La Haute Autorité de la Communication (HAC) dresse un bilan globalement positif de la couverture médiatique des élections présidentielles du 28 décembre 2025 et des législatives et communales du 31 mai 2026. Dans son rapport général de plus de 200 pages, l’institution relève des progrès dans l’encadrement des médias, tout en mettant en évidence plusieurs difficultés, notamment la faible participation de certains candidats aux espaces médiatiques et les contraintes techniques rencontrées sur le terrain.
Pour ces échéances électorales, la HAC a déployé un dispositif de supervision sur l’ensemble du territoire. L’objectif était double : garantir un accès équitable des candidats aux médias et veiller au respect des règles professionnelles dans le traitement de l’information électorale.
Dans son mot introductif, le président de la HAC, Boubacar Yacine Diallo, rappelle la finalité de cette mission. Il précise :
« La régulation ne constitue ni une restriction de la liberté d’expression ni une forme de censure. Elle vise à garantir un exercice responsable de cette liberté, dans le respect des lois de la République, de l’éthique journalistique et de l’intérêt général. »
Les équipes de supervision ont ainsi travaillé dans plusieurs régions, notamment à N’Zérékoré, Faranah, Kankan et dans les préfectures de l’intérieur. L’institution indique également avoir bénéficié de moyens logistiques supplémentaires, avec la mise à disposition de 11 véhicules par l’État.
Des infrastructures destinées à renforcer le monitoring régional sont par ailleurs en cours de réalisation.
Présidentielle : les médias davantage encadrés
Pour la présidentielle, le dispositif médiatique reposait notamment sur les « Journaux de campagne » et l’émission « Face aux électeurs », diffusés avec la participation de la RTG.
La commission de visionnage de la HAC a examiné 29 productions réalisées par les neuf candidats. Le rapport fait état de plusieurs interventions destinées notamment à supprimer des propos jugés contraires aux règles établies, les attaques verbales ou encore les contenus susceptibles de porter atteinte à la cohésion sociale.
Le respect de la durée réglementaire de sept minutes faisait également partie des points contrôlés par l’instance de régulation.
Sur le terrain, les équipes de la HAC ont toutefois relevé des difficultés matérielles et professionnelles. À N’Zérékoré, le rapport mentionne notamment une insuffisance des équipements techniques ainsi qu’un besoin de renforcement des capacités des journalistes.
À Labé, l’incendie du gouvernorat a, pour sa part, endommagé une partie du matériel utilisé pour le monitoring. L’institution a dû envisager son remplacement afin de poursuivre ses activités.
La synergie FM/TV mise en avant
Parmi les expériences jugées positives par la HAC figure la synergie mise en place par l’Union des Radios et Télévisions Libres de Guinée (URTELGUI).
Ce dispositif a permis à plusieurs médias audiovisuels de coordonner leur couverture du scrutin avant, pendant et après l’élection. L’objectif était notamment de limiter la diffusion de récits contradictoires au cours d’une période politiquement sensible.
La mission d’observation du Réseau des Instances Africaines de Régulation de la Communication (RIARC) a également relevé cette initiative. Dans sa déclaration préliminaire, elle souligne :
« La Mission a noté avec un intérêt particulier et une grande satisfaction l’initiative de la Synergie FM/TV des médias audiovisuels de Guinée, avant, pendant et après les élections, qui permet d’avoir un narratif harmonisé sur le déroulé des élections et d’éviter tout débordement. »
Législatives et communales : des candidats moins présents
Le constat est différent pour les élections législatives et communales. La HAC relève une participation médiatique moins importante de plusieurs candidats et formations politiques.
Dans certaines localités de la région de Mamou, notamment Mamou, Dalaba et Pita, le rapport fait état de candidats ayant tardé à lancer leur campagne médiatique. Certains auraient également été absents des débats ou interrompu leur participation avant la fin du processus.
La région de Faranah a connu une situation similaire. Plusieurs débats programmés n’ont pas pu se tenir en raison de l’absence de participants.
À Kissidougou, le rapport indique qu’un seul parti a enregistré une déclaration. À Kankan, en revanche, la participation aux campagnes médiatiques communales a été jugée plus importante que celle observée pour les législatives.
À Conakry également, certaines formations politiques n’ont pas systématiquement utilisé les espaces qui leur étaient réservés.
Dans la commune de Sanoyah, la radio Bonheur FM rapporte notamment avoir maintenu ses espaces disponibles pendant toute la campagne, malgré l’absence de certains candidats. Le rapport précise :
« Durant toute la période de la campagne électorale, du 2 au 28 mai 2026, Bonheur FM est demeurée disponible pour assurer la diffusion des journaux de campagne… Toutefois, en raison de l’absence des candidats des partis et mouvements politiques concernés, la radio a diffusé, aux heures prévues pour ces émissions, le générique officiel de la campagne électorale. »
Ce constat pose ainsi la question de l’utilisation effective des espaces médiatiques mis à la disposition des candidats et des partis politiques pendant les campagnes.
La HAC veut renforcer les capacités des médias
Au terme de son analyse, la HAC formule plusieurs recommandations. L’institution préconise notamment un renforcement des capacités des journalistes et une amélioration des équipements des médias, particulièrement dans les régions.
La poursuite du monitoring des réseaux sociaux figure également parmi les priorités identifiées. Pour la HAC, l’évolution des pratiques médiatiques impose désormais de prendre davantage en compte les plateformes numériques.
Le rapport insiste également sur la nécessité de mieux informer les partis politiques et les candidats sur les règles et les modalités de participation aux campagnes médiatiques.
Une recommandation qui rejoint celle formulée par le quotidien national Horoya. Dans sa contribution au rapport, le journal propose notamment :
« Pour les prochaines échéances, le Quotidien national HOROYA suggère de sensibiliser les partis et candidats à mieux utiliser les colonnes du journal HOROYA, premier quotidien national du pays. »
Les réseaux sociaux et l’intelligence artificielle, nouveaux défis
Au-delà des médias traditionnels, le rapport met en évidence les nouveaux enjeux liés au numérique. La multiplication des plateformes sociales et le développement des contenus générés par l’intelligence artificielle compliquent davantage le travail de régulation.
La HAC estime donc nécessaire de développer une veille numérique permanente et de renforcer les mécanismes permettant d’archiver, de vérifier et d’analyser les contenus diffusés en ligne.
Le rapport insiste sur ce point dans ses conclusions :
« Il apparaît également nécessaire de renforcer les mécanismes d’archivage, de vérification et d’analyse des données collectées. »
Le bilan de la HAC fait ainsi apparaître deux réalités. D’un côté, l’institution estime que l’encadrement des campagnes médiatiques a enregistré des avancées, notamment en matière de supervision et de coordination des médias. De l’autre, les difficultés techniques, le niveau de participation variable des candidats et l’essor des plateformes numériques constituent encore des défis pour les prochaines échéances électorales.
Laguinee.info





