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Aïssatou Bah: de l’échec scolaire à l’ambition dans la vitrerie

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Le bruit des outils couvre presque les voix dans l’atelier. Sur la table, des profilés métalliques attendent d’être découpés et assemblés. Des morceaux de verre sont posés à quelques mètres. Entre ces matériaux, Aïssatou Bah travaille sans détourner le regard.

 

À une quinzaine d’années, la jeune fille manipule ses outils avec application. Elle mesure, ajuste, découpe. Un geste après l’autre, elle apprend à fabriquer des cadres. Dans cet univers où les hommes sont largement majoritaires, sa présence attire parfois les regards. Elle, pourtant, reste concentrée sur son travail.

Aïssatou est originaire de Pita. Son parcours n’a pas commencé dans un atelier, mais sur les bancs de l’école. Elle a étudié jusqu’en sixième année avant de connaître trois échecs successifs à l’examen d’entrée en septième année.

Après le troisième échec, elle décide de tourner la page: « J’ai étudié jusqu’en 6ᵉ année, mais j’ai arrêté après avoir échoué trois fois. J’ai décidé alors d’abandonner et de faire un métier », raconte-t-elle.

Ce choix ne ressemble pas à une résignation. Au contraire. Pour Aïssatou, il s’agit de trouver une autre manière de construire son avenir.

Une femme comme déclic

La vitrerie arrive ensuite dans son parcours presque comme une découverte.

Un jour, alors qu’elle se trouve en ville, son regard s’arrête sur une femme qui exerce un métier similaire: « Une fois, j’ai été en ville et j’ai vu une femme exercer un métier pareil. Je me suis sentie encouragée à suivre cette activité », se souvient-elle.

Cette image suffit à faire naître une idée. Si une femme peut travailler dans ce secteur, pourquoi pas elle ?

Aïssatou se lance alors dans l’apprentissage. Les débuts sont difficiles. Les gestes doivent être maîtrisés. Les outils ne pardonnent pas l’imprécision. Il faut apprendre à mesurer, à découper et à assembler avec soin.

Mais elle revient chaque jour.

« Les gens parlent, mais ça ne me dérange pas»

Son choix ne fait pas l’unanimité. Lorsqu’ils la voient travailler dans cet environnement majoritairement masculin, certains se permettent des remarques. Aïssatou les entend. Mais elle refuse d’en faire un obstacle »

« Quand les gens me voient faire ce travail, ils parlent souvent. Mais ça ne me dérange pas parce que c’est moi qui ai décidé de faire ce travail », affirme-t-elle.

Elle sait que l’apprentissage prendra du temps. Elle sait aussi que le métier exige de la patience.

Dans l’atelier, chaque journée est une nouvelle occasion d’apprendre. Une mesure à retenir. Un geste à corriger. Une technique à reproduire. Aïssatou observe les plus expérimentés, reproduit leurs gestes et apprend de ses erreurs.

Le rêve d’avoir son propre atelier

Son ambition ne s’arrête pas à la maîtrise du métier. Aïssatou veut un jour avoir son propre atelier: « Mon rêve, c’est d’ouvrir un atelier de vitrerie et de travailler avec des ouvriers comme ceux qui travaillent ici », confie-t-elle.

Pour y parvenir, elle compte sur le temps, l’expérience et la persévérance.

Elle n’oublie pas non plus celles et ceux qui l’accompagnent dans cette aventure. Sa mère occupe une place particulière dans son parcours: « Je remercie ma mère parce qu’elle m’a toujours soutenue dans cette lutte. Je remercie également ceux qui travaillent avec moi parce que ce n’est pas tout le monde qui accepte de travailler avec une fille dans ce métier par peur », souligne-t-elle.

« Faites-le malgré les critiques »

Son expérience, Aïssatou veut désormais la partager avec d’autres jeunes filles.

Pour elle, un métier ne devrait pas être réservé aux hommes ou aux femmes. Ce qui compte, dit-elle, c’est la volonté de l’exercer:

« Je dirais également à toutes les femmes qui veulent travailler dans ce métier de le faire, même si les gens ne vont pas toujours vous soutenir », conseille-t-elle.

Le bruit des outils reprend dans l’atelier. Aïssatou retourne à sa table. Elle saisit son matériel et poursuit son travail.

Quelques années plus tôt, trois échecs à l’examen d’entrée en septième année avaient interrompu son parcours scolaire. Aujourd’hui, elle écrit une autre page de son histoire, entre profilés métalliques, verre et outils.

Elle n’a pas encore son propre atelier. Mais dans sa tête, il existe déjà. Un jour, elle veut ouvrir ses portes, embaucher des ouvriers et vivre de son savoir-faire.

Pour l’instant, Aïssatou apprend. Elle travaille. Et surtout, elle avance.

Ramatoulaye Yacine Baldé, Stagiaire pour Laguinee.info 

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