Deux ans sans bourse. C’est le cri d’alarme lancé par le Collectif des Enseignants en formation du programme national « Formation des Formateurs » dans une lettre adressée à la Ministre de l’Enseignement Supérieur. Une lettre poignante qui décrit une élite en formation plongée dans la précarité.
C’est une lettre qui ne ressemble pas aux correspondances administratives habituelles. À la première ligne déjà, le ton est brut, humain :
« À l’heure où j’écris ces lignes, j’ai le cœur lourd et les yeux en larmes pour le mépris avec lequel ce programme national est tapis dans l’ombre pendant que des pères de famille en formation croupissent dans la misère.«
L’auteur ? Le Collectif des Enseignants en formation du programme « Formation des Formateurs, 5000 Master et 1000 PhD« , le programme vitrine du MESRS lancé en 2018 pour renouveler le corps enseignant guinéen. L’opportunité, comme ils l’appellent eux-mêmes, est aujourd’hui en train de tourner à l’épreuve de survie.
« Si ce programme ambitieux relève d’une véritable opportunité depuis 2018, force est de constater qu’il est exposé à des difficultés d’exécution ces derniers temps. Nous subissons des retards considérables dans la réception de ces bourses, pourtant essentielles à la subsistance et à la poursuite effective des études. »
Le chiffre avancé dans la missive fait froid dans le dos. « Beaucoup de collègues sont actuellement à deux ans, jour pour jour, sans être en possession de ladite bourse. »
Deux ans à devoir payer un loyer à Paris, Dakar ou Casablanca, à se nourrir, à acheter des ouvrages, à se déplacer, sans le sou de l’État. Le Collectif liste les conséquences, sans filtre :
« Impossibilité d’assurer régulièrement le paiement du logement, précarité alimentaire (pour ceux et celles en mobilité à l’étranger), impossibilité d’acquérir les ressources pédagogiques nécessaires, isolement social et endettement croissant auprès de tiers. »
Et le contexte international n’arrange rien. En France, l’administration a durci les règles. Comme le rappelle le collectif :
« Depuis la rentrée universitaire 2024, une preuve de virement bancaire est désormais requise dans la procédure d’acquisition ou de renouvellement des documents administratifs comme le titre de séjour. »
Pas de bourse, pas de preuve de virement. Pas de preuve, pas de titre de séjour. L’équation est simple et brutale.
Au-delà du porte-monnaie, c’est le parcours académique lui-même qui vacille. Comment rester excellent quand il faut survivre ?
« Les soutiens extérieurs, qu’ils soient familiaux ou issus de ressources personnelles, ne peuvent plus absorber ces fluctuations. Cette réalité a des répercussions concrètes sur mon moral et ma capacité à me consacrer pleinement à mon parcours doctoral. »
Certains, écrivent-ils, sont poussés à la « césure du parcours académique, faute de temps et de concentration« . D’autres ne peuvent tout simplement pas travailler à côté « sans compromettre la qualité de la formation ».
D’où cette phrase, qui résume l’état d’esprit de tout un collectif et qui pourrait servir de titre à leur combat :
« Bref, je suis en mission de formation comme nombre de mes collègues, pas en quête d’argent. »
La lettre s’achève sur une demande claire, respectueuse mais pressante, adressée à la Ministre :
« Je soumets très respectueusement la présente missive à votre adresse pour le paiement en urgence de cette bourse afin de garantir la réussite de mon cursus et préserver la dignité qui doit accompagner chaque formateur en mobilité internationale. »
Une dignité que ces futurs formateurs de la République disent aujourd’hui menacée.
Laguinee.info





