La colère est montée d’un cran à Fodécariah, dans la zone de Balimana, préfecture de Kankan. Ce mercredi 13 août 2026, une centaine de femmes sont descendues dans la rue pour dénoncer la persistance du conflit foncier qui oppose leur localité à Kagan, un différend qui, selon elles, dure depuis plus d’une décennie.
Munies de bâtons, les manifestantes ont barricadé pendant plusieurs heures la route nationale Siguiri-Kankan, perturbant fortement la circulation. Elles réclament l’intervention urgente des autorités pour mettre fin aux violences et trouver une solution durable à ce conflit qui continue de fragiliser les relations entre les communautés.
Pour Aminata Doumbouya, cette mobilisation est le résultat de plusieurs années de tensions et de promesses restées, selon elle, sans effet durable. La manifestante revient sur les raisons de cette colère :
« Cela fait maintenant dix ans qu’il y a cette guerre de terrain dans notre village. Quand la guerre commence, les autorités de Kankan nous demandent de pardonner et disent qu’elles vont agir. Nous sommes restés derrière cette décision, mais la situation recommence toujours. Mon petit frère vient de mourir dans cet affrontement. »
Selon son témoignage, son frère aurait été tué lors des derniers affrontements. Cette affirmation n’a toutefois pas pu être vérifiée de manière indépendante. Aminata Doumbouya déplore surtout que les précédents appels au calme n’aient pas permis de mettre définitivement fin aux violences.
Des terres agricoles au cœur du différend
Pour Aïcha Doumbouya, l’origine de la crise se trouve principalement dans la propriété et l’exploitation des terres agricoles. Elle affirme que certaines parcelles sont cultivées par leurs familles depuis plusieurs générations et que la découverte de l’or aurait ensuite accentué les tensions.
Sur cette question foncière, elle livre la version des familles de Fodécariah :
« Nos parents faisaient leurs champs sur ces terres. Mais après la découverte de l’or, ils ont commencé à dire que ces terres leur appartenaient. Quand nos frères vont cultiver, ils viennent détruire les champs. Cela s’est déjà produit plusieurs fois. »
Aïcha Doumbouya accuse également des habitants de Kagan d’avoir détruit des champs et incendié des habitations lors des dernières tensions. Ces accusations, formulées par une partie au conflit, n’ont pas pu être vérifiées de manière indépendante.
Derrière cette crise foncière se mêlent ainsi agriculture, propriété des terres et exploitation aurifère. Des enjeux qui rendent le différend particulièrement sensible dans cette zone de la préfecture de Kankan.
Un appel direct au chef de l’État
En bloquant la route nationale Siguiri-Kankan, les femmes de Fodécariah ont voulu donner une nouvelle dimension à leur revendication. Elles interpellent directement les autorités, notamment le président de la République, Mamadi Doumbouya, auquel elles demandent une intervention rapide.
Face à la persistance des tensions, les manifestantes appellent l’État à agir pour sécuriser les populations et régler définitivement le différend.
Leur priorité est double : mettre les populations à l’abri de nouvelles violences et trouver une solution durable à la question foncière. Pour elles, les précédents appels au pardon et au calme n’ont pas permis de régler les causes profondes du conflit.
Pour l’heure, les versions des deux communautés restent à confronter. Les circonstances exactes des derniers affrontements, le bilan des éventuelles victimes ainsi que les responsabilités dans les violences doivent encore être établis par les autorités compétentes.
Après plus de dix ans de tensions, la mobilisation des femmes de Fodécariah remet donc une nouvelle fois le conflit foncier de Balimana au centre de l’attention. Derrière les barricades dressées sur la route, c’est surtout une population qui réclame que les appels au calme cèdent enfin la place à une solution durable.
Mamadou Camara, correspondant régional pour Laguinee.info





