Tôt le matin, ils prennent place au bord des routes, dans les marchés ou aux abords des carrefours. Une bouteille d’eau à la main, un sachet de nourriture ou quelques marchandises à proposer aux passants, des enfants sillonnent les rues de Conakry pour vendre. Pour certains, ces heures passées dans la rue constituent une manière de contribuer aux revenus de leur famille. Pour d’autres, elles s’inscrivent dans un parcours marqué par la déscolarisation.
Derrière ces petits commerces ambulants se trouvent des situations familiales diverses. Mais selon le sociologue Dr Mamoudou Mariame Tounkara, la présence d’enfants dans les rues traduit surtout une vulnérabilité socio-économique et familiale.

« C’est un phénomène qui traduit une vulnérabilité socio-économique et familiale. Il ne s’agit pas simplement d’enfants qui travaillent volontairement », explique-t-il.
La précarité pousse certains enfants vers la rue
Selon le sociologue, la faiblesse des revenus familiaux constitue l’un des principaux facteurs. Le chômage, le sous-emploi des parents, les difficultés d’accès à l’éducation, les séparations familiales et le manque d’encadrement peuvent également favoriser cette situation.
Dans certains ménages, l’activité de l’enfant peut être considérée comme une contribution aux dépenses familiales lorsque les revenus des adultes ne suffisent plus à couvrir les besoins essentiels.
« À cause de cette pauvreté, les enfants deviennent alors une solution : il faut les envoyer dans la rue afin qu’ils puissent rapporter de l’argent à la famille », souligne l’universitaire.
Quand la rue prend la place de l’école
La déscolarisation constitue également un facteur important. Pour le sociologue, l’école est à la fois un espace d’apprentissage, de socialisation et de protection.
Lorsqu’un enfant quitte l’école sans dispositif de réintégration ou d’accompagnement, il devient davantage disponible pour les activités économiques informelles.
Cette situation peut réduire le temps consacré aux études, favoriser l’absentéisme et entraîner de la fatigue. Dans certains cas, elle peut conduire à un abandon définitif de la scolarité.

Des risques au quotidien
Passer de longues heures dans la rue expose aussi les enfants à plusieurs risques. Il cite notamment les accidents de la circulation, les violences physiques ou psychologiques, le harcèlement, les abus et l’exploitation économique.
Ils peuvent également être confrontés à des horaires de travail excessifs et à un environnement qui ne garantit pas suffisamment leur protection.
Sur le plan psychosocial, cette exposition prolongée peut également affecter leur développement, leur estime de soi et leurs perspectives d’avenir, estime le sociologue.
Les familles également confrontées à la précarité
La responsabilité des parents dans la protection et l’éducation des enfants reste importante. Mais le sociologue appelle à éviter de les culpabiliser systématiquement.
Certaines familles sont elles-mêmes confrontées à une forte précarité. Il estime donc nécessaire d’identifier les difficultés qui les conduisent à dépendre de l’activité économique de leurs enfants.
Une attention particulière doit toutefois être accordée aux situations où l’enfant est victime d’exploitation, de négligence ou de mise en danger.
Une réponse qui dépasse la famille
Pour réduire le phénomène, Dr Tounkara préconise de renforcer l’accès et le maintien des enfants à l’école, mais aussi de développer des programmes de réinsertion pour ceux qui ont quitté le système scolaire.
Il recommande également un accompagnement économique et social des familles vulnérables, ainsi que le renforcement des mécanismes communautaires de protection de l’enfance.
Selon lui, l’État, les familles, les écoles, les collectivités locales et les organisations spécialisées doivent agir de manière coordonnée.
Lorsque la rue devient une partie durable du quotidien d’un enfant, les enjeux dépassent donc la seule question de la vente. La scolarité, la protection et les perspectives d’avenir peuvent également être affectées. Pour le sociologue, la réponse passe à la fois par la protection des enfants et par un accompagnement des familles confrontées aux difficultés économiques.
Elhadj Mamadou Pathé Diallo et Mohamed Nana Soumah, stagiaires pour Laguinee.info





