Si le rapport général de la Haute Autorité de la Communication (HAC) fait état d’une couverture globalement apaisée des scrutins de 2025 et 2026, il relève également plusieurs faiblesses. Équipements vétustes, insuffisance de formation, faible participation des acteurs politiques aux programmes des médias publics et nouveaux défis liés aux réseaux sociaux et à l’intelligence artificielle : le document dresse un bilan qui dépasse largement le seul cadre électoral.
À première vue, le bilan pourrait sembler satisfaisant. Mais derrière les chiffres et les activités réalisées pendant les campagnes électorales, le rapport général de la HAC met en évidence plusieurs difficultés qui ont affecté le travail de régulation sur le terrain.
Dans plusieurs régions, les équipes de monitoring ont dû composer avec des moyens techniques limités, des difficultés d’accès à certaines localités et des insuffisances dans la formation des professionnels des médias. À cela s’ajoute une participation jugée faible de plusieurs acteurs politiques aux espaces d’expression proposés par les médias publics.
Des équipements qui limitent le travail de monitoring
Le premier problème relevé concerne les infrastructures et les équipements techniques. Dans la région de N’Zérékoré, les équipes de la HAC ont notamment constaté une « insuffisance des équipements techniques dans certaines radios locales », ainsi que des difficultés pour accéder à certaines préfectures en raison de l’état des routes.
À Labé, la situation a été particulièrement préoccupante. Un incendie d’origine électrique survenu dans la nuit du 6 au 7 août 2025 a détruit une partie importante du matériel de monitoring. Les vérifications effectuées après le sinistre ont montré que « les effets de la chaleur ont gravement endommagé le matériel».
Selon le rapport, « seuls trois ordinateurs demeurent encore fonctionnels », ce qui a considérablement réduit les capacités de suivi de la région.
Les conditions de travail des radios rurales posent également problème. Plusieurs d’entre elles ne disposent pas de paratonnerres. En période d’orage, elles sont donc contraintes d’interrompre leurs émissions, avec des conséquences sur la diffusion des programmes liés aux campagnes électorales.
La formation des journalistes reste un autre point faible
Au-delà des problèmes matériels, le rapport relève également des insuffisances dans les pratiques professionnelles.
À N’Zérékoré, la mission de la HAC fait état d’un « déficit de formation continue des journalistes en matière de couverture médiatique des élections ». Elle évoque également une « appropriation limitée des textes réglementaires par certains acteurs des médias ».
Ces lacunes peuvent avoir des conséquences importantes en période électorale, notamment lorsque les journalistes sont confrontés à des informations non vérifiées ou à des contenus provenant des réseaux sociaux.
À Kankan, le rapport met ainsi en garde contre « l’exposition accrue des médias aux risques de désinformation, notamment à travers le relais de contenus provenant des réseaux sociaux sans vérification préalable ».
La question de l’archivage constitue également une difficulté. L’« insuffisance de certains mécanismes d’archivage et de conservation des contenus » limite les possibilités de contrôle a posteriori et complique la traçabilité des informations diffusées pendant les campagnes.
Des espaces d’expression peu investis par les candidats
La HAC a également été confrontée à un autre problème : la faible participation de certains acteurs politiques aux espaces d’expression qui leur étaient proposés.
Pour les élections législatives et communales, plusieurs débats programmés n’ont pas pu se tenir en raison de l’absence des représentants des formations politiques concernées.
À Faranah, certains débats ont ainsi été annulés en raison de « l’absence des représentants des deux formations politiques ». À Dalaba, le programme « Face à Face » n’a pas pu se tenir. À Kissidougou, une seule formation politique a produit des messages de campagne.
La situation observée à Sanoyah illustre davantage ce phénomène. Selon le rapport, Bonheur FM est restée disponible durant toute la campagne, du 2 au 28 mai 2026. Mais en l’absence des candidats, la radio a dû diffuser, aux heures prévues pour les émissions, « le générique officiel de la campagne électorale ».
Cette faible participation réduit de fait l’utilisation des espaces médiatiques prévus pour permettre aux candidats et aux formations politiques de présenter leurs programmes aux électeurs.
Les réseaux sociaux compliquent davantage la régulation
Le paysage médiatique a également évolué avec le poids croissant des plateformes numériques. Pour la HAC, cette évolution constitue un nouveau défi en matière de régulation électorale.
Certaines émissions interactives ont notamment été confrontées à la diffusion de « propos excessifs, d’accusations non vérifiées ou de prises de position partisanes difficiles à maîtriser ».
À cette difficulté s’ajoute désormais l’utilisation de l’intelligence artificielle. La HAC avait interdit la diffusion de contenus générés par IA pendant la campagne, mais le rapport estime que les capacités des équipes de monitoring doivent encore être renforcées dans ce domaine.
La régulation ne peut donc plus se limiter aux radios, télévisions et autres médias traditionnels. Le rapport recommande notamment la mise en place « d’une cellule permanente de veille numérique électorale ».
Des sanctions prononcées pour plusieurs manquements
La HAC a également relevé plusieurs violations ayant donné lieu à des sanctions.
À Labé, un journaliste a été suspendu pendant six mois pour avoir tenté d’influencer le vote en utilisant son accréditation. Dans la même région, Radio BTA FM a été sanctionnée d’une suspension de cinq mois de l’ensemble de ses canaux après la publication, à deux reprises, de résultats non officiels.
À Koubia, trois pages Facebook ont également été contraintes de retirer des publications considérées comme non autorisées.
Ces différentes décisions illustrent la volonté de la HAC de faire appliquer les règles pendant les périodes électorales. Elles montrent également les difficultés auxquelles l’institution est confrontée face à la multiplication des canaux de diffusion de l’information.
Une modernisation désormais nécessaire
Le rapport général de la HAC présente ainsi un bilan contrasté des campagnes médiatiques des élections de 2025 et 2026. Si la couverture a été globalement apaisée, plusieurs contraintes persistent dans les régions.
Les problèmes d’équipements, les difficultés logistiques, le déficit de formation et la faible participation de certains acteurs politiques constituent autant de limites au fonctionnement du dispositif de régulation.
À ces difficultés s’ajoute désormais la transformation du paysage médiatique avec les réseaux sociaux et les contenus produits ou modifiés grâce à l’intelligence artificielle.
Pour les prochaines échéances électorales, le défi sera donc double : renforcer les moyens techniques et humains de la HAC tout en adaptant la régulation aux nouvelles pratiques numériques. Le rapport recommande notamment une meilleure formation des journalistes, le renforcement des capacités de monitoring et la création d’un dispositif permanent de veille numérique électorale.
La régulation des campagnes ne se joue donc plus uniquement dans les studios des radios et les rédactions. Elle s’étend désormais aux plateformes numériques, où la circulation rapide des contenus impose de nouveaux outils de surveillance et de vérification.
Laguinee.info





