La tension monte à Kankan entre les transporteurs de gros porteurs et les autorités communales. Depuis lundi, les chauffeurs dénoncent une décision de la commune urbaine interdisant le déchargement des camions en journée dans les principales artères de la ville. Une mesure qui, selon les transporteurs, perturbe leurs activités et risque d’avoir des conséquences sur l’approvisionnement des marchés.

Réunis autour de leurs syndicats, les chauffeurs demandent à la commune de revoir cette décision. Ils expliquent que le déchargement de nuit, présenté comme une alternative, pose des difficultés liées notamment aux conditions de sécurité.
Bah Oury, chauffeur, décrit la situation à laquelle les transporteurs sont confrontés depuis l’entrée en vigueur de la mesure. Il explique pourquoi le déchargement nocturne ne constitue pas, selon lui, une solution adaptée :
« Depuis lundi, les camions n’arrivent pas à faire le déchargement. Le maire a interdit le débarquement pendant la journée. La nuit, nous avons de sérieux problèmes avec l’insécurité. On ne peut pas s’exposer à débarquer des marchandises déjà la nuit. »

Pour les transporteurs, le problème ne se limite donc pas à l’interdiction de décharger pendant la journée. Le maintien des camions à l’arrêt peut également prolonger le séjour des marchandises à bord et compliquer leur acheminement vers les différents points de vente.
Des marchandises exposées à la chaleur
Cette situation inquiète particulièrement les professionnels qui transportent des produits sensibles aux conditions de conservation. Les oignons figurent notamment parmi les marchandises citées par les transporteurs, qui craignent des pertes si les camions restent immobilisés pendant plusieurs jours.

Mamadou Keita, syndicaliste, décrit les conséquences déjà observées sur certaines marchandises :
« Les marchandises ont commencé à se gâter. Il y a les oignons et d’autres produits qui ne supportent pas la chaleur. Si la situation continue, nous allons enregistrer d’importantes pertes. »
La détérioration éventuelle des produits pourrait représenter une perte financière pour les commerçants concernés. Elle pourrait également poser la question du coût de remplacement des marchandises et de leur acheminement vers les marchés.
Une inquiétude autour des prix
Les transporteurs redoutent également des conséquences sur les prix des produits de consommation. Selon eux, les nouvelles conditions de déchargement pourraient entraîner des frais supplémentaires.
Ils évoquent notamment le recours à des motocyclistes pour déplacer certaines marchandises après leur déchargement. Ces opérations supplémentaires pourraient augmenter les coûts de transport et de manutention.
Les transporteurs estiment que ces dépenses supplémentaires pourraient être répercutées sur les commerçants, puis éventuellement sur les consommateurs. Une situation qui pourrait peser davantage sur les prix si les difficultés de circulation et de déchargement se prolongent.
Les syndicats demandent le dialogue
Face à ces inquiétudes, les organisations syndicales souhaitent une rencontre avec les autorités communales. Leur objectif est de trouver un compromis permettant de maintenir la circulation des gros porteurs tout en tenant compte des préoccupations de la commune en matière de circulation et d’occupation des principales artères.
Pour les transporteurs, une solution négociée permettrait notamment d’éviter l’immobilisation prolongée des camions et de limiter les risques de détérioration des marchandises.
Mais la situation pourrait se durcir si aucun accord n’est trouvé. Les syndicats menacent désormais de suspendre la circulation des gros porteurs dans la ville de Kankan.
Kaba Mohamed Lamine, locataire de camion, précise la décision envisagée en cas d’échec des discussions : « Si nous n’arrivons pas à un consensus, les syndicats ont pris la décision d’arrêter la circulation des gros porteurs à Kankan jusqu’à nouvel ordre. »
Cette menace fait planer le risque d’une perturbation du trafic des camions et, par conséquent, de l’approvisionnement de certains marchés de Kankan. Les gros porteurs assurent en effet le transport de nombreuses marchandises destinées aux commerçants et aux consommateurs de la région.
Pour l’heure, les transporteurs maintiennent leur demande de dialogue avec la commune. Ils souhaitent éviter une confrontation et privilégient la recherche d’un compromis, mais préviennent qu’en l’absence de solution, un arrêt de la circulation pourrait être décidé.
Le dossier reste donc entre les mains des autorités communales et des organisations de transport. L’enjeu est désormais d’éviter que le désaccord sur les horaires et les lieux de déchargement ne se transforme en blocage du trafic des gros porteurs et en difficultés supplémentaires pour l’approvisionnement de Kankan.
Mamadou Camara, correspondant régional pour Laguinee.info





