Face à la multiplication des enlèvements et disparitions visant des acteurs sociopolitiques et des mineurs en Guinée, des experts des droits humains de l’ONU expriment leur vive inquiétude. Dans une note publiée ce jeudi 7 mai 2026 dont Laguinee.info dispose copie, ils dénoncent des actes d’« une cruauté exceptionnelle » et demandent aux autorités guinéennes de révéler immédiatement le sort des personnes disparues.
Les disparitions forcées continuent de nourrir l’angoisse en Guinée. Cette fois, c’est l’Organisation des Nations unies qui tire la sonnette d’alarme après l’enlèvement présumé de plusieurs enfants liés à l’artiste et activiste Elie Kamano.
Les experts des droits humains de l’ONU ont officiellement réagi à la série d’enlèvements et de disparitions signalés en Guinée ces derniers mois. Dans une note transmise à la presse ce jeudi 7 mai 2026, ils dénoncent notamment l’enlèvement présumé d’enfants, qu’ils qualifient d’« actes d’une cruauté exceptionnelle ».
Selon ces experts, utiliser des enfants pour faire pression sur des proches ou des parents constitue une grave violation des droits humains. « Instrumentaliser des enfants comme levier et leur causer un préjudice irréparable constitue une violation flagrante qui affecte les enfants, leur famille et la communauté dans son ensemble », ont déclaré Gabriella Citroni, présidente-rapporteuse, et ses collègues.
Dans leur déclaration, les experts reviennent sur des faits remontant au 11 novembre 2025. D’après les informations rapportées, des hommes masqués, présumés membres de la gendarmerie guinéenne, auraient fait irruption à l’aube dans une résidence privée située au quartier marché de Matoto, à Conakry.
Les assaillants auraient agressé puis enlevé des enfants âgés de 14 à 16 ans ainsi qu’un membre adulte de leur famille, alors qu’ils dormaient. Les victimes auraient ensuite été conduites vers une destination inconnue à bord de véhicules à l’apparence officielle.
Les experts de l’ONU estiment que l’opération « semble avoir été soigneusement planifiée et ciblée ». Selon eux, les auteurs présumés auraient procédé à une vérification de l’identité des occupants avant l’enlèvement. Ils soupçonnent que les enfants aient été visés en raison de leurs liens familiaux avec Elie Kamano, artiste guinéen et défenseur des droits humains, aujourd’hui en exil après avoir, selon la note, reçu des menaces pour sa sécurité.
Depuis ces événements, les familles disent n’avoir reçu aucune information officielle sur le sort des enfants et de leur proche disparu. Les démarches entreprises auprès des autorités et de la communauté internationale seraient, selon les experts, restées sans réponse.
Face à cette situation, les experts des Nations unies exhortent les autorités guinéennes à « révéler immédiatement » le lieu de détention et le sort des trois enfants ainsi que de leur proche. Ils demandent également que leur sécurité et leur bien-être soient garantis, avant leur libération « sans délai ».
L’ONU réclame en outre l’ouverture d’une enquête « rapide », indépendante, impartiale et approfondie sur les enlèvements présumés et les disparitions forcées dénoncées. L’objectif, précisent les experts, est d’identifier les responsables, de les traduire en justice et d’assurer des réparations aux victimes.
« Soumettre des familles à l’angoisse et à l’incertitude, en particulier lorsque des enfants sont concernés, est inhumain », ont insisté les experts. Ils dénoncent également « une forme particulièrement grave d’abus » lorsqu’« instrumentaliser la peur contre des familles et des enfants » sert, selon eux, à « étouffer la dissidence ».
Les experts rappellent enfin que les représailles visant des proches de détracteurs, de dissidents ou de défenseurs des droits humains violent les principes fondamentaux de l’État de droit et peuvent être assimilées à des châtiments collectifs interdits par le droit international.
Cette nouvelle prise de position de l’ONU intervient dans un climat marqué par des dénonciations répétées de disparitions forcées en Guinée. Les regards se tournent désormais vers les autorités guinéennes, appelées à apporter des réponses sur le sort des personnes portées disparues.
Ismaël Sam, pour Laguinee.info





