La scène a volé la vedette à la rentrée parlementaire. Ce lundi au Palais du Peuple, pendant que ministres et députés avaient les yeux rivés sur l’hémicycle, tous les regards se sont tournés vers une femme en fauteuil roulant, souriante, assise au milieu de ses créations. Elle s’appelle Fatoumata Binta Oularé et elle a décidé que le handicap ne serait pas une excuse pour mendier, mais une force pour entreprendre.

Assise devant son étal, sans complexe, s’appuyant sur ses mains pour se mouvoir dans le brouhaha, elle interpelle les passants avec un sourire désarmant : achetez ses chaussures traditionnelles pour l’aider à s’autonomiser.
Wakilaré, la boutique de la résilience
Derrière cette image forte se cache plusieurs années de labeur et un projet collectif. Fatoumata Binta n’est pas seule. Avec plusieurs autres personnes en situation de handicap, elle a créé la Boutique Wakilaré, qui dispose d’un atelier de couture à la Bluezone de Kaloum et d’une boutique en ligne qui livre partout en Guinée.
Sur son étal au Palais du Peuple, l’artisanat guinéen est à l’honneur :
« Nous avons des sacs pour les téléphones, pour des lunettes, des sacs pour le marché, des chaussures traditionnelles. Des objets traditionnels sont aussi vendus et des éventails fabriqués par des personnes en situation de handicap », explique Fatoumata Binta Oularé, responsable de la boutique.
« Acheter nos produits, c’est nous encourager à ne pas mendier »
Le message du groupe est clair et digne. Réunis autour d’un même objectif : l’autonomie et l’indépendance financière, ces artisans pas comme les autres ne demandent pas la charité, mais des clients.

« Si les gens achètent nos produits, ils nous encouragent à ne pas mendier, à ne pas sortir dans les rues. C’est notre survie », lance Fatoumata.
Pour elle, le handicap « n’est pas une fatalité« .
Une réponse écologique à la crise du plastique
Au-delà de l’aspect social, le projet Wakilaré est aussi une réponse environnementale. Face à l’invasion des sachets plastiques à usage unique, l’atelier propose une alternative durable.
« Nous avons aussi fait des sacs pour palier la situation des plastiques à usage unique. Nos sacs sont dégradables après l’utilisation. Nous les vendons ici à un prix abordable.«
Une double innovation : sociale et écologique.
Un appel aux bonnes volontés
Malgré leur courage et leur ingéniosité, Fatoumata et ses collègues se heurtent à un manque criant de financements pour améliorer leur productivité et agrandir leur atelier.
Elle lance un appel du cœur :
« Nous demandons aux personnes de bonne volonté de nous aider. L’aide financière, morale, matérielle et autre nous sera utile pour notre autonomisation. Nous sommes plusieurs personnes handicapées autour de ce projet. Nous avons un atelier et une boutique. »
Au Palais du Peuple ce lundi, ce n’est pas une mendiante que Conakry a vue, mais une entrepreneuse. Une leçon de courage en fauteuil roulant.





