En cette saison des pluies, le grand dépotoir de Dar-es-Salam, à Conakry, reste un lieu de survie pour de nombreuses personnes. Dans la boue, au milieu des déchets et sans équipement de protection, des récupérateurs fouillent chaque jour les ordures à la recherche d’objets revendables. Parmi eux, Moriba Camara, connu dans le monde musical sous le nom de Klimpoko Junior, partage son temps entre sa passion pour la musique et une activité devenue nécessaire pour subvenir à ses besoins.

Ce mercredi 29 juillet 2026, le ciel est couvert au-dessus de Dar-es-Salam. Les premières pluies de la saison ont transformé le grand dépotoir en un terrain difficile à parcourir. Des flaques d’eau stagnante se mélangent aux déchets, la boue colle aux pieds et une fumée épaisse s’échappe par endroits des ordures brûlées.
Au milieu de ce décor, des silhouettes avancent lentement entre les tas d’immondices. Elles fouillent les sacs, déplacent les déchets et récupèrent tout ce qui peut encore avoir une valeur. Ici, chaque objet retrouvé peut représenter quelques revenus pour la journée.

Parmi ces récupérateurs se trouve Moriba Camara. Les mains nues, sans gants, sans bottes, sans masque de protection, il avance dans la décharge à la recherche de ce qui pourrait être récupéré. Depuis 2016, ce site est devenu son lieu de travail quotidien.
« Nous sommes très nombreux ici : des jeunes, des femmes et même des enfants. C’est devenu notre quotidien parce que c’est ici que nous trouvons de quoi manger », explique-t-il, le regard tourné vers les tas de déchets.

Pour lui, cette activité n’est pas un choix de cœur, mais une réponse aux difficultés de la vie.
« Au lieu de rester les bras croisés dans le quartier, cela peut pousser certains à voler ou à faire du banditisme. C’est pour cette raison que nous venons ici chercher de quoi vivre », poursuit-il.
Quitter le micro pour les déchets
Derrière ce jeune homme qui fouille les ordures se cache pourtant un artiste. Moriba Camara est connu sous le nom de scène Klimpoko Junior. Il est notamment l’interprète du morceau Chewing-gum Boula.
Sur scène, il porte la voix d’un artiste. Dans cette décharge, il porte le poids d’un quotidien difficile. Faute de revenus suffisants grâce à la musique, il est contraint de pratiquer cette activité pour répondre à ses besoins.
Chaque matin, il change ainsi d’univers. Le micro laisse place aux déchets, les répétitions aux longues heures passées dans la décharge.
« La musique reste ma passion, mais il faut aussi chercher les moyens de vivre. C’est ce qui m’amène ici », confie-t-il.
Un travail sans protection face aux dangers
Dans cet environnement, les risques sont nombreux. Les récupérateurs manipulent les déchets à mains nues, exposés aux objets coupants, aux fumées et aux déchets potentiellement dangereux.

Moriba Camara évoque les difficultés auxquelles il fait face chaque jour.
« Ce travail de « Comboss » comporte beaucoup de problèmes, surtout des risques sanitaires. On peut se blesser, se piquer avec des seringues usées. Il y a aussi la fumée et les odeurs nauséabondes », témoigne-t-il.
En montrant ses mains et ses bras marqués par des lésions, il affirme avoir contracté une maladie de peau depuis qu’il fréquente ce lieu.
« C’est ici que j’ai attrapé cette maladie. Je me gratte tous les jours. Regardez mes mains et les plaies sur mes bras », dit-il.
Une inquiétude pour les enfants présents sur le site
Au-delà de sa propre situation, Moriba Camara se dit préoccupé par la présence d’enfants dans cette décharge.

Selon lui, certains jeunes passent une partie de leur journée dans cet environnement exposé aux risques sanitaires.
« Il y a des enfants qui viennent ici. Ils sont exposés aux maladies et aux dangers. Cette situation nous inquiète beaucoup », alerte-t-il.
Un appel aux autorités
Face à cette réalité, Moriba Camara souhaite que des solutions soient trouvées pour offrir de meilleures perspectives aux jeunes de Dar-es-Salam.
« Nous demandons au gouvernement de créer du travail pour les jeunes. Beaucoup de personnes viennent ici parce qu’elles n’ont pas d’autres solutions », lance-t-il.
Sous la pluie comme sous le soleil, le dépotoir de Dar-es-Salam continue d’accueillir ceux qui cherchent dans les déchets une source de revenus. Pour Moriba Camara, le rêve musical n’a pas disparu. Mais en attendant de retrouver pleinement la scène, il poursuit son combat quotidien entre passion artistique et nécessité de survie.
Naby Moussa Camara et Mamadou Oury Diallo, Stagiaires pour Laguinee.info





