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Port de Bonfi : à 62 ans, M’mah Camara poursuit le fumage du poisson malgré des conditions difficiles

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Au port de Bonfi, la fumée s’élève quotidiennement au-dessus des fours où des femmes transforment le poisson frais en poisson fumé. Autour des foyers, elles nettoient les poissons, alimentent les feux et surveillent la cuisson pendant plusieurs heures. Parmi elles, M’mah Camara, âgée de 62 ans, exerce cette activité depuis plus de quinze.

Son métier lui permet de disposer d’un revenu et de participer aux dépenses de sa famille. Mais l’activité se déroule dans des conditions marquées par la chaleur, la fumée, la dégradation de certains fours et le manque d’équipements adaptés.

Un métier appris auprès de sa mère

M’mah Camara a découvert le fumage du poisson auprès de sa mère, qui exerçait elle-même cette activité. Dans un premier temps, elle l’accompagnait pour l’aider avant d’apprendre progressivement les différentes étapes du métier.

Présentant son activité au port de Bonfi, elle explique :

 « Je travaille ici avec d’autres femmes. Nous achetons le poisson frais, nous le nettoyons, le préparons avant de le mettre au fumoir. Une fois fumé, le poisson est vendu aux commerçantes qui viennent s’approvisionner ici », explique-t-elle.

Au fil des années, sa mère lui a transmis les techniques nécessaires pour exercer ce métier. Le choix de poursuivre cette activité s’est ainsi inscrit dans une histoire familiale.

Elle revient sur cette transmission qui a marqué son parcours :

« Petit à petit, ma mère m’a montré comment choisir le poisson, préparer le feu, disposer les poissons sur le fumoir et contrôler la cuisson. C’est comme ça que j’ai appris », raconte-t-elle.

Après le décès de sa mère, M’mah Camara a continué à exercer le même métier. Pour elle, le fumage du poisson représente également un moyen de disposer d’un revenu et de contribuer aux charges de sa famille.

Elle précise les raisons qui l’ont poussée à faire de cette activité son métier :

« C’est ce que faisait ma mère. Je cherchais également une activité qui pouvait me permettre d’avoir un revenu et de participer aux dépenses de la famille. Avec le temps, le fumage de poisson est devenu mon métier », précise-t-elle.

Des journées rythmées par le feu et la fumée

Au port de Bonfi, les journées des fumeuses commencent généralement tôt. Les poissons sont nettoyés, préparés puis disposés sur les grilles des fumoirs. Les femmes doivent ensuite alimenter les foyers et surveiller la cuisson afin d’obtenir le résultat recherché.

Pendant plusieurs heures, elles restent à proximité des fours. La fumée envahit leur espace de travail et s’ajoute à la chaleur dégagée par les foyers.

M’mah Camara décrit les conditions dans lesquelles elle exerce quotidiennement :

« La fumée est très forte. Elle pique les yeux, nous fait tousser et parfois nous avons des difficultés à respirer. Mais nous sommes obligées de continuer parce que c’est notre travail », témoigne-t-elle.

La manipulation du bois, des grilles et du poisson s’ajoute également aux contraintes de cette activité. La chaleur des foyers impose une attention particulière lors des différentes opérations de fumage.

Des fours dégradés et un manque d’équipements

Le matériel constitue l’une des principales difficultés évoquées par M’mah Camara. Certains fours utilisés pour le fumage sont dégradés, ce qui rend le travail plus contraignant et oblige les femmes à poursuivre leur activité avec des moyens limités.

Elle déplore notamment l’état des installations et le manque de matériel adapté :

« Nos fours sont gâtés et nous manquons d’équipements. Nous travaillons dans des conditions très difficiles. Nous avons besoin de nouveaux fours et de matériel adapté », déplore-t-elle.

Pour continuer à alimenter les foyers, les fumeuses doivent également trouver elles-mêmes des solutions. M’mah Camara indique qu’elles utilisent actuellement des semelles de pneus comme combustible.

Selon elle, elles donnent de l’argent à des enfants chargés d’aller chercher ces matériaux et de les préparer. Cette pratique constitue, pour ces travailleuses, une solution utilisée pour maintenir l’activité malgré le manque de moyens.

Le prix du poisson affecte aussi les revenus

Les difficultés rencontrées par les fumeuses ne se limitent pas aux conditions de travail. Le prix du poisson constitue également une contrainte importante. Lorsque le coût du poisson augmente, les marges réalisées sur les ventes peuvent diminuer.

Le combustible représente lui aussi une dépense supplémentaire. Même lorsque les ventes sont faibles, les femmes doivent continuer à supporter certaines charges pour maintenir leur activité.

M’mah Camara décrit l’impact de ces difficultés sur ses revenus :

« Quand le prix du poisson augmente, il devient difficile de faire des bénéfices. Nous devons aussi chercher de quoi alimenter les fours. Certains jours, la vente n’est pas bonne, mais nous devons quand même continuer », souligne-t-elle.

Malgré ces contraintes, le fumage du poisson demeure pour elle une source de revenus. Les recettes tirées de cette activité lui permettent de participer aux dépenses quotidiennes de son foyer.

À 62 ans, elle continue pour sa famille

À 62 ans, M’mah Camara continue de travailler au port de Bonfi. Chaque journée passée autour des fumoirs représente pour elle un moyen de répondre à certains besoins de sa famille.

Elle évoque la motivation qui lui permet de poursuivre son activité malgré les difficultés :

« C’est ma famille qui me donne la force de continuer. Ce travail m’aide à répondre à certains besoins de mes enfants. J’ai aussi appris ce métier auprès de ma mère et je ne veux pas abandonner facilement ce que j’ai appris au fil des années », confie-t-elle.

Son parcours témoigne également de la transmission d’un savoir-faire d’une génération à l’autre. Un métier appris auprès de sa mère qu’elle continue aujourd’hui à exercer dans les mêmes installations portuaires.

Un appel à améliorer les conditions de travail

Pour M’mah Camara et les autres fumeuses, l’amélioration de leur activité passe notamment par la rénovation des installations. Elles souhaitent disposer de fours fonctionnels et d’un espace de travail mieux aménagé.

Elles demandent également des équipements permettant de réduire leur exposition à la fumée et à la chaleur, tout en facilitant les différentes étapes du fumage.

M’mah Camara formule ainsi les attentes des femmes qui exercent cette activité au port de Bonfi :

« Nous voulons de meilleurs équipements et des fours qui fonctionnent correctement. Nous voulons aussi travailler dans un endroit plus propre et mieux aménagé. Avec du matériel adapté, nous pourrons travailler dans de meilleures conditions et continuer à faire vivre nos familles », plaide-t-elle.

Au port de Bonfi, le fumage du poisson reste ainsi une activité quotidienne pour plusieurs femmes. Derrière les poissons fumés vendus aux commerçantes se trouvent des heures de travail autour des fours, dans un environnement marqué par la fumée, la chaleur et des équipements parfois dégradés.

À 62 ans, M’mah Camara continue malgré ces contraintes. Elle perpétue un savoir-faire transmis par sa mère tout en comptant sur cette activité pour contribuer aux besoins de sa famille.

 

Salématou Keïta et Mamadou Oury Diallo, Stagiaires pour Laguinee.info

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