Interview- Amara Kourouma, DG du Crédit Rural de Guinée : ‘’le CRG reste un véritable instrument de développement et de lutte contre la pauvreté’’

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Le Crédit Rural de Guinée a traversé des difficultés entre 2013 et 2015, mais l’institution de micro finance a réussi progressivement à redresser ses comptes dans le but de se repositionner sur des bases plus saines. Depuis le début de l’année, elle est dirigée par un nouveau directeur général. Nous l’avons rencontré pour un entretien à bâtons rompus.

Médiaguinée : Depuis janvier 2019 le Crédit Rural de Guinée (CRG) a un nouveau directeur général. Qu’est-ce que cela peut changer dans la marche de l’institution financière ?

Amara Kourouma : Depuis le mois de janvier le CRG a effectivement un nouveau directeur général. Le choix du Conseil d’administration a été porté sur ma personne. Ma mission est précise : contribuer au renforcement des acquis qui s’étalent sur 30 (trente) ans d’activité et accélérer le rythme de croissance de l’institution. C’est ce qui va nous permettre de  résorber la dégradation des fonds propres issue de la période Ebola entre fin 2013 et 2015. Bien entendu, ceci ne sera possible qu’avec la mobilisation de tous  les acteurs. Personnellement, je suis résolument engagé à réussir ma mission.

Mediaguinée : Comment se porte le CRG après ces années de redressement suite à cette fameuse épidémie d’Ebola que vous évoquez ?

Amara Kourouma : Nous avons renoué avec des résultats d’exploitation positifs depuis 2017. En 2018, le CRG a réalisé un bénéfice d’environ 2 milliards de francs guinéens. Il faut cependant souligner que les bénéfices obtenus ne sont pas encore suffisants pour effacer tous les effets négatifs des exercices difficiles antérieurs, au cours de la période évoquée plus haut. Néanmoins, l’élan amorcé est encourageant et nous estimons que c’est une bonne dynamique pour amorcer la véritable croissance que nous projetons. Nous y travaillons.

Médiaguinée : A court terme, quelles sont les priorités de la direction générale du CRG ? 

Amara Kourouma : A court terme, nos priorités sont  de renforcer la discipline dans le réseau et instaurer une véritable culture d’entreprise. N’oubliez pas que nous sommes au service des populations, de nos adhérents et des actionnaires de l’institution. Nous travaillerons aussi à mieux faire connaitre le CRG,  ses activités et son apport indéniable dans développement socioéconomique de notre pays.

Médiaguinée : Le CRG reste l’institution de micro finance leader en Guinée. Comment comptez-vous confirmer voire renforcer votre place dans le secteur ?

Amara Kourouma : Le CRG a une stratégie pour atteindre ses objectifs. Nous nous renforcerons en étant plus à l’écoute des populations pour comprendre leurs attentes et leur proposer des services plus adaptés à leurs besoins et  préoccupations. Parallèlement, nous essayerons d’améliorer nos prestations et chercher davantage à nous adapter aux exigences du marché.

Médiaguinée : Pour ceux qui ne sont pas totalement imprégnés des détails dans le domaine de la micro-finance, le taux d’intérêt constitue un frein à l’épanouissement des institutions comme le CRG. Qu’en pensez-vous ?

Amara Kourouma : C’est vrai que la question du taux d’intérêt est la principale critique qu’on nous oppose, mais tout a une explication rationnelle et logique. Les études faites autour cette question précise le prouvent. D’abord il faut savoir qu’à un premier niveau, les taux d’intérêts sont fixés par les banques qui sont elles mêmes contrôlées par la Banque Centrale (BCRG). Les Institutions de Micro finance (IMF), qui accordent plus de facilités à leurs clients et qui prennent beaucoup plus de risques, puisent leurs fonds à ce niveau. A partir de là, il est important de tenir compte de tous les paramètres ; de la couverture de leurs frais généraux ; des pertes sur créances irrécouvrables, de l’inflation etc.  Au CRG, avant même de financer quelque activité que ce soit, nous faisons une étude rentabilité avec le client. Nous analysons avec lui la pertinence de prendre ou de pas prendre un crédit. La quasi-totalité de nos clients (plus de 96 à 98 %) parviennent non seulement à rembourser leur crédit mais également à refinancer leurs propres activités. Ils deviennent même à terme des employeurs. Comme vous pouvez le constater, cela a un effet indéniable sur le développement socio-économique du pays.

Médiaguinée : Un autre point, pour un emprunteur, est parfois l’incertitude liée aux événements qui ralentissent l’activité économique. Cela s’est notamment manifesté lors de l’épidémie d’Ébola de 2013. Est-ce que vous avez un mécanisme qui permet de rassurer vos adhérents quand ils sont confrontés à des situations qu’ils ne contrôlent pas ?

Amara Kourouma : Oui. Face à des catastrophes d’envergure et reconnues comme telles,  nous sommes assez sensibles à la situation de nos clients. Avec la maladie à virus Ebola par exemple, nous avons passé environ plus de deux milliards de francs en pertes du fait des conséquences de la maladie  sur l’activité de ces clients. Aujourd’hui, nous avons effectivement des mécanismes de rééchelonnements et même d’accompagnement pour ne pas abandonner les clients  à eux-mêmes dans les situations extrêmes.

Médiaguinée : Croyez-vous que des efforts peuvent être faits  sur ce point précis (le taux d’intérêt) ou sur un autre ? Comment pensez-vous qu’on pourrait améliorer le système ?

Amara Kourouma : Aujourd’hui il est important que les IMF puissent facturer leur service au juste prix mais tout doit se faire dans un cadre juste et pragmatique. Cela leur permettra de garantir leurs activités et de continuer à offrir leurs services aux populations. La concurrence devrait leur permettre de réguler les taux d’intérêt. Bonifier les taux pour les plus démunis peut être une solution conjoncturelle et pour des besoins précis, mais ce n’est pas une solution pérenne selon des études sérieuses en la matière.

Médiaguinée : Qu’est-ce que la micro finance pourrait apporter au renforcement des petites et moyennes entreprises en Guinée ?

Amara Kourouma : Aux PME, les IMF apportent des appuis pour les fonds de roulement et souvent même pour leur démarrage quand les montants des prêts souhaités ne sont pas exagérés. Pour le moment, nous n’avons pas vocation à financer des gros investissements demandant des ressources à long terme sachant que les ressources à notre disposition sont de court terme constituées essentiellement de l’épargne des associés et clients. Néanmoins, dans le cadre de programmes spécifiques encadrés par des partenaires crédibles, nous avons des mécanismes d’intervention appropriés et négociables. Nous restons ouverts aux discussions dans ce sens avec les partenaires étatiques, paraétatiques ou privés.

Médiaguinée : Sur un autre plan, pourquoi le CRG ne parvient pas à mieux profiter de sa bonne implantation dans les zones les plus reculées du pays pour, par exemple, servir de relais dans le paiement des salaires des fonctionnaires dans les localités où les banques classiques sont éloignées ?

Amara Kourouma : Notre souhait le plus ardent est qu’on nous permette d’être le relais pour payer les salaires des fonctionnaires du monde rural.  Un telle décision procurera d’énormes gains en temps et en ressources pour ces employés de l’administration publique. Certains d’entre eux sont souvent contraints  de s’absenter pour des périodes d’environ une semaine, voire plus, afin de recevoir leur salaire domicilié à la banque la plus proche. Le fait est que, pour le moment, nous n’avons toujours pas réussi à convaincre les autorités mais nous comptons poursuivre nos efforts car la demande de la part des fonctionnaires est réelle. Un tel partenariat sera à l’avantage de toutes les parties.

Médiaguinée : Le CRG s’est également positionné dans le secteur du transfert de fonds. Concrètement comment cela se passe pour votre institution financière ?

Amara Kourouma : Comme toutes les autres sociétés de transfert d’argent nous assurons l’envoi et la réception de fonds à travers tout le pays. En plus, nous assurons au compte de plusieurs institutions les paiements de masses ainsi que la remontée de pièces justificatives. Nous assurons également les remontées de fonds surtout de gros volume à la BCRG pour les mêmes institutions et pour tout autre opérateur économique évoluant sur le terrain.

Médiaguinée : Un dernier mot ?

Amara Kourouma : Je vous remercie de l’opportunité que vous nous avez offerte pour parler des activités du CRG. J’encourage les acteurs du CRG à persévérer dans leur travail au quotidien pour le bien-être des populations guinéennes et pour le développement de notre pays. Enfin  je voudrais m’adresser à nos décideurs en les invitant à continuer de faire confiance au CRG et à nous soutenir. Le CRG reste un véritable instrument de développement et de lutte contre la pauvreté ; il est à la portée de tous et peut accompagner efficacement le décollage économique et l’émancipation sociale à la base.

Propos recueillis par Cheick Soumah

 

 

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