Plusieurs organisations de la société civile africaine ont exprimé leur inquiétude après l’annulation, le 9 juillet 2026 à Dakar, d’une table ronde consacrée aux disparitions forcées en Guinée. Dans une déclaration publiée le 10 juillet, elles estiment que cette décision intervient dans un contexte de restrictions des libertés et formulent plusieurs demandes aux autorités guinéennes et sénégalaises.
L’annulation d’une table ronde internationale consacrée aux disparitions forcées en Guinée continue de susciter des réactions. Dans une déclaration conjointe rendue publique le 10 juillet 2026, plusieurs organisations de la société civile et mouvements citoyens africains disent être « très préoccupés par l’annulation de la table ronde sur les disparitions forcées en Guinée », initialement prévue la veille à Dakar.
Selon les signataires, la rencontre, intitulée « L’épidémie des disparitions forcées en Guinée », n’a pas pu se tenir après une décision des autorités sénégalaises qui, d’après les organisateurs, serait intervenue à la suite d’une instruction de la Direction générale de la surveillance du territoire national.
Le mouvement Tournons La Page (TLP) Guinée, à l’origine de l’initiative, entendait réunir des acteurs régionaux et internationaux autour de la question des disparitions forcées en Guinée. Les organisateurs prévoyaient notamment de présenter des cas documentés, d’évaluer l’ampleur du phénomène et d’examiner les réponses apportées par les mécanismes nationaux, régionaux et internationaux.
Dans leur déclaration, les organisations estiment que « cette décision soulève des préoccupations quant au plein exercice des libertés d’expression, d’association et de réunion pacifique », rappelant que ces droits sont garantis par la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples ainsi que par les engagements internationaux du Sénégal.
Les signataires soulignent également que cette interdiction est intervenue le jour de la commémoration des deux ans de la disparition des activistes guinéens Foniké Menguè et Mamadou Billo Bah.
Ils rappellent que les deux responsables de la société civile ont été arrêtés le 2 juillet 2024 à Conakry par des agents des forces de défense et de sécurité guinéennes. Depuis cette date, affirment-ils, leurs familles, leurs proches et leurs avocats n’ont reçu « aucune information fiable concernant leur sort, leur lieu de détention ou l’évolution des procédures judiciaires éventuellement engagées à leur encontre ».
Deux ans après les faits, les organisations estiment que « le silence persiste, l’incertitude demeure et le risque d’impunité s’installe ». Elles considèrent que cette situation constitue « une grave violation des droits humains » et s’inscrit dans un contexte marqué, selon elles, par « la multiplication des disparitions forcées, des arrestations arbitraires et la restriction progressive de l’espace civique en Guinée ».
Le communiqué évoque également un recul des libertés fondamentales dans le pays. Les signataires citent notamment « la liberté d’expression, la liberté de la presse, la liberté de réunion pacifique et le droit d’accès à l’information », estimant que cette situation s’est aggravée avec la fermeture de plusieurs médias privés.
Au terme de leur déclaration, les organisations adressent plusieurs demandes aux autorités guinéennes. Elles réclament notamment « l’ouverture immédiate d’une enquête indépendante, impartiale, transparente et crédible afin d’établir toute la vérité sur la disparition de Foniké Menguè et Mamadou Billo Bah ». Elles demandent également « la libération immédiate et sans condition de toutes les personnes détenues arbitrairement pour avoir exercé pacifiquement leurs droits civiques et politiques ».
Les signataires appellent par ailleurs les autorités guinéennes à garantir les libertés d’expression, d’association, de réunion pacifique et d’accès à l’information, tout en invitant l’Union africaine, la CEDEAO, les Nations unies et les partenaires internationaux à poursuivre leurs efforts diplomatiques afin de faire la lumière sur le sort des personnes disparues.
S’adressant enfin aux autorités sénégalaises, ils demandent qu’elles « garantissent pleinement l’exercice des libertés d’expression, d’association et de réunion pacifique (…) et permettent aux organisations de la société civile d’exercer leurs activités sans entraves ».
La déclaration est signée par plusieurs organisations, dont AfricTivistes, Afrikajom Center, la Ligue sénégalaise des droits humains (LSDH), la RADDHO, Tournons La Page Sénégal, Amnesty International Sénégal et Article 19 Afrique de l’Ouest.
Laguinee.info





