Lors de la session de cadrage et d’impulsion des priorités gouvernementales tenue à Conakry en 2026, le Premier ministre Amadou Oury Bah a profité de la tribune pour remettre les pendules à l’heure sur un sujet fondamental : qui fait quoi au sein d’un ministère ? Ministre, secrétaire général, conseillers, chacun a une mission précise. Et les confusions de rôles, selon lui, coûtent cher à l’efficacité de l’État.
Dans une administration publique, tout le monde travaille. Mais tout le monde ne doit pas faire la même chose. C’est le message du Premier ministre.
Le ministre : piloter, pas exécuter
C’est peut-être la mise au point la plus frappante de l’intervention de Bah Oury. Un ministre, aussi compétent soit-il dans son domaine, ne doit pas se substituer à ses techniciens. Son rôle est celui d’un pilote, pas d’un exécutant.
« Le ministre, quelles que soient ses compétences techniques, ne doit pas se transformer en technicien. Il doit faire faire le travail », a-t-il déclaré sans ambages.
En clair : le ministre fixe les orientations, supervise l’exécution, arbitre et rend compte. S’il descend lui-même dans le détail technique des dossiers au détriment de sa mission de supervision, il crée un dysfonctionnement en cascade, et les équipes en dessous de lui perdent leurs repères. Gouverner, ce n’est pas tout faire soi-même : c’est faire en sorte que chacun fasse ce pour quoi il est là.
Le secrétaire général : gardien de la mémoire de l’État
Deuxième rôle clarifié par le Premier ministre : celui du secrétaire général de ministère. Figure souvent méconnue du grand public, il est pourtant, dans la logique administrative, l’épine dorsale de tout département ministériel. Là où le ministre est politique et peut changer au gré des remaniements, le secrétaire général est un cadre de carrière, un professionnel ancré dans son secteur sur le long terme.
« Le secrétaire général d’un ministère doit être un homme ou une femme de métier. Ça doit être une carrière dans le cadre d’un secteur ministériel précis parce qu’il est le dépositaire de la mémoire et de tout ce qui relève d’une capacité d’assurer la continuité de l’État », a affirmé Bah Oury.
Ce point est essentiel. Quand un ministre quitte ses fonctions, les dossiers, les engagements, les procédures en cours ne disparaissent pas avec lui. C’est le secrétaire général qui assure cette continuité, qui fait en sorte que l’État ne repart pas de zéro à chaque changement de gouvernement. Sans cette mémoire institutionnelle, l’administration tourne à vide.
Les conseillers : penser pour mieux agir
Troisième maillon de la chaîne : les conseillers. Leur mission n’est ni de piloter ni d’exécuter, mais de réfléchir. Ce sont des experts dont le rôle est de formuler des analyses et des propositions pour améliorer le fonctionnement de l’administration et accompagner les réformes. Ils constituent, en quelque sorte, le laboratoire d’idées du ministre, une ressource intellectuelle mise au service de l’action publique.
Une gouvernance participative, mais structurée
Derrière cette clarification des rôles se dessine une vision plus large de la gouvernance défendue par le Premier ministre lors de cette session : une administration participative, où chaque acteur contribue pleinement, mais à sa place. « Il a insisté sur la nécessité d’une gouvernance participative, fondée sur une répartition claire des tâches afin que chaque acteur exerce pleinement les missions qui lui sont confiées », résume l’exposé de Bah Oury.
Définir clairement qui fait quoi peut sembler aller de soi. Pourtant, dans beaucoup d’administrations africaines, les chevauchements de compétences, les confusions de rôles et les ingérences entre niveaux hiérarchiques sont parmi les premiers freins à l’efficacité de l’État. En posant ces principes devant les hauts cadres de l’administration guinéenne, le Premier ministre a envoyé un message de fond : la réforme de la gouvernance commence par chacun, à son poste, assumant pleinement ce pour quoi il est là.
Laguinee.info





