À la tribune des Nations unies, Mamadi Doumbouya ne s’est pas contenté de défendre le bilan de la Guinée. Le président de la République a remis sur la table sa critique des modèles de gouvernance importés, tout en présentant l’expérience guinéenne comme une voie construite à partir des réalités nationales.
Trois ans après avoir dénoncé, depuis la même tribune, un modèle de gouvernance qu’il jugeait insuffisamment adapté aux réalités africaines, Mamadi Doumbouya est revenu à l’Assemblée générale des Nations unies avec un discours placé sous le signe de la souveraineté et de l’expérience guinéenne.
À l’occasion de la 81ᵉ session de l’Assemblée générale, le chef de l’État a assumé la continuité de son propos. « Je le maintiens », a-t-il déclaré après avoir rappelé sa position sur les modèles de gouvernance importés en Afrique. Mais cette fois, il dit vouloir mettre en avant « quelques éléments factuels » sur le chemin parcouru par la Guinée.
Au cœur de son argumentaire : la nouvelle Constitution guinéenne, présentée comme le socle institutionnel d’un modèle conçu à partir de l’histoire et de la diversité du pays. Mamadi Doumbouya affirme que cette Loi fondamentale a été « façonnée par le peuple guinéen lui-même », discutée, amendée puis adoptée par référendum.
Le président met notamment en avant les dispositions relatives à la représentation des territoires et des communautés, à la gouvernance participative ainsi qu’à la reconnaissance de la diversité linguistique, religieuse et culturelle.
Cette nouvelle architecture institutionnelle est, selon lui, destinée à faire de la diversité une composante de l’unité nationale plutôt qu’un facteur de division. Une orientation qui s’inscrit dans le processus de refondation institutionnelle engagé par les autorités guinéennes depuis 2021. Le projet de nouvelle Constitution avait notamment été présenté par les autorités comme devant refléter les réalités et les aspirations du pays.
Le cycle électoral au cœur de la démonstration
Autre argument avancé par le chef de l’État : l’organisation du cycle électoral. Mamadi Doumbouya affirme que la Guinée a organisé l’ensemble de son cycle électoral direct, de la présidentielle aux élections législatives et locales, avec un financement assuré à 100 % par le Trésor guinéen.
À l’en croire, aucun de ces scrutins n’aurait connu « d’incident significatif » sur l’ensemble du territoire. Le président y voit la démonstration qu’un pays africain peut organiser et financer lui-même son processus électoral.
Cette présentation constitue l’un des principaux éléments de son plaidoyer en faveur d’une plus grande autonomie des États africains dans la définition et la mise en œuvre de leurs modèles institutionnels.
« L’Afrique peut, elle aussi, emprunter cette voie »
Pour appuyer son argument, Mamadi Doumbouya s’est tourné vers l’Asie et certains pays du Proche-Orient. Il estime que plusieurs de ces États ont construit leur développement en s’inspirant des expériences internationales tout en les adaptant à leurs propres réalités.
Le président guinéen refuse cependant de présenter cette approche comme un rejet de la coopération internationale. Il plaide plutôt pour un « partenariat renouvelé », fondé sur la souveraineté des États et sur une logique de « co-construction gagnant-gagnant ».
La Guinée, assure-t-il, entend rester « un partenaire fiable, ouvert et engagé » auprès de la communauté internationale, tout en défendant le respect mutuel des souverainetés.
Du modèle institutionnel au développement économique
Le raisonnement présidentiel ne s’arrête pas aux institutions. Pour démontrer les effets de cette orientation, Mamadi Doumbouya a dressé devant les dirigeants du monde un bilan des réalisations qu’il attribue à son action depuis moins de trois ans.
Il cite notamment plus de 1 000 kilomètres de routes bitumées, le projet Simandou, des infrastructures scolaires et sanitaires, trois raffineries d’alumine annoncées en construction ainsi qu’une raffinerie d’or présentée comme la plus importante d’Afrique en capacité de production.
Le chef de l’État inscrit l’ensemble de ces projets dans le programme Simandou 2040, qu’il présente comme un instrument de transformation structurelle de l’économie guinéenne, au-delà de la seule exploitation minière.
La jeunesse occupe également une place centrale dans cette vision. Mamadi Doumbouya la présente comme « notre plus grande richesse » et met en avant la formation, l’emploi et l’entrepreneuriat, notamment à travers l’initiative Simandou Academy.
Une vision guinéenne présentée comme une voie africaine
Au terme de son intervention, le président de la République a élargi son propos à l’ensemble du continent. Son message : l’Afrique pourrait construire ses propres trajectoires de développement en s’inspirant des expériences étrangères sans nécessairement reproduire leurs modèles institutionnels.
« Lorsque les modèles de gouvernance sont adaptés aux réalités historiques, sociales et culturelles de chaque nation, plutôt qu’importés sans discernement, le développement s’accélère », a-t-il soutenu.
À New York, Mamadi Doumbouya a ainsi articulé son discours autour de trois notions : souveraineté, adaptation des modèles et transformation économique. Une manière de présenter l’expérience guinéenne non seulement comme une trajectoire nationale, mais comme une contribution au débat plus large sur les voies de développement du continent africain.
Laguinee.info





