À Conakry, trouver un logement ne dépend pas uniquement de la capacité à payer un loyer. Pour certaines jeunes femmes célibataires, le statut matrimonial peut également devenir un critère pris en compte par certains propriétaires. Refus de location, restrictions sur les visites et exigences particulières s’ajoutent ainsi au coût élevé du logement.
Pour Mariama Bobo, jeune femme à la recherche d’un logement afin de se rapprocher de son lieu de travail, la difficulté s’est présentée dès sa première démarche. Elle affirme avoir essuyé un refus en raison de son statut matrimonial.
Elle raconte ce qui lui aurait été répondu lors de cette recherche :
« J’ai cherché pour la première fois une maison, ils m’ont dit que parce que je suis une fille non mariée, ils ne me donnaient pas la maison. »
Depuis cette expérience, une question revient régulièrement lorsqu’elle se présente devant certains propriétaires. Elle explique comment se déroulent ses recherches :
« La première question, c’est toujours : êtes-vous mariée ? »
Pour cette jeune femme, les difficultés ne se limitent pas au statut matrimonial. Certaines conditions imposées par des propriétaires peuvent également compliquer la location. Elle cite notamment le cas d’un propriétaire qui aurait accepté de lui louer une maison à condition qu’elle ne reçoive pas de visiteurs.
Elle rapporte cette exigence : « Il m’avait donné sa maison à condition que je n’aie pas de visiteur. Alors que j’ai des amis et j’ai des sœurs qui viennent me voir. »
Ces restrictions ne sont toutefois pas partagées par tous les propriétaires. Certaines personnes qui mettent des logements en location assument clairement leur préférence pour les familles mariées.
Aminata Diallo, propriétaire, explique ainsi qu’elle ne souhaite pas louer ses logements à des célibataires, particulièrement lorsqu’il s’agit de jeunes femmes :
« Dans ma concession, il n’y a aucun célibataire parce que je ne loge pas un célibataire, surtout quand c’est une jeune femme non mariée. Je dis toujours aux intermédiaires que je veux une famille. »
Elle justifie cette préférence par sa conception de la stabilité au sein de la concession. Elle estime que certaines habitudes de vie des jeunes femmes célibataires ne correspondent pas aux règles qu’elle souhaite appliquer dans ses logements.
Elle explique les raisons de son choix : « Je ne loge pas les jeunes femmes dans ma concession pour la stabilité du foyer. Elles sortent quand elles veulent, rentrent quand elles veulent et ne sont jamais stables. Je ne veux pas ça chez moi. »
Du côté des intermédiaires, cette situation est également évoquée. Solano, démarcheur immobilier, affirme que certains propriétaires se montrent réticents lorsqu’il leur présente une jeune femme célibataire à la recherche d’un logement.
Il décrit les difficultés auxquelles il dit être confronté dans son activité : « La plupart des propriétaires de maisons n’acceptent pas de louer leur maison à une fille, surtout si elle n’est pas mariée. »
Selon lui, les propriétaires qui acceptent d’étudier une demande cherchent généralement à obtenir davantage d’informations sur la personne avant de prendre une décision.
Le démarcheur explique les questions qui lui sont parfois posées : « Si je leur présente une jeune femme qui a besoin d’une maison, souvent, on me demande mon lien avec la personne. Est-ce que je la connais ? Est-ce que nous sommes de la même famille ? Comment est la personne ? »
À cette dimension sociale s’ajoute une autre difficulté, plus directement liée au coût du logement. Les loyers et les avances exigées représentent une charge importante pour de nombreux ménages et particulièrement pour les personnes disposant d’un revenu limité.
Fatoumata Bamba, elle aussi à la recherche d’un logement, estime que les revenus disponibles ne permettent pas toujours de supporter les conditions financières demandées par certains bailleurs.
Elle évoque le décalage entre les salaires et les coûts de location : « Quand on compare le salaire qu’on reçoit par rapport au prix du logement, si on se contente de ça, on ne va pas s’en sortir. Les prix sont trop élevés et l’avance demandée est encore plus énorme. »
Entre les critères liés au statut matrimonial, les restrictions imposées par certains propriétaires et le coût de la location, la recherche d’un logement peut donc devenir particulièrement difficile pour certaines jeunes femmes célibataires à Conakry.
Cette situation met en évidence plusieurs contraintes qui se croisent sur le marché locatif : les exigences des propriétaires, les conditions de vie dans les concessions et la capacité financière des personnes à la recherche d’un logement.
Ramatoulaye Yacine Baldé, Stagiaire pour Laguinee.info





