À Dar-es-Salam, dans la commune de Ratoma, le grand dépotoir d’ordures est devenu un lieu de survie pour de nombreuses personnes. Chaque jour, des enfants y sont visibles parmi les récupérateurs, fouillant les déchets à la recherche de matériaux recyclables. Entre fumées, boue, objets dangereux et circulation des camions, ces mineurs évoluent dans un environnement marqué par de nombreux risques.

Le soleil commence à peine à monter dans le ciel que le grand dépotoir de Dar-es-Salam est déjà en mouvement. Le bruit des moteurs des camions se mêle aux voix des récupérateurs qui parcourent les montagnes de déchets. Une fumée épaisse s’élève par endroits, laissant une odeur difficilement supportable dans l’air.

Au milieu de cette scène, des enfants avancent entre les tas d’ordures. Certains portent de vieux vêtements, d’autres des sandales usées. Sans gants, sans bottes ni équipements de protection, ils fouillent les déchets à la recherche de bouteilles, de métaux ou d’autres objets pouvant être revendus.

© Naby Moussa Camara et Mamadou Oury Diallo, stagiaires pour Laguinee.info
À chaque arrivée d’un camion, l’attention se tourne vers la nouvelle cargaison. Dès que les déchets sont déversés, les récupérateurs se rapprochent pour chercher les objets qui pourraient avoir une valeur. Dans cette course quotidienne, les enfants se déplacent entre les engins et les déchets, exposés aux risques de blessures.
Sur le sol, la boue se mélange aux ordures. Des objets coupants peuvent surgir à tout moment sous les pieds des récupérateurs. Les fumées issues de la combustion des déchets et les mauvaises odeurs accompagnent leur travail quotidien.

Parmi ces récupérateurs figure Moriba Camara, artiste connu sous le nom de scène de Klimpoko Junior. Malgré son activité musicale, il fréquente régulièrement le dépotoir pour subvenir à ses besoins.
« Nous sommes très nombreux ici : des jeunes, des femmes et même des enfants. C’est devenu notre quotidien parce que c’est ici que nous trouvons de quoi manger », témoigne-t-il.
Pour lui, cette activité représente une alternative face au manque d’opportunités.
« Au lieu de rester les bras croisés dans le quartier, cela peut pousser certains jeunes à faire de mauvaises choses. C’est pour cette raison que nous venons ici », explique-t-il.
Mais derrière cette source de revenus se cachent de nombreuses difficultés. Sur le site, les risques sanitaires sont permanents. Moriba Camara montre ses mains marquées par des lésions et ses bras couverts de plaies.
« Ce travail comporte beaucoup de problèmes. On peut se blesser avec des seringues usées, respirer les fumées et supporter les mauvaises odeurs », raconte-t-il.

La présence des enfants dans cet environnement inquiète également plusieurs personnes rencontrées sur place. Certains mineurs passent une partie de leur journée au milieu des déchets, au lieu d’être à l’école ou dans un cadre plus protecteur.
Au cours du reportage, plusieurs personnes présentes sur le site ont refusé de répondre aux questions ou d’être filmées. La sensibilité du sujet et les conditions de vie difficiles dans le dépotoir rendent les témoignages parfois difficiles à recueillir.
Pour de nombreuses familles, cependant, la récupération reste une activité nécessaire pour survivre. Les matériaux collectés sont revendus et permettent à certains de répondre aux besoins essentiels du quotidien.
À Dar-es-Salam, le grand dépotoir continue ainsi d’accueillir chaque jour des adultes et des enfants à la recherche d’une source de revenus. Derrière chaque sac rempli se cache une réalité sociale complexe : celle de familles qui tentent de survivre dans un environnement où les risques côtoient l’espoir d’un lendemain meilleur.
Naby Moussa Camara et Mamadou Oury Diallo, stagiaires pour Laguinee.info.





