Sur son tricycle, Amadou Oury Diakité conduit ses passagers d’un point à l’autre de la ville. Mais derrière le volant, le jeune homme doit aussi composer avec des regards qui s’attardent sur les taches blanches de sa peau. Depuis l’âge de 14 ans, il vit avec le vitiligo, une situation qu’il dit avoir transformée en combat quotidien contre l’incompréhension et les préjugés.
À 14 ans, sa vie commence à changer. De petites taches apparaissent sur ses pieds. Inquiète, sa mère l’accompagne dans plusieurs centres de santé pour tenter de comprendre l’origine de ces changements.
Amadou Oury Diakité dit avoir parcouru plusieurs établissements de santé avec sa mère, sans obtenir, selon lui, de réponse qui lui permette de comprendre clairement ce qui lui arrivait.
« J’ai parcouru beaucoup de centres de santé avec ma mère, mais toujours on nous disait que ce n’était pas une maladie. On ne nous disait jamais quelque chose de vrai », raconte-t-il.
À l’école, les premiers préjugés
Avec le temps, les taches se multiplient. À l’école, Amadou affirme avoir été confronté aux moqueries et à l’éloignement de certains camarades.
Il raconte avoir été montré du doigt et avoir vu certains de ses amis prendre leurs distances. Selon lui, sa mère faisait également l’objet de reproches de la part de proches qui cherchaient une explication à son état.
« À l’école, on me jugeait, on me pointait du doigt. Même mes amis ne voulaient plus être près de moi. Les proches accusaient ma mère de ce qu’elle ne connaissait même pas. Chacun disait ce qu’il voulait sur moi », témoigne-t-il.
Face à cette situation, sa mère s’est tournée vers les traitements traditionnels. D’après Amadou, ces traitements auraient permis de ralentir la propagation des taches, sans toutefois les faire disparaître ni les arrêter définitivement.
Des passagers encore méfiants
Aujourd’hui, Amadou Oury Diakité exerce comme chauffeur de tricycle. Son activité l’amène à côtoyer quotidiennement de nombreuses personnes.
Mais cette vie professionnelle ne l’éloigne pas des préjugés. Il affirme percevoir de la méfiance chez certains passagers, qu’il attribue notamment à la méconnaissance du vitiligo.
Selon lui, certaines personnes hésitent même à le toucher, par peur de contracter la maladie.
« Je vois de la méfiance dans les yeux de mes passagers. Certains ne veulent même pas me toucher, pensant que c’est une maladie contagieuse », confie-t-il avec émotion.
Ces réactions constituent pour lui une source de malaise. Amadou Oury Diakité ne réclame pas un traitement particulier de la société. Il souhaite simplement pouvoir mener une vie normale sans être réduit à son apparence physique.
« Je veux juste marcher tranquillement sans être jugé », affirme-t-il.
Un appel à l’aide
À travers son témoignage, Amadou Oury Diakité lance également un appel aux professionnels de santé et à toutes les personnes disposant de connaissances sur le vitiligo.
« Je demande aux personnes de bonne volonté, aux docteurs, aux personnes qui s’y connaissent de me venir en aide, s’il vous plaît. Car cela fait plus d’une dizaine d’années que je porte le poids de cette maladie », plaide-t-il.
Son histoire met ainsi en lumière une dimension souvent associée au vitiligo : au-delà des manifestations visibles sur la peau, les personnes concernées peuvent aussi être confrontées à l’incompréhension et aux préjugés.
Pour Amadou Oury Diakité, le souhait reste simple : pouvoir travailler, vivre et être regardé comme une personne, sans que son apparence ne définisse le regard des autres.
Maïmouna Keïta, stagiaire pour Laguinee.info





