Une fine pluie vient de cesser, mais les traces de l’averse sont encore bien visibles. Au marché central de Coyah, les flaques d’eau occupent plusieurs allées. Des commerçants déplacent leurs marchandises pour les mettre à l’abri, tandis que quelques clients avancent avec précaution pour éviter les caniveaux débordés. En cette saison des pluies, le marché tourne au ralenti. Pour beaucoup de vendeurs, chaque journée est devenue une épreuve où il faut composer avec la météo, la baisse des ventes et l’augmentation des coûts d’approvisionnement.

À l’entrée du marché, Abdouramane Bah a modifié ses habitudes. Ses sacs sont soigneusement alignés dans un endroit moins exposé aux eaux de ruissellement. Un choix dicté par les réalités de l’hivernage.
« Je me débrouille comme je peux. Quand il pleut, les caniveaux débordent et beaucoup de clients n’osent plus entrer au fond du marché. C’est pour cela que je me suis installé près de l’entrée. Les clients peuvent acheter sans traverser les eaux stagnantes », explique-t-il en observant les rares passants.
Malgré cette stratégie, les ventes restent irrégulières. Les longues heures d’attente rythment désormais son quotidien.

Quelques allées plus loin, Elhadj Isiaga Bah, vendeur de produits alimentaires, reconnaît lui aussi que l’activité est ralentie. Toutefois, il estime que la situation est un peu moins difficile que l’année précédente.
« Cette année est meilleure que la précédente. Les clients ne sont pas très nombreux, mais nous arrivons quand même à vendre un peu. Le problème, c’est que plusieurs de nos partenaires ont suspendu leurs livraisons à cause des pluies. Cela complique aussi notre approvisionnement », confie-t-il.
Sous une bâche tendue au-dessus de son étal, Bintouraby Camara réorganise ses fruits et légumes. Autour d’elle, plusieurs cageots restent presque intacts depuis le début de la matinée. L’absence de clients inquiète cette mère de famille.
« Nous restons assis pendant des heures sans vendre. Les gens disent qu’ils n’ont pas d’argent et que tout est devenu cher. Pourtant, nous avons aussi des familles à nourrir. Mon mari ne travaille pas. Chaque matin, nous mettons nos imperméables pour venir chercher au moins la dépense de la journée. Aujourd’hui, un sac de fruits peut coûter jusqu’à 800 000 francs guinéens chez les grossistes, parfois 500 000 francs pour les plus petits sacs, mais les ventes ne suivent pas », raconte-t-elle.
Dans plusieurs allées du marché, le même constat revient. Les clients se déplacent moins lorsqu’il pleut, certains préfèrent reporter leurs achats et d’autres limitent leurs dépenses. Les commerçants, eux, continuent d’ouvrir leurs étals malgré l’incertitude.
Au marché central de Coyah, l’hivernage ne se résume pas seulement aux fortes pluies. Il bouleverse aussi l’activité économique de centaines de commerçants confrontés à la baisse de la fréquentation, aux difficultés d’accès et à l’augmentation du coût des marchandises.
En attendant des journées plus favorables, chacun s’adapte comme il peut. Derrière chaque étal, malgré les bâches, les bottes et les imperméables, demeure le même espoir : voir arriver suffisamment de clients pour rentrer chez soi avec de quoi faire vivre sa famille.
Sékouba Léno, stagiaire, pour Laguinee.info





