Alors que de nombreuses fêtes traditionnelles africaines disparaissent ou se folklorisent, la 86e édition de la Grande Mamaya de Kankan témoigne d’une vitalité intacte, avec la Côte d’Ivoire comme invitée d’honneur le 29 mai 2026.

Créée il y a 86 ans, la Grande Mamaya de Kankan poursuit son existence dans un contexte où les traditions orales et les cérémonies communautaires peinent souvent à traverser les générations. La deuxième journée de cette 86e édition, organisée le 29 mai 2026 dans la cité de Nabaya, illustre cette persistance : le stade M’Balou Mady Diakité a accueilli des milliers de participants pour une cérémonie protocolaire présidée par le couple présidentiel guinéen, Mamadi et Lauriane Doumbouya.

L’originalité de cette édition réside dans le choix de la Côte d’Ivoire comme pays invité d’honneur. Une délégation originaire d’Odienné, dans le nord-ouest ivoirien, a traversé la frontière pour participer à la cérémonie, revêtue du Daliba Fani, tissu traditionnel de cette région. Cette participation soulève une question de fond : pourquoi une délégation d’Odienné plutôt qu’Abidjan ? La réponse géographique est simple, Odienné est située à proximité de la frontière guinéenne, dans l’aire culturelle mandingue que partagent les deux pays, mais elle révèle aussi une logique de coopération décentralisée, où les régions frontalières entretiennent des liens parfois plus vivants que les capitales.

La présence du couple présidentiel guinéen à cette cérémonie traditionnelle, relayée par la Direction de la Communication et de l’Information de la Présidence (DCI-PRG), interroge également le rapport entre pouvoir politique et patrimoine culturel. Le président Doumbouya, arrivé au pouvoir par un coup d’État en septembre 2021, participe ici à un rituel de légitimation politique classique en Afrique : l’ancrage dans les traditions locales. La remise d’un présent par le président ivoirien Alassane Ouattara, transmis par sa délégation, renforce cette dimension protocolaire.

Les prestations artistiques, danses patrimoniales, rythmes traditionnels, balafons et tambours, ont été présentées comme un « spectacle de haut niveau » par les organisateurs. Le public, qualifié de « nombreux et enthousiaste », a assisté à ces représentations dans un stade transformé en « temple de l’unité africaine », selon le communiqué officiel.

La Mamaya de Kankan se distingue ainsi des grandes manifestations culturelles institutionnalisées par sa longévité, 86 ans, et son ancrage dans une cité spécifique, Nabaya, plutôt que dans la capitale Conakry. Cette géographie culturelle marginale, loin des centres de décision politique, pourrait expliquer en partie sa résilience : la fête n’est pas soumise aux aléas du financement étatique ou aux rivalités politiques conakryoises.

L’édition 2026, avec la Côte d’Ivoire comme invitée d’honneur, pose en filigrane une question diplomatique : dans un contexte où la Guinée traverse une transition politique incertaine et où les élections législatives sont prévues le 31 mai 2026, la participation d’un pays voisin stable à une cérémonie traditionnelle peut être lue comme un signe de normalisation régionale.
Laguinee.info





