cette absence de décision formelle :
« Plus préoccupant encore, aucune notification officielle individuelle ou collective ne nous a été adressée pour nous informer de la fin de notre collaboration, de la suspension de nos fonctions, de la non-reconduction de nos contrats ou de toute autre décision administrative concernant notre situation. »
Pour le collectif, cette situation crée une incertitude sur le statut des 375 superviseurs. Les agents demandent donc à savoir à quelle date leur collaboration aurait officiellement pris fin et quelle décision administrative aurait motivé l’interruption de leurs rémunérations.
Une non-association aux activités du programme
Les superviseurs évoquent également leur mise à l’écart de certaines activités après la prolongation annoncée du programme.
Ils affirment notamment ne plus avoir été associés à certaines opérations alors qu’ils avaient été recrutés, formés et affectés dans les communes pour participer à la mise en œuvre du PN-RAVEC.
Le collectif demande ainsi aux autorités d’expliquer les raisons de cette non-association :
« Pour quelles raisons les anciens Superviseurs Techniques Communaux n’ont-ils plus été associés aux activités du programme malgré sa prolongation annoncée jusqu’en décembre 2025 ? »
Cette question fait partie des points pour lesquels les agents souhaitent obtenir une réponse officielle de la Coordination nationale.
La restitution des motos ravive les interrogations
Le dossier a pris une nouvelle tournure avec la demande de restitution des motos mises à la disposition des superviseurs.
Pour les agents, cette procédure intervient alors que leur situation contractuelle n’aurait toujours pas été officiellement clarifiée. Ils veulent notamment savoir si la récupération des motos constitue une conséquence directe d’une décision mettant fin à leurs fonctions.
Dans leur lettre à la Coordination nationale, ils demandent des précisions sur le fondement de cette procédure :
« Nous souhaiterions notamment comprendre dans quel cadre administratif et juridique ces motos nous avaient été affectées, quelle décision motive aujourd’hui leur restitution et si cette restitution est liée à une décision mettant fin à nos fonctions. »
Le collectif précise qu’il ne cherche pas à s’opposer à la restitution des biens appartenant au programme.
Les superviseurs expliquent eux-mêmes leur position :
« Notre démarche ne vise nullement à contester l’autorité de la Coordination nationale ni à nous soustraire à une éventuelle procédure de restitution des biens du programme. »
Ils demandent plutôt que la procédure soit accompagnée d’une clarification officielle sur leur statut et sur les raisons qui la motivent.
Des dépenses liées aux motos évoquées
Les agents soulèvent également la question des dépenses liées à l’utilisation des motos. Selon leur collectif, les frais de carburant et d’entretien n’auraient pas été pris en charge depuis la mise à disposition des engins.
Saa Moussa Tolno, superviseur technique communal à Bolodou, évoque cette difficulté :
« Depuis qu’on nous a remis les motos, aucun frais de carburant ni d’entretien ne nous a été remis. »
Ces déclarations font partie des éléments que le collectif souhaite voir examinés par les autorités dans le cadre de la clarification globale de leur situation.
Une saisine des plus hautes autorités
Après avoir engagé des démarches auprès de la Coordination nationale, les superviseurs ont décidé de porter leur situation à la connaissance des plus hautes autorités.
Une lettre d’information et d’alerte datée du 16 août 2026 a ainsi été adressée au président de la République. Le collectif dit vouloir privilégier une démarche institutionnelle et demande l’intervention des services compétents.
Dans cette correspondance, les agents précisent le sens de leur démarche :
« Notre démarche ne constitue donc pas une accusation contre une personne ou une institution. Elle constitue avant tout une alerte institutionnelle et une demande de clarification.»
Les superviseurs sollicitent notamment la vérification de leur situation administrative et contractuelle, l’examen des éventuels arriérés de salaires et la clarification des conditions dans lesquelles leurs contrats auraient pris fin ou n’auraient pas été renouvelés.
15 mois d’arriérés revendiqués
Sur le volet financier, la revendication du collectif porte désormais sur 15 mois d’arriérés de salaires.
Selon Saa Moussa Tolno, chaque superviseur percevait 5 millions de francs guinéens par mois.
Il précise le montant réclamé par les agents :
« Au total, l’État nous doit 15 mois d’arriérés de salaire étant donné que chaque superviseur était payé à 5 000 000 GNF. »
Sur cette base, 15 mois représentent 75 millions de GNF par superviseur.
Pour les 375 superviseurs, le montant revendiqué atteindrait ainsi 28,125 milliards de francs guinéens, si les 15 mois d’arriérés concernent effectivement l’ensemble des agents et si la rémunération mensuelle de 5 millions de GNF s’applique à chacun sur toute la période.
Ces chiffres constituent toutefois les montants avancés par le collectif. Ils doivent encore être vérifiés et confrontés aux documents contractuels et aux données de paiement détenues par l’administration.
Des documents pour étayer leurs revendications
Dans leurs correspondances, les superviseurs indiquent être disposés à mettre à la disposition des autorités les pièces permettant de vérifier leurs déclarations.
Le collectif cite notamment les arrêtés relatifs au recrutement, les contrats de travail, les notes administratives concernant la prolongation des activités du PN-RAVEC ainsi que les documents d’affectation ou de mise à disposition des motos.
Les agents se disent prêts à fournir ces documents dans le cadre de l’examen de leur situation :
« Nous sommes naturellement disposés à fournir aux autorités compétentes tous les documents nécessaires permettant de vérifier les faits exposés dans la présente correspondance. »
Cette démarche vise, selon eux, à permettre une vérification administrative des différentes périodes de travail, des paiements effectués et des éventuelles sommes restant dues.
Une réponse officielle attendue
Le collectif demande désormais une clarification sur plusieurs points : leur statut après l’expiration des contrats, les raisons de l’interruption des paiements, leur non-association aux activités du programme, les éventuels arriérés et le fondement de la restitution des motos.
Les superviseurs sollicitent également une rencontre avec la Coordination nationale du PN-RAVEC afin d’examiner ces différentes questions.
Le PN-RAVEC occupe une place importante dans le processus de modernisation de l’état civil et de l’identification en Guinée. Le programme a notamment été présenté par les autorités comme un dispositif destiné à renforcer la gestion des ressources humaines et la délivrance des actes d’état civil.
La question des rémunérations des agents engagés dans le cadre du programme n’est d’ailleurs pas nouvelle : des agents recenseurs avaient déjà signalé des difficultés de paiement en 2025 dans plusieurs localités.
Pour les 375 superviseurs techniques communaux, l’attente porte désormais sur une réponse officielle. Après plusieurs mois d’incertitude, ils demandent à l’administration de dire clairement si leurs contrats ont pris fin, quelles sommes leur restent éventuellement dues et pourquoi la restitution des motos intervient sans notification préalable de leur situation contractuelle.
Laguinee.info





