Le Syndicat National Autonome de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique (SNAESURS) a remis ce jeudi un mémorandum revendicatif à la ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique. Dans un document structuré en huit axes, le syndicat dresse un constat alarmant de la situation des enseignants-chercheurs et chercheurs des Établissements Publics à caractère Scientifique (EPS) et menace, en cas d’inaction, de recourir à la grève.Le climat social se tend dans les universités guinéennes. Le Syndicat National Autonome de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique (SNAESURS) a remis, ce jeudi, un mémorandum revendicatif à la ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique. Dans ce document articulé autour de huit axes, le syndicat dénonce plusieurs difficultés touchant les enseignants-chercheurs et chercheurs des Établissements Publics à caractère Scientifique (EPS) et réclame des réponses avant la rentrée universitaire.
À défaut d’une suite jugée satisfaisante, le SNAESURS prévient qu’il pourrait recourir aux moyens d’action syndicale, y compris la grève.
Une rentrée universitaire sous haute tension
À quelques semaines de la rentrée académique, le climat social dans le secteur de l’enseignement supérieur guinéen s’annonce orageux. Le SNAESURS, qui représente la communauté des enseignants-chercheurs et chercheurs, a adressé un mémorandum de plusieurs pages à la tutelle, dénonçant ce qu’il qualifie de « situation préoccupante » dans les universités et centres de recherche du pays.
« Madame la Ministre, les revendications qui précèdent ne procèdent d’aucune volonté de confrontation. Elles expriment l’attachement des enseignants-chercheurs et chercheurs à la légalité, à la qualité de l’enseignement supérieur et au respect des engagements souscrits par l’État, sous le leadership de Monsieur le Président de la République, Son Excellence Mamadi DOUMBOUYA. Chacune d’elles est adossée à un texte en vigueur ou à un engagement formellement pris. »
Malgré ce préambule apaisant, le ton du document est ferme. Le syndicat réclame l’ouverture immédiate de négociations et exige des mesures concrètes « avant la fin des vacances universitaires en cours ». À défaut, il menace de recourir aux « voies légitimes d’action syndicale », autrement dit la grève.
L’autonomie des universités bafouée, selon le syndicat
L’une des principales revendications porte sur l’effectivité de l’autonomie administrative, financière et académique des établissements. Si les textes, notamment la loi L/2023/0016/CNT, confèrent aux universités la personnalité juridique et l’autonomie de gestion, le SNAESURS estime que ces dispositions restent lettre morte.
« L’autonomie administrative, financière et académique des universités et institutions de recherche n’est pas une faveur : c’est un principe organique du droit guinéen de l’enseignement supérieur. Le SNAESURS constate cependant que cette autonomie demeure, en pratique, largement contrariée. »
Le syndicat dénonce particulièrement les ingérences du ministère dans des attributions qui devraient relever des rectorats : inscriptions et réinscriptions des étudiants, production des cartes d’étudiants, gestion des bibliothèques numériques, protection sanitaire ou encore réforme des programmes. À cela s’ajoutent les retards récurrents dans le versement des subventions et la multiplication des postes vacants, qui fragilisent le fonctionnement des institutions.
Programme « 5 000 Masters et 1 000 PhD » : la relève scientifique en péril
Autre point sensible : l’interruption du programme national de formation des formateurs. Lancé pour former une nouvelle génération d’enseignants-chercheurs, ce programme est à l’arrêt depuis près de trois ans, plongeant des centaines d’agents dans une situation d’insécurité académique et financière.
« Interrompu depuis près de trois ans, le programme national “5 000 Masters et 1 000 PhD” place les formateurs dans une situation d’insécurité académique et financière préjudiciable : plusieurs enseignants inscrits en Master ou en Doctorat, au pays comme à l’étranger, se voient contraints d’autofinancer leurs études, voire d’abandonner. Cette rupture menace la relève scientifique, affaiblit la capacité des institutions à conduire des formations de Master et de Doctorat, accélère la fuite des compétences et accroît la dépendance vis-à-vis de l’extérieur, au détriment de la souveraineté scientifique nationale et des standards du CAMES. »
Le SNAESURS exige le déblocage immédiat du financement pour les boursiers déjà inscrits, ainsi que la publication de l’appel à candidatures attendu depuis 2024, assorti d’une enveloppe budgétaire clairement identifiée.
Régularisation des personnels et paiement des arriérés : une urgence sociale
Le mémorandum aborde également la situation de nombreux agents qui attendent leur engagement dans la fonction publique, malgré avoir satisfait à toutes les formalités biométriques. Sont notamment concernés : les 56 homologues de l’UGLC-Sonfonia, les 35 homologues de l’UGANC, les médecins reclassés, ainsi que les contractuels du Cabinet et des EPS.
Le syndicat dénonce aussi des situations de blocage salarial intolérables.
« Les personnels engagés en novembre 2024 et les contractuels étrangers recrutés de 2026 accusent trois (3) mois d’arriérés de salaires. Par ailleurs, plusieurs contractuels du Cabinet demeurent sans salaire depuis près de trois ans, et certains enseignants-chercheurs, bien que continuant de servir dans les universités, voient leur salaire bloqué. »
Ces situations violent, selon le SNAESURS, le principe du paiement régulier de la rémunération pour service fait, consacré par la Convention OIT n° 95 sur la protection du salaire.
Des primes prévues par décret mais impayées
Le Décret D/2024/0027 du 24 janvier 2024 avait instauré un régime de primes et indemnités au bénéfice des enseignants-chercheurs et chercheurs. Mais ce texte n’est que partiellement appliqué, déplore le syndicat.
Les primes concernées sont :
- Prime de rendement : 2 500 000 GNF par article publié dans une revue internationale à comité de lecture, 1 500 000 GNF pour une revue guinéenne, et 5 000 000 GNF par ouvrage publié ;
- Prime de risque : 1 000 000 GNF par mois pour les personnels travaillant dans les laboratoires et ateliers à risque ;
- Primes issues des dernières négociations, dont le paiement n’a pas été honoré.
Le SNAESURS insiste sur le fait que ces primes constituent des « droits acquis et non de simples libéralités ».
Reclassement, statut particulier et conditions de travail : un malaise global
Le mémorandum aborde également plusieurs autres doléances, parmi lesquelles :
- Le reclassement exceptionnel des détenteurs de Master au grade d’Assistant, afin de rétablir l’égalité de traitement avec les détenteurs de diplômes « jugés équivalents » déjà reclassés ;
- La révision du Décret n°176/PRG/89 et la signature du Statut Particulier des enseignants-chercheurs et chercheurs, prévu par la loi 0016 mais jamais adopté ;
- L’amélioration des conditions de travail : dotation en véhicules de service pour les responsables, rétablissement du second jour de repos hebdomadaire, et mesures concrètes en faveur des retraités.
Vers un bras de fer avec le gouvernement ?
En conclusion de son mémorandum, le SNAESURS affirme sa volonté de privilégier le dialogue social et la stabilité du secteur. Mais le syndicat prévient :
« À défaut de suite satisfaisante, le SNAESURS se réserve le droit de recourir aux voies légitimes d’action syndicale garanties par la Constitution du 26 septembre 2025 et par les Conventions n° 87 et n° 98 de l’Organisation Internationale du Travail, afin de défendre les intérêts légitimes des travailleurs et de préserver l’avenir de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique en République de Guinée. »
Reste à savoir si le gouvernement, qui a déjà signé deux protocoles d’accord avec le syndicat en 2023 et 2025, parviendra cette fois à honorer ses engagements. L’ouverture des négociations dans les prochains jours sera déterminante pour éviter une crise sociale majeure dans le secteur universitaire guinéen.
Laguinee.info





