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Affaire des « ports africains » : Bolloré face à la justice en décembre, une bataille de plus de douze ans

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L’affaire de corruption visant Vincent Bolloré entrera dans sa phase judiciaire décisive du 7 au 17 décembre 2026. En cause : des soupçons de financement de campagnes électorales en Guinée et au Togo, en échange de l’attribution de concessions portuaires stratégiques.

Seize ans. C’est le temps qu’il aura fallu pour que cette affaire arrive enfin devant des juges. Seize ans de procédures, d’enquêtes, de manœuvres. Et au bout du chemin, un procès. Celui de Vincent Bolloré, l’un des hommes d’affaires les plus puissants de France, convoqué devant le tribunal judiciaire de Paris du 7 au 17 décembre 2026.

Des billets de campagne contre des ports africains

L’histoire commence en 2010. En Guinée et au Togo, deux présidents briguent le pouvoir. Alpha Condé d’un côté, Faure Gnassingbé de l’autre. Et dans les coulisses, selon les enquêteurs du Parquet national financier, le groupe Bolloré aurait mis la main à la poche. Soutien logistique, soutien financier : la filiale de communication Euro RSCG, rebaptisée depuis Havas, aurait été déployée pour soigner l’image des deux candidats. Le prix de cette générosité ? Des concessions portuaires. Conakry. Lomé. Deux ports stratégiques sur la façade ouest-africaine, assortis d’avantages fiscaux.

Un donnant-donnant que le PNF ne mâche pas ses mots pour qualifier : un « pacte de corruption ».

Bolloré aux commandes, selon l’accusation

Les procureurs ne se contentent pas de viser le groupe. Ils pointent nommément Vincent Bolloré. Au Togo, il aurait personnellement supervisé les opérations. Mieux ou pire, il serait intervenu dans le recrutement de Patrick Bolouvi, demi-frère du président Gnassingbé, à la tête de Havas Media Togo. Rien ne se serait fait sans lui. C’est ce que soutient l’accusation.

Côté guinéen, le dossier est tout aussi accablant. Selon le PNF, 170 000 euros auraient été injectés dans la communication de la campagne présidentielle d’Alpha Condé. Une somme précise, traçable, documentée.

La veille d’une signature, un contrat résilié

La chronologie des faits guinéens, elle, a de quoi faire frémir. Le 9 mars 2010, le groupe Bolloré obtient la concession du terminal à conteneurs du port de Conakry. La veille, littéralement la veille, un décret présidentiel résiliait le contrat de la société Necotrans, pourtant signé en 2008 pour vingt-cinq ans.

Interrogé là-dessus par Le Monde en 2016, Alpha Condé avait répondu sans ciller : « Bolloré remplissait toutes les conditions d’appel d’offres. C’est un ami, je privilégie les amis. Et alors ? »

Et alors. Deux mots qui résument peut-être mieux que quiconque l’état d’esprit dans lequel ces deals auraient été conclus.

 L’esquive ratée

Vincent Bolloré avait tenté le tout pour le tout pour éviter la barre. Avec deux de ses collaborateurs, il avait accepté de payer une amende de 375 000 euros dans le cadre d’une procédure de reconnaissance préalable de culpabilité. Une porte de sortie discrète, sans procès, sans audience publique. Le tribunal l’a claquée. Refus net. Les investigations ont repris. Le procès a été ordonné.

Décembre 2026, l’heure de vérité

L’audience qui s’ouvrira en fin d’année promet d’être dense. Dix jours d’audience pour examiner une décennie de faits présumés, des flux financiers complexes, des contrats signés dans l’ombre de scrutins africains. Pour la justice française, ce procès est l’aboutissement d’une instruction hors norme. Pour les pays concernés, il ravive des questions longtemps étouffées sur la transparence des marchés publics et la souveraineté des États face aux appétits des multinationales.

Bolloré sera là. Et cette fois, il ne pourra pas esquiver.

 

Laguinee.info

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