L’ancien ministre de la Défense nationale sous Alpha Condé, Mohamed Diané, a de nouveau comparu ce jeudi 7 mai 2026 devant la chambre de jugement de la CRIEF. Poursuivi pour détournement et enrichissement illicite, il a dénoncé un « acharnement » à son encontre, évoqué les conditions de son arrestation au lendemain du coup d’État du 5 septembre 2021 et révélé les budgets colossaux alloués à son ancien département.
Onze ans de gouvernement. Et aujourd’hui, la barre des accusés. Ce jeudi 7 mai 2026, Mohamed Diané, ancien ministre de la Défense nationale et chargé des affaires présidentielles sous le régime d’Alpha Condé, a comparu devant la chambre de jugement de la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières. Face aux nombreuses questions du parquet spécial, il a choisi de briser le silence sur des éléments qu’il n’avait jamais exposés publiquement.
« J’ai été victime d’acharnement »
Dès le début de son audition, le ton est donné. Mohamed Diané n’a pas cherché à minimiser la situation, mais à la recontextualiser. « J’ai été victime d’acharnement », a-t-il lancé devant les juges, avant de revenir en détail sur le film de son arrestation au lendemain du coup d’État du 5 septembre 2021.
« On a fait une descente chez moi. On a sorti mes enfants manu militari. Jusqu’aujourd’hui je n’ai pas eu accès à mes deux bureaux qui étaient au ministère de la Défense, ni accès à mes documents et ordinateurs. Je suis devant cette cour parce que j’ai été condamné par la chambre de jugement pour des faits de détournement, enrichissement illicite en tant que ministre », a-t-il dénoncé.
L’origine de ses avoirs expliquée
Interrogé sur la provenance de son patrimoine, l’ancien ministre a retracé son parcours professionnel pour justifier ses revenus. « J’ai enseigné à l’université jusqu’en 2011 avec un salaire évoluant progressivement de 2,5 à 5 millions de francs guinéens. Mon salaire à l’université a été gelé de façon arbitraire. En décembre 2010, j’ai été nommé ministre directeur de cabinet à la présidence de la République. Je n’étais pas membre du gouvernement. Tout ce qui concerne l’aspect financier, c’est le ministre secrétaire général de la présidence », a-t-il précisé.
Sur le budget de fonctionnement de ses fonctions, Mohamed Diané a affiché une fermeté décidée. « Je ne dirais rien concernant le budget de fonction », a-t-il tranché, avant d’ajouter sur une note empreinte de foi : « Je suis un croyant. Je sais ce qui m’attend. Tout ce que Dieu fait est bon. J’ai assuré des fonctions de ministre pendant 11 ans. J’ai avalé beaucoup de couleuvres. J’ai été objet de beaucoup de choses, même extrajudiciaires que je ne dirais pas ici. »
Des budgets de la Défense qui donnent le vertige
C’est sans doute l’un des moments les plus saisissants de cette audience. Interrogé sur les budgets alloués au ministère de la Défense nationale pendant sa gestion, Mohamed Diané les a énoncés sans hésitation. Des chiffres qui illustrent l’ampleur des ressources qui transitaient par ce département stratégique entre 2016 et 2021 :
2016 : 1 450 milliards 831 millions de GNF
2017 : 1 564 milliards 668 millions de GNF
2018 : 1 526 milliards 701 millions de GNF
2019 : 1 794 milliards 101 millions de GNF
2020 : 2 018 milliards 777 millions de GNF
2021 : 2 410 milliards 301 millions de GNF
En six ans, les budgets alloués à la Défense ont ainsi progressé de près de 66%, passant de 1 450 à 2 410 milliards de francs guinéens. Des montants au cœur desquels le parquet spécial cherche à établir la traçabilité des fonds.
L’audience s’est poursuivie sous la conduite du parquet spécial Alphonse Charles Wright, dont la ligne de conduite reste inchangée : établir les faits et obtenir le recouvrement des sommes détournées au profit de l’État guinéen.
Ismaël Sam, pour Laguinee.info





