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El Souleymane Diallo : qui est-il ?

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Né en 1945 à Labé, El Souleymane Diallo est devenu orphelin très tôt. C’est Hadja Gadijane qui, en tant que tutrice, l’amène auprès d’elle à Labé. C’est là qu’en 1961, le jeune Souleymane obtient son premier diplôme : le brevet d’études du premier cycle.

Intelligent et passionné de lecture, il entame alors une belle et riche aventure scolaire, universitaire et postuniversitaire. Il enchaîne formations et diplômes. En 1962, il intègre l’Institut national des langues de Bellevue à Conakry. Quatre ans plus tard, en 1966, il poursuit ses études au Collège fédéral de formation supérieure des enseignants de Lagos, au Nigeria. Le certificat d’étudiant étranger qu’il y décroche ne comble pas ses ambitions. Il veut aller plus loin et obtenir d’autres diplômes.

En 1970, il rejoint l’Institut polytechnique de Kankan, devenu aujourd’hui l’Université Julius Nyerere. Il en sort avec un diplôme de fin d’études supérieures. Pour Diallo Souleymane, ce n’est pourtant pas la fin du parcours. Il s’exile en Côte d’Ivoire et passe, en 1973, l’examen spécial d’entrée à l’Université d’Abidjan.

Parallèlement, il travaille comme journaliste au quotidien ivoirien Fraternité Matin, où il gravit les échelons jusqu’à devenir correcteur de presse. Sa licence en lettres anglaises, obtenue en 1976 à l’Université d’Abidjan, son DEA en études anglophones décroché en 1981, ainsi que son doctorat de troisième cycle consacré au thème de la peur à travers les romans de l’écrivain, journaliste et militant panafricaniste sud-africain Peter Abrahams, viennent enrichir son impressionnant palmarès.

Permettez-moi, en ce moment de prière et de recueillement, de dire quelques mots sur l’œuvre immortelle du doyen Souleymane Diallo.

Trois ans après la mort du président Ahmed Sékou Touré, il regagne le pays et décide de créer le premier journal satirique de Guinée. Dès lors, le Comité militaire de redressement national (CMRN), qui a engagé la Guinée sur la voie du libéralisme, autorise la création de journaux.

Diallo Souleymane s’engouffre dans la brèche ouverte par le régime du général Lansana Conté et publie, le 7 février 1992, le premier numéro du journal satirique Le Lynx. Il s’inspire des pamphlets de l’opposant Bah Mamadou que les Guinéens lisaient autrefois en cachette.

La même année, il devient membre du Conseil national de la communication (CNC), ancêtre de l’actuelle Haute Autorité de la Communication (HAC).

Le Lynx ayant pris ses marques dans le paysage médiatique guinéen, Diallo Souleymane récidive le 18 décembre 1996 en créant La Lance. Si Le Lynx tourne en dérision tout et tout le monde, y compris les plus hautes autorités du pays, La Lance adopte un ton plus sérieux.

Ainsi naît le célèbre groupe de presse Lynx-Lance, dont il est aujourd’hui difficile de mesurer pleinement l’influence tant il a constitué une véritable école de journalisme pour plusieurs générations de professionnels.

Le groupe s’élargit en décembre 2012 avec la création de Lynx FM. La radio cesse toutefois ses activités en 2022 à la suite de difficultés internes.

Mais peut-on réduire Diallo Souleymane à ses diplômes et à son groupe de presse ? Permettez-moi, encore une fois, d’emprunter le titre de sa célèbre rubrique pour répondre en un mot : non.

« Yala le Golux », comme l’appelaient ses collaborateurs, était un homme de principes et de convictions, un journaliste doublé d’un patron de presse téméraire et constant.

Le fait qu’il soit un descendant de Karamoko Alpha Mo Labé, illustre fondateur de la ville de Labé, à la fois chef de guerre et guide religieux, a-t-il contribué à forger son caractère ? Son esprit d’indépendance l’avait conduit à démissionner discrètement du quotidien gouvernemental Horoya pendant la Révolution, à une époque où nul ne pouvait se permettre de démissionner ouvertement.

Plus tard, il témoignera avoir quitté Horoya, son premier poste de journaliste, parce que, disait-il, « on écrivait tout au nom de la Révolution et du PDG ». Il démissionnera ensuite du journal La Nouvelle République de Bah Mamadou pour fonder Le Lynx, estimant l’opposant quelque peu envahissant.

Lecture faite par Amadou Diallo, BBC

 

 

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