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Tramadol : ces jeunes racontent comment ils sont tombés dans la consommation

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Il peut sauter un repas, mais pas sa dose. À Wanindara, Bhoye dit consacrer une partie de ses journées à trouver l’argent nécessaire pour acheter du tramadol. Depuis qu’il a commencé à en consommer en 2023, les comprimés ont progressivement pris une place centrale dans son quotidien. Aujourd’hui, dit-il, s’en passer reste difficile.

À l’approche de Wanindara Marché, l’activité est intense. La circulation se fait plus dense, les voix se mêlent aux bruits de la rue. Dans certains recoins du quartier, des groupes de jeunes se retrouvent à l’écart des regards. Certains discutent à voix basse, tandis que d’autres restent assis dans les coins du quartier.

Dans ce secteur, des témoignages font état de la circulation informelle de médicaments détournés de leur usage. Le tramadol figure parmi les produits cités par les personnes rencontrées.

Un vendeur, qui préfère garder l’anonymat, affirme que la vente de tramadol constitue une activité régulière dans ce milieu. Il évoque une demande importante certains jours, lorsque les jeunes sont plus nombreux à se retrouver dans le quartier.

« Je fais tous les moyens pour trouver de l’argent »

Bhoye dit avoir commencé à prendre du tramadol en 2023, après une période difficile de sa vie. Son parcours est lié, selon lui, à son retour à Conakry après une tentative de rejoindre l’Europe par la voie terrestre.

« J’ai commencé à prendre les comprimés de tramadol depuis 2023. La raison pour laquelle je me suis lancé là-dedans, c’est lors de mon retour à Conakry. Je voulais aller en Europe par la voie terrestre, mais ça s’est terminé par un rapatriement », raconte-t-il.

Depuis, la consommation a progressivement pris une place importante dans son quotidien. Il dit ressentir un besoin régulier de prendre les comprimés.

« Sans consommer ma dose, je ne peux pas rester tranquille. J’utilise tous les moyens pour trouver de l’argent afin d’acheter mes comprimés et un jus énergisant que je mélange avec », confie-t-il.

Pour lui, arrêter n’est pas simple.

« Avec le tramadol, c’est très difficile de le laisser facilement », ajoute-t-il.

« Je préférais ne pas manger »

Bouba(prénom  d’emprunt), ancien consommateur, raconte également les difficultés qu’il dit avoir rencontrées pendant sa période de consommation.

« Lorsque je prenais ce produit, j’avais toujours des soucis avec les gens. Parce que quand tu le prends, tu as toujours des idées bizarres en tête », témoigne-t-il.

La consommation avait aussi fini par modifier ses priorités quotidiennes.

« Je n’avais pas à garder l’argent avec moi. Je préférais ne pas manger, mais ne pas rester sans avoir une dose », poursuit-il.

Après plusieurs années de consommation, Boubacar affirme avoir décidé d’arrêter en 2025.

« C’est en 2025 que j’ai décidé de laisser ce fléau qui avait détruit ma vie », affirme-t-il.

Des parcours marqués par la difficulté d’arrêter

Les témoignages de Bhoye et de Boubacar décrivent deux parcours différents, mais se rejoignent sur la difficulté à se passer du produit une fois la consommation installée.

À Wanindara, les personnes rencontrées décrivent ainsi un environnement où le tramadol circule de manière informelle. Certains consommateurs disent rechercher régulièrement les comprimés, tandis que d’anciens usagers racontent les conséquences de cette période sur leur quotidien.

Ces témoignages ne permettent toutefois pas de mesurer l’ampleur de la consommation de tramadol à Conakry. Ils donnent un aperçu de situations individuelles et de la place que ce médicament détourné de son usage peut occuper dans la vie de certains consommateurs.

Ils soulèvent également la question de l’accompagnement des personnes qui souhaitent arrêter. Pour ceux qui se trouvent dans une situation de dépendance, une prise en charge adaptée peut être nécessaire pour sortir de cette consommation.

Mamadou Alimou Barry, stagiaire pour Laguinee.info 

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