Le ministère de l’Économie, des Finances et du Budget a publié le 29 avril 2026 une instruction officielle portant réajustement des droits et taxes sur les produits pétroliers, avec effet au 1er mai 2026. Signée par la ministre Mariama Ciré Sylla, cette décision fixe les nouveaux prix officiels à la pompe et introduit une subvention directe de stabilisation pour le gasoil. Décryptage d’une décision technique aux conséquences très concrètes pour les Guinéens.
À la pompe, les prix ne tombent pas du ciel. Derrière chaque litre d’essence ou de gasoil se cache une mécanique complexe de taxes, de droits de douane et de subventions. En Guinée, c’est le Comité Paritaire des Prix des Produits Pétroliers, logé au sein de la Société Nationale des Pétroles (SONAP), qui en assure le calcul chaque mois.
Des prix officiels stables à la pompe malgré la hausse mondiale
Premier enseignement de ce document technique : malgré une flambée significative des cours mondiaux du pétrole, le prix FOB Med Basis Italy du gasoil a bondi de plus de 20 % entre mars et avril 2026, les autorités guinéennes ont choisi de maintenir les prix à la pompe pour le grand public.
Le prix officiel de vente au consommateur pour le marché TTC Réseau, c’est-à-dire les stations-service classiques desservant les particuliers — reste fixé à 12 000 GNF par litre, aussi bien pour l’essence que pour le gasoil. Une stabilité qui n’est pas le fruit du hasard, mais d’un arbitrage budgétaire assumé.
Une subvention directe pour absorber le choc
Pour maintenir ce prix stable malgré la hausse des cours internationaux, l’État a recouru à un mécanisme de subvention directe de stabilisation des prix. L’instruction ministérielle le précise noir sur blanc : une subvention est versée sur chaque litre importé et facturé par la SONAP aux distributeurs pour le mois de mai 2026.
Pour le gasoil, cette subvention atteint 2 317,84 GNF par litre. En clair : pour chaque litre de gasoil vendu 12 000 GNF à la pompe, l’État absorbe une partie du coût réel d’importation pour éviter que le prix ne s’envole.
En parallèle, plusieurs taxes ont été réduites. La TSPP, taxe sur les produits pétroliers, prélevée à chaque litre,v a été abaissée de 250 GNF pour l’essence et de 150 GNF pour le gasoil. Les droits de douane et la TVA ont également été réajustés à la baisse pour tenir compte de l’évolution des cours.
Des prix différenciés selon les usages
Ce que peu de consommateurs savent : le prix à la pompe varie selon le type d’acheteur. Le document de la SONAP détaille plusieurs régimes tarifaires distincts.
Le prix de 12 000 GNF/litre s’applique aux stations-service classiques du réseau et hors réseau. Mais d’autres marchés existent, avec leurs propres tarifs :
– Le marché minier qui concerne les sociétés d’exploitation minière, est fixé à 20 000 GNF/litre pour le gasoil, un tarif plus élevé car ces acteurs bénéficient de conditions particulières dans leurs conventions.
– Les ambassades et missions diplomatiques paient l’essence à 12 700 GNF et le gasoil à 16 600 GNF.
– Le soutage international, c’est-à-dire l’approvisionnement des navires en transit, est fixé à 14 200 GNF/litre pour le gasoil.
– Les marchés EDG (Électricité de Guinée) et SEG sont fixés respectivement à 16 800 GNF et 17 100 GNF le litre de gasoil.
Comment le prix est-il calculé ? La mécanique en clair
Le prix final à la pompe résulte d’un calcul précis, opéré chaque mois par le Comité Paritaire à partir de données internationales. Pour mai 2026, le prix d’achat du pétrole sur le marché mondial, dit prix FOB, était de 1 048,275 USD/tonne pour l’essence et 1 286,150 USD/tonne pour le gasoil. À cela s’ajoutent le fret maritime, les assurances, les frais de déchargement au port de Conakry, les taxes douanières et fiscales, ainsi que les marges des différents intermédiaires, distributeurs, transporteurs, détaillants.
Au final, le prix de revient réel du gasoil importé, avant subvention, dépasse les 12 000 GNF. C’est précisément l’écart entre ce coût réel et le prix affiché à la pompe que l’État comble via la subvention.
Cette décision de maintenir les prix stables à la pompe, au prix d’un effort budgétaire significatif de l’État, traduit une volonté politique claire : préserver le pouvoir d’achat des Guinéens dans un contexte de marchés mondiaux sous tension. Reste la question de la soutenabilité de cet effort dans la durée, notamment si les cours mondiaux continuent de progresser dans les prochains mois.
Laguinee.info





