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Sécurité au Sahel : l’AES recadre Abuja après les propos de Bola Tinubu

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Le Burkina Faso, le Mali et le Niger haussent le ton face aux déclarations du président nigérian Bola Ahmed Tinubu. Les trois pays contestent son analyse de l’insécurité au Nigeria et refusent d’être présentés comme un facteur aggravant du terrorisme dans la région.

Le ton monte entre l’Alliance des États du Sahel (AES) et le Nigeria

Jeudi 6 août 2026, Ouagadougou a convoqué le chargé d’affaires de l’ambassade du Nigeria. Autour de la table, les représentants du Burkina Faso, du Mali et du Niger. Une démarche commune pour répondre aux déclarations de Bola Ahmed Tinubu sur la situation sécuritaire dans le Sahel.

À l’origine de cette réaction, des propos tenus le 30 juillet par le président nigérian devant des chefs traditionnels.

Bola Tinubu avait établi un lien entre l’insécurité au Nigeria et la situation au Burkina Faso, au Mali et au Niger.

« Certains d’entre eux (les terroristes) ne sont pas Nigérians. Vous voyez, le problème de l’insécurité au Mali, au Burkina Faso et au Niger ne fait qu’aggraver nos difficultés », avait-il déclaré.

« Une analyse simpliste », répond Ouagadougou

La réponse de l’AES ne s’est pas fait attendre. Karamoko Jean Marie Traoré, ministre burkinabè des Affaires étrangères, s’est exprimé au nom des trois pays. Il dit regretter « profondément » les propos du président nigérian.

Et le ministre ne mâche pas ses mots.

« C’est une analyse rapide, très simpliste et surprenante », a-t-il lancé.

Pour Ouagadougou, Bamako et Niamey, cette lecture de la crise sécuritaire ne tient pas suffisamment compte des sacrifices consentis par les populations et les forces de défense des trois pays.

Le ministre burkinabè dénonce surtout le risque de faire porter aux voisins une partie de la responsabilité de l’insécurité qui frappe le Nigeria.

« Nous aurions souhaité que le contexte sécuritaire soit présenté avec davantage de justesse », a-t-il insisté.

Le Niger refuse d’être effacé du combat contre Boko Haram

Dans cette passe d’armes, le Niger occupe une place particulière.

Karamoko Jean Marie Traoré rappelle que les forces nigériennes combattent Boko Haram depuis plusieurs années. Un engagement engagé bien avant que la menace terroriste ne prenne la même ampleur dans les pays de l’AES.

Le ministre évoque également les connexions entre Boko Haram et certains groupes armés actifs dans le Sahel.

Pour les trois États, impossible donc de dissocier les différentes menaces terroristes qui traversent la région.

« Le même ennemi »

Le message de Ouagadougou est clair : le terrorisme ne s’arrête pas aux frontières.

« Le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Nigéria font face au même ennemi », affirme Karamoko Jean Marie Traoré.

Selon lui, les opérations militaires conduites dans les pays de l’AES contribuent également à limiter les mouvements des groupes armés susceptibles de menacer les États voisins.

Le ministre invite donc Abuja à éviter les accusations qui pourraient fragiliser davantage la coopération régionale.

« Nous ne sommes pas responsables de ce qui nous arrive. Nous en payons la facture, mais les véritables ennemis sont ailleurs », a-t-il déclaré.

Abuja ne ferme pas la porte

Malgré la fermeté du message, Ouagadougou assure ne pas vouloir ouvrir une nouvelle crise avec Abuja.

Le gouvernement burkinabè dit privilégier un « dialogue franc, respectueux et constructif ».

Le chargé d’affaires nigérian a, de son côté, indiqué avoir « pris bonne note » de la position exprimée par les trois pays. Il s’est engagé à transmettre le message aux autorités d’Abuja.

Le diplomate a également reconnu les efforts des États de l’AES dans la lutte contre le terrorisme, notamment ceux du Niger dans la prévention d’attaques susceptibles de toucher le Nigeria.

Cette séquence diplomatique révèle une réalité : face à la progression des groupes armés en Afrique de l’Ouest, les États restent confrontés à un double défi. Combattre le terrorisme sur le terrain, mais aussi éviter que les divergences entre voisins ne fragilisent davantage la réponse régionale.

Laguinee.info

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