Elhadj Aboubacar Kamballa KOULIBALY s’en est allé, laissant derrière lui l’empreinte d’une vie utile, digne et profondément humaine.
Il fut un ténor infatigable de la promotion des droits des personnes en situation de handicap. Il fut également l’artisan patient, méticuleux et rigoureux de la rédaction des notes techniques, des textes de référence et des attributions de la Direction nationale en charge des vulnérabilités, de l’inclusion sociale et des solidarités sous toutes leurs formes durant toute sa carrière professionnelle de 37 ans.
Son bureau fut un véritable atelier de la pensée administrative. D’innombrables dossiers, couverts d’annotations au crayon, portent encore l’empreinte de ses relectures exigeantes, de ses corrections minutieuses et de sa quête permanente de la justesse. Ils témoignent d’une disponibilité qui confinait parfois à l’abnégation, tant il se mettait sans compter au service de l’institution et de ses collaborateurs.
Ses plus belles réflexions naissaient souvent dans la fumée d’une Gauloise ou d’un Ronson. Dans ses instants de concentration, il trouvait des solutions, forgeait des concepts et bâtissait des architectures administratives qui n’ont rien à envier aux prouesses de l’intelligence artificielle que le destin ne lui aura pas permis de connaître. Il était, à la manière, une mémoire vivante et une intelligence collective au service de l’État.
Gardien de la mémoire du ministère, dans ce pilier longtemps désigné sous le vocable d’Affaires sociales, il portait en lui l’histoire des hommes, des décisions, des combats et des continuités administratives. Beaucoup ont appris auprès de lui ce que signifie servir l’État avec discrétion, constance et loyauté.
Sa nature était l’affabilité. Il savait se mettre au diapason de tout cadre, de tout collègue, de tout agent. Des cohortes entières de fonctionnaires ont été accueillies, orientées et formées par lui. Pour beaucoup, il fut un mentor ; pour d’autres, un repère ; pour tous, un homme de confiance.
Sa vision de la vie était d’une simplicité désarmante : le monde est comme un marché éphémère. Le commerce, si prospère soit-il, finit toujours par décliner. Les clients comme les marchands regagneront leurs domiciles et ne résisteront au poids du sommeil. Cette sagesse, il ne la proclamait pas seulement : il la vivait.
Il défendait avec conviction les valeurs de la République. Il répétait que l’État est le plus vulnérable de tous et qu’il n’est nul besoin d’aggraver sa situation en lorgnant sur les deniers publics. Il a su s’en tenir à bonne distance. Cette probité tranquille, sans éclat ni ostentation, fut l’une de ses plus grandes leçons.
En ce moment de séparation, il convient aussi de rendre hommage à trois personnes qui ont compté dans son univers intime.
À Elhadj Moussa TRAORÉ, avec qui il revendiquait des origines nordiques, et qui a su préserver les rapports de fratrie en toutes circonstances. Il est encore présent pleurant son aîné Bambara.
À Tantie, sa fille, dont la bravoure dément l’équation stéréotypée de la préférence des garçons. Elle vaut une somme d’héritiers mâles. Elle a été présente, forte, fidèle et digne. À Faras, le chauffeur loyal, qui savait qu’il conduisait un patron venant à l’essencerie avec pour seul budget le prix de trois litres. Cela ne l’a jamais découragé. Il trottait pour venir le trouver à la maison et passait de nombreuses journées en jeûne intermittent entrecoupé d’une assiette de bouillie qu’il partageait avec son chef. Sa fidélité silencieuse mérite d’être saluée.
Même les pigeons le regretteront. À domicile, ils s’étaient familiarisés à son boubou éculé, mais savaient que leur ration de grains de riz ne manquerait pas. Elhadj KOULIBALY communiquait avec les oiseaux ; ces derniers le prenaient pour le meilleur allié sur terre. Alors que la maladie gagnait du terrain, il a choisi le silence. Lui dont la parole éclairait et dont les traits d’humour rassuraient, il s’est peu à peu retiré dans une méditation que seuls les grands combats imposent. Ses proches lisaient dans son regard ce que les mots ne parvenaient plus à dire.
Pourtant, il suffisait parfois d’une visite du taquin de Directeur DIABY qui parvenait à lui arracher un sourire, comme une victoire éphémère sur la souffrance. Lorsque les médecins le voyaient reprendre des forces, ils croyaient au retour de l’espérance. Mais ce répit n’était qu’une grâce passagère.
—
Cher Elhadj KOULIBALY
Aujourd’hui, tu t’en vas. Le silence que tu avais apprivoisé devient désormais éternel. Il règne, non comme un oubli, mais comme la demeure de celui qui a achevé sa mission parmi les hommes.
Repose en paix. Ton souvenir continuera de parler là où les mots s’arrêtent, et ton exemple demeurera vivant dans la mémoire de tous ceux qui ont eu le privilège de croiser ton chemin.
Pars. Le village Kamballa que tu as su garder dans ton cœur et qui est ton identité t’attend. Tu n’auras pas vécu inutilement.
Nous sommes fiers de t’avoir eu comme maître.
Aujourd’hui, pour que la nouvelle génération d’agents du secteur social sache à qui elle doit une part de l’histoire de cette Direction, nous formulons une promesse.
Nous plaiderons auprès des autorités afin que la salle de réunion qui fut ton espace de réflexion, de transmission et de débats, cette salle si vivante et si prisée des cadres soit dorénavant baptisée : Salle Elhadj KOULIBALY.
Plus qu’une dénomination, ce serait un acte de reconnaissance, un devoir de mémoire et un témoignage durable de la gratitude de toute une institution envers l’un de ses plus fidèles serviteurs.
Que ton souvenir demeure vivant dans les consciences, dans les couloirs du ministère, dans la mémoire de ceux que tu as formés, et dans le cœur de tous ceux qui ont croisé ta route.
Repose en paix, cher Doyen.
Pour la Direction nationale des Solidarités
Le Directeur national
Mohamed DIABY
23 juillet 2026





