À Madina, dans la commune de Matam, un autre visage de l’économie automobile se dévoile chaque jour. Entre carcasses de voitures, moteurs démontés et étagères remplies de pièces détachées, la casse est un véritable carrefour où mécaniciens, chauffeurs et particuliers viennent chercher des solutions moins coûteuses. Derrière ce commerce de récupération, des vendeurs expérimentés entretiennent un savoir-faire construit au fil des années, malgré les difficultés d’approvisionnement et les variations des prix.

Il était encore tôt dans la matinée de ce mardi 28 juillet 2026. À la casse de Madina, l’activité a déjà commencé. Dans les allées étroites, les vendeurs s’affairent autour des pièces automobiles exposées à même le sol ou rangées sur des étagères métalliques. Des moteurs ouverts laissent apparaître leurs entrailles, des boîtes de vitesses attendent de nouveaux propriétaires et des clients circulent à la recherche de la pièce qui pourra remettre leur véhicule en marche.

Ici, chaque bruit raconte une scène du quotidien. Le claquement des outils, les discussions autour des prix et les appels des commerçants rythment la journée. Pour les automobilistes confrontés au coût élevé des pièces neuves, la casse représente souvent une solution accessible.

Au milieu de cette agitation, Aly Doumbouya connaît presque chaque recoin du marché. Depuis près de vingt ans, il vend des pièces détachées d’occasion. Au fil du temps, il a appris à reconnaître les modèles de véhicules, les besoins des clients et les réalités d’un métier qui repose autant sur l’expérience que sur la patience.
« Nous vendons des pièces récupérées sur des véhicules d’occasion achetés en Guinée, que nous démontons ici. D’autres viennent de l’extérieur, notamment de Dubaï, avant d’être revendues sur le marché guinéen. Ce sont les pièces que certains clients appellent les pièces “Bruxelles” », explique-t-il.

Dans son espace de vente, les pièces défilent au rythme des demandes. Les moteurs, les boîtes de vitesses, les amortisseurs, les phares ou encore certains éléments de carrosserie font partie des produits les plus recherchés.
« Les clients cherchent surtout les pièces des véhicules qui circulent beaucoup dans le pays. Ce sont celles qui se vendent le plus, parce que les besoins sont fréquents », précise le commerçant.

Mais derrière chaque vente se cache une réalité économique. Le choix des clients dépend souvent de leur pouvoir d’achat. Certains se tournent vers les pièces récupérées localement, moins coûteuses, tandis que d’autres privilégient les pièces importées, qu’ils considèrent comme plus résistantes.
« Beaucoup de personnes choisissent les pièces d’occasion locales parce qu’elles sont plus abordables. Ceux qui ont plus de moyens préfèrent souvent les pièces importées », souligne Aly Doumbouya.

Pourtant, l’activité n’est pas toujours simple. Les vendeurs doivent composer avec les difficultés d’approvisionnement, la fluctuation des prix et les périodes où les clients se font plus rares.
« Il arrive que certaines pièces deviennent difficiles à trouver. Quand les prix augmentent, les clients hésitent davantage avant d’acheter. Mais nous faisons tout pour continuer à satisfaire ceux qui viennent chez nous », confie-t-il.
À quelques mètres, des mécaniciens poursuivent leurs recherches, une référence de pièce à la main. Pour eux, chaque minute compte : trouver rapidement la bonne pièce permet souvent de remettre un véhicule en circulation.

Au-delà du commerce, la casse de Madina joue un rôle important dans la chaîne automobile en Guinée. Elle permet à de nombreux conducteurs de prolonger la durée de vie de leurs véhicules grâce à des pièces accessibles.
Alors que la journée avance, le mouvement ne faiblit pas. Les vendeurs continuent d’accueillir les clients, de négocier les prix et de partager leur connaissance des véhicules. Dans cet univers de métal et de mécanique, la casse de Madina reste un lieu où des pièces abandonnées retrouvent une nouvelle utilité et où des commerçants construisent leur quotidien grâce à leur savoir-faire.
Salématou Keïta et Sékouba Léno, stagiaires, pour Laguinee.info





