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Yimbaya : Thomas Kolié, le réparateur d’ordinateurs face au défi des déchets électroniques

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À Yimbaya, les ordinateurs malades trouvent une dernière chance. Dans son atelier, entre câbles, claviers, écrans et pièces détachées, Thomas Kolié passe ses journées à diagnostiquer des pannes et à remettre en marche des machines que leurs propriétaires croyaient parfois condamnées.

Depuis sept ans, cet homme a fait de la réparation informatique son métier. Ses mains passent d’un clavier à une carte électronique, d’un disque dur à une alimentation. Il démonte, vérifie, remplace et teste.

Mais derrière chaque ordinateur réparé se cache une autre réalité. Toutes les machines ne peuvent pas être sauvées. Certaines arrivent dans l’atelier après plusieurs années d’utilisation. D’autres sont victimes de pannes trop importantes ou deviennent tout simplement trop coûteuses à réparer.

La question finit alors par se poser : que deviennent les ordinateurs qui ne peuvent plus être remis en service ?

Sept ans les mains dans les ordinateurs

« Je m’appelle Thomas Kolié et je suis réparateur d’ordinateurs. Je fais ce métier depuis sept ans. Mon travail consiste principalement à diagnostiquer les pannes, réparer les ordinateurs et remplacer les pièces défectueuses », explique-t-il.

Au fil des années, Thomas a vu défiler différents modèles d’ordinateurs et une multitude de pannes. Ordinateurs portables ou machines de bureau, son atelier accueille des appareils de différentes générations.

La première étape reste toujours la même : le diagnostic.

Avant de changer une pièce ou de déclarer un appareil hors service, le réparateur cherche à comprendre l’origine de la panne.

« Il faut commencer par bien diagnostiquer l’ordinateur. Parfois, la panne paraît grave alors qu’il suffit de remplacer une petite pièce. Mais dans certains cas, l’appareil est vraiment arrivé en fin de vie », souligne-t-il.

Une panne ne signifie donc pas forcément la fin de l’ordinateur. Une pièce défectueuse peut être remplacée. Une machine qui semblait condamnée peut retrouver une seconde vie.

Mais lorsque les réparations deviennent trop importantes, le scénario change.

Quand la réparation ne suffit plus

Certains ordinateurs arrivent à l’atelier après plusieurs années d’utilisation. D’autres présentent des dommages qui rendent leur remise en état difficile, voire impossible.

« Je reçois assez souvent des ordinateurs qui ne peuvent plus fonctionner normalement. Les principales raisons sont l’ancienneté, les pannes de carte mère, les problèmes de disque dur, les écrans cassés ou encore les problèmes d’alimentation », explique le réparateur.

À cette réalité technique s’ajoute une réalité économique

Réparer un ancien ordinateur peut coûter cher. Lorsque le prix d’une pièce et celui de la main-d’œuvre approchent ou dépassent la valeur de l’appareil, certains propriétaires préfèrent abandonner la réparation.

L’achat d’une nouvelle machine devient alors, pour eux, une solution plus simple.

L’ancien ordinateur, lui, reste derrière. Et c’est à ce moment que commence une autre histoire : celle du déchet électronique.

Une machine hors service n’est pas forcément inutile

Pour Thomas Kolié, un ordinateur irréparable n’est pas nécessairement bon pour la poubelle.

Dans son atelier, certaines machines sont démontées. Les pièces encore fonctionnelles sont récupérées et conservées: « Je récupère les pièces qui sont encore en bon état. Il peut s’agir des barrettes de RAM, des disques durs, des ventilateurs, des chargeurs, des alimentations ou encore de certaines cartes électroniques », explique-t-il.

Ces composants peuvent servir à réparer d’autres appareils.

Une barrette de mémoire peut retrouver une place dans une autre machine. Un ventilateur peut remplacer celui d’un ordinateur défectueux. Un chargeur encore fonctionnel peut également être réutilisé.

Cette pratique permet de prolonger la durée de vie de certains équipements.

Elle permet aussi d’éviter qu’un ordinateur entier soit immédiatement considéré comme un déchet alors que certaines de ses composantes peuvent encore avoir une utilité.

Dans cet atelier de Yimbaya, la réparation devient ainsi aussi une forme de récupération.

Mais que deviennent les appareils réellement irréparables ?

Le problème devient plus complexe lorsque l’ordinateur ne peut plus être réparé et que ses pièces ne présentent plus d’intérêt pour le réparateur: « Quand l’ordinateur ne sert vraiment plus, certains appareils restent dans l’atelier en attendant qu’on puisse récupérer leurs pièces. D’autres peuvent être confiés à des récupérateurs qui s’intéressent aux différents matériaux », indique Thomas.

Cette situation met en évidence une difficulté plus large : celle de la gestion des déchets électroniques.

Les équipements informatiques ne sont pas des déchets ordinaires. Une fois arrivés en fin de vie, ils nécessitent une prise en charge adaptée.

Or, selon Thomas Kolié, les possibilités de collecte et de recyclage restent limitées: « La principale difficulté, c’est qu’il n’y a pas toujours une structure facilement accessible où on peut déposer les appareils électroniques qui ne servent plus. Beaucoup de personnes ne savent pas non plus où les envoyer », explique-t-il.

Pour le réparateur, cette absence de circuit clairement identifié complique le devenir des vieux équipements.

Des déchets qui peuvent devenir une menace

Ordinateurs, écrans, câbles, cartes électroniques et autres équipements contiennent différents matériaux et composants.

Lorsqu’ils sont abandonnés dans la nature ou mélangés aux ordures ordinaires, leur gestion peut poser des problèmes environnementaux.

Thomas alerte notamment sur les pratiques consistant à brûler ou abandonner ces appareils:

« Le problème, c’est que si les vieux ordinateurs sont jetés dans la nature ou brûlés avec les autres déchets, cela peut contribuer à la pollution. Il faut éviter de les abandonner n’importe où », estime-t-il.

Pour lui, la sensibilisation constitue une partie de la réponse. Les propriétaires d’anciens appareils doivent savoir qu’un ordinateur hors service n’est pas nécessairement un déchet à jeter immédiatement.

Avant de s’en débarrasser, certaines pièces peuvent encore être récupérées. Et avant de donner ou de vendre une machine, une autre précaution s’impose : la protection des données personnelles.

Un ancien ordinateur peut encore contenir toute une vie numérique

Documents, photographies, fichiers professionnels, comptes enregistrés ou autres informations personnelles peuvent rester dans la mémoire d’un ordinateur.

Pour cette raison, Thomas conseille aux propriétaires de ne pas se débarrasser de leur appareil sans précaution: « Je conseille aux personnes de venir d’abord chez un réparateur. Même si l’ordinateur ne peut plus être réparé, certaines pièces peuvent encore servir. Il faut aussi penser à supprimer ses données personnelles avant de donner ou de vendre un ancien ordinateur », conseille-t-il.

Un ordinateur peut donc avoir plusieurs vies

La première est celle de son propriétaire. La deuxième peut être celle d’un autre utilisateur grâce à la réparation ou au remplacement de certaines pièces. La troisième peut être celle de ses composants récupérés.

Mais lorsque toutes ces possibilités disparaissent, il reste la question du recyclage.

Une filière à mieux organiser

Pour Thomas Kolié, la solution passe par une meilleure organisation de la collecte et du recyclage des équipements électroniques:

« Il faudrait créer davantage de points de collecte pour les anciens ordinateurs et autres appareils électroniques. Il faut aussi sensibiliser les populations et encourager la création de structures spécialisées dans le recyclage », propose-t-il.

L’objectif serait de permettre aux propriétaires de savoir où déposer leurs anciens équipements et d’éviter que ceux-ci ne terminent dans les rues, les décharges ou dans la nature.

Après sept années passées à réparer des ordinateurs, Thomas connaît désormais les deux visages de ces machines.

Il y a celui de l’appareil que l’on ouvre pour diagnostiquer une panne, auquel on remplace une pièce et que l’on remet en marche.

Et puis il y a celui de l’ordinateur qui ne répond plus, dont certaines pièces sont récupérées et dont le reste attend une destination.

À Yimbaya, son atelier est donc bien plus qu’un simple espace de réparation. C’est aussi un lieu où des appareils condamnés retrouvent parfois une seconde chance.

Mais toutes les machines ne peuvent pas être sauvées.

Et lorsque la réparation s’arrête, une question demeure, plus large que l’atelier de Thomas : à mesure que les équipements électroniques se multiplient, la Guinée saura-t-elle organiser leur dernière vie ?

 

Salématou Keïta, Stagiaire pour Laguinee.info 

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