Face à la hausse des loyers et aux difficultés économiques, certaines familles de Conakry sont contraintes de trouver des solutions alternatives pour se loger. Dans plusieurs marchés de la capitale, notamment à Kountia Nord, des boutiques initialement destinées au commerce sont désormais utilisées comme habitations. Entre manque d’espace, absence de confort et inquiétudes pour l’avenir des enfants, ces familles tentent de survivre dans des conditions précaires.

À Kountia Nord, le marché ne dort presque jamais. Dès les premières heures de la journée, les commerçants installent leurs marchandises, les clients circulent entre les étals et les bruits des activités commerciales envahissent les lieux. Mais derrière certaines portes métalliques, une autre réalité se cache.

Lorsque les activités commerciales prennent fin, certaines boutiques changent de fonction. Les étagères qui servaient autrefois à exposer des produits laissent place aux matelas, aux vêtements et aux quelques objets indispensables au quotidien. Ces petits espaces commerciaux deviennent des chambres pour des familles qui n’ont plus les moyens de louer une maison.

Dans une de ces boutiques, une mère de famille tente d’organiser sa vie avec ses proches. Quelques affaires personnelles sont rangées dans un coin, tandis que les enfants partagent un espace limité pour dormir, manger et passer leur temps libre.

Pour elle, cette situation est loin d’être une décision volontaire. Elle explique avoir choisi cette solution après plusieurs recherches infructueuses pour trouver un logement adapté à ses moyens.
« Les maisons sont devenues très chères à Conakry. Si nous vivons ici, ce n’est pas parce que nous le voulons, mais parce que nous n’avons pas les moyens de payer un logement normal », témoigne-t-elle.
Dans cette boutique transformée en maison, chaque journée est un défi. Le manque d’espace oblige les occupants à adapter leurs habitudes. La promiscuité, l’absence d’intimité et les conditions sanitaires parfois difficiles font partie du quotidien.

La nuit, les membres de la famille doivent partager un espace qui n’était pas prévu pour accueillir plusieurs personnes. La journée, il faut ranger les affaires personnelles pour laisser place aux activités du marché.
Au-delà des difficultés matérielles, cette situation préoccupe particulièrement les parents concernant l’avenir de leurs enfants. Selon cette mère, le cadre de vie influence aussi leur éducation.
« Les enfants n’ont pas un endroit calme pour étudier ou jouer. Ils grandissent dans un environnement qui n’est pas fait pour une famille. Malgré tout, nous faisons de notre mieux pour les protéger et leur donner ce dont ils ont besoin », explique-t-elle.
Comme elle, Mariama Diallo vit également dans une boutique de marché. Pour cette mère de famille, cette solution reste préférable à une situation où elle ne pourrait plus payer de loyer:
« Nous savons que ce n’est pas un endroit confortable, mais au moins nous pouvons payer le loyer. Ailleurs, les prix sont trop élevés pour nous. Ici, nous avons un peu de tranquillité, même si les difficultés sont nombreuses », affirme-t-elle.
Selon elle, de nombreuses familles rencontrent les mêmes difficultés dans la capitale. La hausse des loyers et la faiblesse des revenus obligent certains ménages à accepter des conditions de logement qui ne correspondent pas à leurs besoins:
« Nous demandons aux autorités de penser aux familles qui n’ont pas assez de moyens. Il faut des logements accessibles pour les personnes à faibles revenus. Nous avons besoin de solutions pour sortir de cette situation », lance-t-elle.
Cette réalité n’est pas seulement visible à Kountia Nord. Dans plusieurs marchés et zones commerciales de Conakry, certains espaces prévus pour les activités économiques sont progressivement utilisés comme lieux de vie par des familles en difficulté.
Pour les observateurs, cette situation traduit une pression croissante sur le secteur du logement dans la capitale. L’augmentation de la population, la demande élevée et le coût des loyers rendent l’accès à un logement décent difficile pour une partie des ménages.
Habiter dans une boutique de marché apparaît ainsi comme un dernier recours pour ces familles. Derrière ces portes métalliques, ce ne sont pas seulement des commerçants qui cherchent à maintenir leurs activités, mais aussi des parents qui tentent de protéger leurs enfants et de préserver un minimum de stabilité.
Alors que Conakry continue de s’étendre, la question du logement abordable reste un défi majeur. Pour ces familles, l’urgence est désormais de trouver des solutions durables afin que les boutiques retrouvent leur vocation première : accueillir des commerces et non servir de maisons.
Mohamed Sylla, Stagiaire, pour Laguinee.info





