Le Comité Exécutif de Pastef-Les Patriotes a annoncé ce lundi 1er juin 2026 que le parti ne participera pas au prochain gouvernement de Bassirou Diomaye Faye et n’y sera représenté par aucun ministre. Après plusieurs rounds de négociations et un long entretien entre les deux présidents ce matin, les désaccords sur la place et le rôle de la majorité dans le dispositif exécutif n’ont pas pu être surmontés. Une rupture qui consacre une cohabitation institutionnelle pleinement assumée.
Ils se sont parlé longuement ce matin. Et au bout de la conversation, Pastef est sorti les mains vides, ou libres, selon le point de vue.
Des échanges, des convergences et des désaccords insurmontables
Le COMEX de Pastef précise dans son communiqué que le processus a suivi son cours normalement. Plusieurs échanges ont été engagés avec le président de la République en vue de la constitution du nouveau gouvernement, dans « un esprit de responsabilité et conformément aux engagements » réitérés par Ousmane Sonko lors de son installation à la présidence de l’Assemblée nationale.
Ce matin, un long entretien a réuni les deux hommes, le président Faye et le président Sonko. Le communiqué est d’une franchise notable sur ce qui s’y est passé : « Des convergences ont certes été confirmées, mais aussi et surtout des points de désaccord, notamment autour de la place et du rôle de la majorité dans le dispositif exécutif, dont nous ignorons tout de la structure. »
Après restitution aux instances du parti, « de nouvelles propositions ont été présentées au Président de la République, sans réponse favorable ». La porte s’est fermée.
La décision : aucun ministre Pastef dans le gouvernement
La conclusion du COMEX est nette et sans ambiguïté : « Pastef-Les Patriotes ne participera pas au prochain gouvernement et n’y sera représenté par aucun ministre. » Un retrait total, assumé collectivement par la direction du parti.
Le communiqué se clôt sur une formule à la fois digne et distante : « Nous souhaitons plein succès à la nouvelle équipe. » Cinq mots qui disent tout : le parti se retire, mais sans fracas apparent.
Ce que cette décision change
Diomaye Faye devra désormais former un gouvernement sans les cadres de Pastef, le parti qui détient 130 sièges sur 165 à l’Assemblée nationale. Un paradoxe institutionnel rare : gouverner sans la majorité parlementaire, et composer avec un Premier ministre Al Amine Lô dont la légitimité au sein de Pastef est elle-même contestée par des figures comme le député Guy Marius Sagna.
Sonko, lui, conserve le perchoir et la majorité à l’Assemblée. Il peut désormais exercer pleinement son rôle de contre-pouvoir, contrôle de l’action gouvernementale, vote des lois, agenda parlementaire, sans les contraintes d’une participation au gouvernement.
La cohabitation institutionnelle entre le palais de la République et le perchoir de l’Assemblée nationale est désormais pleinement consommée. Le Sénégal entre dans une configuration politique sans précédent dans son histoire.
Ce feuilleton Diomaye-Sonko vient d’écrire son chapitre le plus décisif. Le gouvernement qui se formera sans Pastef sera le premier vrai test de la capacité de Diomaye Faye à gouverner seul, et le premier vrai test de la capacité de Sonko à exercer un contre-pouvoir parlementaire sans tomber dans la déstabilisation. Les prochaines semaines diront si ces deux hommes peuvent, depuis des positions opposées, faire avancer le Sénégal qu’ils avaient promis de transformer ensemble.
Laguinee.info





