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Remaniement gouvernemental : Oumar Sanoh, président du Bloc Libéral, passe au crible les attentes de son parti (Interview)

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À la suite du remaniement gouvernemental, Oumar Sanoh, président du Bloc Libéral (BL), livre son analyse de la nouvelle équipe ministérielle. Dans cet entretien accordé à Laguinee.info, il revient sur les attentes de son parti vis-à-vis du gouvernement, se prononce sur la nomination de Djenabou Touré au ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, évoque les priorités du Bloc Libéral à l’Assemblée nationale et appelle à une gouvernance fondée sur la justice, le dialogue et des réponses concrètes aux préoccupations des Guinéens.

Laguinee.info : Monsieur SANOH, le gouvernement vient de connaître un remaniement avec l’arrivée de nouveaux ministres et le changement de plusieurs portefeuilles. Quelle analyse faites-vous de cette nouvelle équipe gouvernementale ?

M. Oumar SANOH : Le décret relève du pouvoir du chef de l’État. Le Bloc Libéral en prend acte et félicite les nouveaux ministres qui ont obtenu la confiance du président de la République. Mais il faut se dire que les Guinéens attendent beaucoup du gouvernement. Le remaniement n’est pas une solution en soi. La Guinée n’a pas seulement besoin de nouveaux visages, mais surtout de solutions concrètes.

Aujourd’hui, la situation dans notre pays est préoccupante. Le coût de la vie est très élevé. Nous avons besoin d’un véritable État de droit, d’un système éducatif de qualité et d’une justice impartiale au service du peuple de Guinée, et non au service d’intérêts politiques. Voilà les actions concrètes que les Guinéens attendent du gouvernement pour améliorer leurs conditions de vie.

Ce remaniement intervient après l’organisation de plusieurs échéances électorales, dont la présidentielle de décembre 2025 et les législatives et communales du 31 mai 2026. Quel regard portez-vous sur la nomination de Djenabou Touré, ancienne Directrice générale des élections, au ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation ?

M. SANOH : La nomination de Djenabou Touré peut s’expliquer par la confiance que le président de la République lui accorde ou par le travail qu’elle a accompli à la tête de la Direction générale des élections. Il faut souligner que son passage à la tête de cette direction a été important. Elle a notamment participé à l’organisation du référendum, de l’élection présidentielle et du double scrutin.

Aujourd’hui, si elle est nommée ministre de l’Administration du territoire, je crois que c’est parce que le président lui fait confiance. Mais il est important de préciser que ce département est aujourd’hui très politisé, alors que le ministère de l’Administration du territoire devrait être essentiellement chargé de la gestion administrative du pays.

Je crois que c’est la première fois qu’une femme prend la tête de ce département. C’est également un département de tutelle des partis politiques, ce qui rend sa gestion particulièrement sensible. La nouvelle ministre devra donc faire face à plusieurs défis pour apaiser la situation.

Aujourd’hui, nous constatons que les partis politiques sont régulièrement soumis à des évaluations et à de nombreuses exigences. Nous venons, par exemple, de terminer une évaluation liée à la conformité des partis politiques, qui s’est déroulée du 15 février au 25 mai. Nous avons également organisé un congrès de conformité et avons été confrontés à de nombreuses exigences. Nous espérons donc que la nouvelle ministre saura trouver des solutions pour apaiser les relations entre son département et les formations politiques.

En tant que parti d’opposition disposant désormais d’un représentant à l’Assemblée nationale avec Dr Faya Lansana Millimouno, quelles seront les priorités du Bloc Libéral dans cette nouvelle configuration politique ?

M.SANOH: Il faut se féliciter de la participation du Bloc Libéral aux élections et du fait que nous ayons obtenu un siège, même si ce n’était pas notre objectif initial. Nous en prenons acte. À partir de là, nous avons mis en place un cadre institutionnel pour accompagner notre élu dès son entrée en fonction. Il s’agit notamment de commissions stratégiques chargées de réfléchir aux questions d’intérêt national.

Il faut rappeler que le Bloc Libéral est un parti d’opposition responsable et constructif. Si le gouvernement prend des décisions qui vont dans l’intérêt du peuple de Guinée, nous les apprécions. En revanche, si certaines décisions vont à l’encontre de l’intérêt général, nous les dénoncerons et proposerons des alternatives concrètes.

C’est ce que nous comptons faire avec notre député, l’honorable Dr Faya Millimouno, que nous allons accompagner dans sa mission en formulant notamment des propositions de lois concrètes.

À l’époque, lorsque le nouveau Code électoral a été adopté, nous l’avions dénoncé parce que, nous estimions qu’il ne reflétait pas la réalité électorale du pays. Par exemple, le Code électoral fixe à 42 ans l’âge minimum pour être candidat à l’élection présidentielle, alors que la Constitution le fixe à 40 ans. Or, dans la hiérarchie des normes, une loi ne doit pas être contraire à la Constitution.

Nous allons donc demander à notre élu d’œuvrer pour que certaines lois soient réexaminées. Il faut une seconde relecture de certains textes afin d’harmoniser notre cadre juridique.

Nous travaillons également sur les questions de justice et de droits humains. Aujourd’hui, nous constatons des cas de disparition de citoyens. Quelle que soit la faute commise par un citoyen, il doit être soumis à une procédure judiciaire et bénéficier de ses droits. Il ne faut pas que des personnes soient enlevées et portées disparues.

Nous allons donc travailler avec notre élu pour engager un débat de fond et exercer une pression institutionnelle afin que toute la lumière soit faite sur ces cas de disparition. Ce sont notamment les questions sur lesquelles nous travaillons actuellement.

Quelles attentes le Bloc Libéral place-t-il dans ce nouveau gouvernement, notamment sur les questions de gouvernance, de développement économique, de justice sociale et d’amélioration des conditions de vie des citoyens ?

M. SANOH: Nous attendons une bonne gouvernance, qui est fondamentale pour notre pays. Nous attendons également des améliorations dans le système éducatif, le système électoral et le fonctionnement de la justice.

Moi-même et ma délégation avons été attaqués en 2018 à Lola, mais jusqu’à présent, aucune justice n’a été rendue dans cette affaire. Nous estimons que la justice doit être le socle du développement de notre pays. Il faut une véritable refondation, dans le vrai sens du terme, et non une refondation qui se limite aux discours.

Quel message adressez-vous aux nouveaux ministres et quelles garanties attendez-vous d’eux pour répondre aux préoccupations de la population guinéenne ?

M. SANOH: J’adresse au nouveau gouvernement mes félicitations républicaines et je lui demande de se rappeler que les Guinéens attendent beaucoup de lui. Nous attendons notamment la création d’opportunités, car le chômage reste une préoccupation majeure.

Nous souhaitons également que le dialogue entre les différents acteurs soit davantage valorisé. Nous sommes des adversaires dans les urnes, mais nous ne devons jamais être des ennemis. C’est dans le dialogue et le respect mutuel que nous pourrons construire une Guinée meilleure.

Interview réalisée par :

Thierno Abdoulaye Diallo et Mohamed Sylla, stagiaires, pour Laguinee.info 

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