Le silence des autorités alimente les interrogations. Depuis les premières heures de ce mardi 28 juillet 2026, des milliers d’utilisateurs guinéens se sont retrouvés dans l’impossibilité d’accéder à Facebook, YouTube et TikTok. Face à cette situation, l’Association des blogueurs de Guinée (ABLOGUI) est sortie de son silence et hausse le ton.
Dans un communiqué, l’organisation affirme avoir été alertée « dès l’aube » par plusieurs citoyens avant de déclencher son dispositif de vérification.
Le verdict de ses équipes est sans équivoque. « Notre réseau de moniteurs indépendants, mobilisés à Conakry et dans les différentes régions de l’intérieur du pays, a procédé depuis le matin à une série de tests techniques de connectivité. Les résultats de ces tests convergent sur un blocage ciblé visant effectivement Facebook, YouTube et TikTok. Une telle précision dans la restriction exclut toute hypothèse de panne ordinaire », affirme l’association.
Pendant que les utilisateurs cherchent à comprendre, l’ABLOGUI déplore l’absence totale de communication des institutions concernées.
« Ni l’Autorité de Régulation des Postes et Télécommunications (ARPT), ni les opérateurs de téléphonie mobile, ni les fournisseurs d’accès à Internet n’ont jugé utile d’informer les utilisateurs sur les raisons de cette situation. Cette absence de communication constitue en elle-même un manquement à l’obligation de transparence envers les usagers », dénonce-t-elle.
Pour l’organisation, l’enjeu dépasse largement un simple problème technique. Elle rappelle que ces plateformes sont devenues des espaces incontournables d’information, de débat public, d’activité économique et de participation citoyenne.
« Pour des millions de Guinéens, Facebook et TikTok représentent bien plus que de simples plateformes sociales. Elles sont des canaux essentiels pour l’accès à l’information, d’échange et de participation citoyenne au débat public. Restreindre leur accès revient à amputer une partie de l’espace public dans lequel s’exercent la liberté d’expression, le droit à l’information et la liberté de communication », souligne le communiqué.
L’ABLOGUI rappelle que ces libertés sont garanties par l’article 19 de la Constitution guinéenne, l’article 9 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples ainsi que l’article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. À ses yeux, « aucune restriction à ces droits ne peut être imposée de manière arbitraire, sans base légale explicite ni justification publique ».
L’association ne cache pas sa position. Elle « condamne sans réserve le blocage qui cible ces dernières heures Facebook, TikTok et YouTube » et exige leur « rétablissement immédiat et sans condition sur l’ensemble du territoire national ».
Dans le même élan, elle interpelle les autorités guinéennes sur leur responsabilité de garantir « un accès ouvert, stable et non discriminatoire à Internet » et demande à l’ARPT, aux opérateurs de téléphonie mobile et aux fournisseurs d’accès à Internet de s’expliquer publiquement sur « l’origine et le fondement de cette restriction ».
Enfin, l’ABLOGUI invite les citoyens, les journalistes et les organisations de la société civile à documenter les conséquences de ce blocage et à signaler tout acte de censure numérique, tout en appelant à un usage responsable des outils de contournement.
Une chose est sûre : tant que les autorités ne communiqueront pas sur les raisons de cette interruption, les interrogations continueront de se multiplier. De son côté, l’Association des blogueurs de Guinée assure qu’elle poursuivra « le monitoring de l’espace numérique guinéen », promettant de rendre publics ses constats afin que « chaque Guinéen.ne puisse pleinement exercer ses droits en ligne ».
Laguinee.info





