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« Ndimba Pimba est un symbole religieux. On ne peut pas en faire notre emblème, c’est contraire à la laïcité. », assène Mamadou Maki Diallo, chercheur indépendant

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Depuis quelques années, la République de Guinée tente de raconter une nouvelle histoire d’elle-même : celle d’un pays d’abondance, ouvert et attractif pour les investisseurs comme pour les touristes. Au cœur de cette démarche, un visage : celui du Ndimba-Pimba. Cette figure baga, longtemps honorée comme la mère de la fertilité et de l’abondance, est aujourd’hui propulsée comme symbole national. Mais derrière l’image souriante, la controverse enfle. Car pour certains, dont le chercheur indépendant Mamadou Maki Diallo, l’État a franchi une ligne sensible en transformant une ancienne divinité en emblème officiel. Lors de son entretien avec Laguinee.info, il prévient : dans un pays qui se veut laïc, ériger une divinité en symbole national ouvre un débat profond sur l’identité, la mémoire et la place du religieux dans l’espace public.

Laguinee.info : Pourquoi vous opposez-vous aujourd’hui au Ndimba Pimba comme branding national ?

Mamadou Maki Diallo : Mon opposition au Ndimba Pimba, notre branding national de la Guinée, ne vise pas avant tout notre histoire ou nos traditions. Cela vise plutôt le choix d’un symbole représentatif et qui est cohérent, qui fédère tout le monde, dans lequel tout le monde s’y reconnaît. Or, un branding national devrait être fédératif et non clivant, puisque celui qu’on a choisi cette fois-ci, le Ndimba Pimba, était une divinité. Une divinité en dehors de celui qui a créé les cieux et la terre. Et pourtant, notre population est profondément monothéiste. Donc, dans un contexte pareil, le Ndimba Pimba pose vraiment problème. Parce qu’il est très difficile pour moi, en tant que musulman, qui crois qu’il n’y a pas de Dieu en dehors d’Allah, de m’identifier ou d’être fier d’une autre divinité en dehors de celui-ci. Donc, à mon avis, on ne gagne rien dans le nationalisme du rejet ou de l’exclusion. À mon avis, ce Ndimba Pimba ne pouvait pas nous représenter.

Qu’est-ce qui vous a poussé à prendre publiquement position sur ce sujet maintenant ?

C’est parce que j’ai vu que maintenant, moi je pensais que c’était symbolique. Mais la façon dont l’importance qu’on est en train de donner au Ndimba Pimba est devenue omniprésente dans l’espace public guinéen. Les documents officiels, il y figure ; à la RTG, le R de la RTG est remplacé par lui. Et aussi, en écrivant « Guinée », le N aussi est remplacé. Et sur les infrastructures publiques, des statues sont érigées en son honneur, en son hommage. Et si c’est comme ça, c’est-à-dire qu’on n’est plus dans la mémoire, on est dans la glorification. Et dans ce cas, si les choses continuent dans ce sens-là, je pense que les choses s’orientent vers la déviation, en tout cas vers quelque chose qui pourrait vraiment susciter des conflits ou des discordes religieuses dans notre pays. Et cela ne va pas en notre faveur.

Certains pensent que le Ndimba Pimba fait partie de notre héritage culturel. Êtes-vous contre la culture ?

Moi, je ne suis pas contre la culture, puisque l’islam aussi ne l’est pas. Mais ici, je sais, beaucoup de jeunes, quand tu leur expliques cela, ils vont te dire que non, c’est juste symbolique, c’est de la culture. Mais là, ce n’est pas de la culture. Il faut qu’on se dise la vérité en face, il ne faut pas qu’on se trompe là-dessus. Puisque, ici, c’était une divinité. Or, nous sommes un pays laïc, en fait. Donc, ce n’est pas de la culture ici, on n’est pas dans la culture. Celui qui veut se tromper, qu’il se trompe, mais ce n’est pas de la culture ça. Et si on veut l’appeler de la culture, d’accord, il n’y a pas de problème. Mais c’est une culture qu’on ne peut pas glorifier et qu’on ne peut pas rendre hommage. Puisque c’était une divinité. Donc, le fait que ce soit une divinité, c’est là où se trouve le problème. C’est-à-dire qu’en tant que divinité, en aucun cas, on peut être vraiment l’image représentative d’une nation. Non, du tout. Puisque nous sommes dans un État laïc.

Vous insistez beaucoup sur l’aspect religieux. Voulez-vous imposer une lecture islamique à l’État ?

Pas du tout, pas du tout. Parce que, vous savez, moi je veux d’ailleurs le contraire ici, je l’avais dit déjà auparavant, que je ne veux pas qu’on le remplace par un symbole islamique. D’accord ? Mais alors, Ndimba Pimba est un symbole religieux, c’est un symbole spirituel. Donc, dans ce cas, on ne peut pas en faire notre emblème. C’est contraire à la laïcité. Donc, moi, j’appelle plutôt à ce qu’on le remplace par quelque chose de neutre, où tous les Guinéens, hein, de quelques confessions religieuses que ce soit, puissent s’identifier là-dessus. Parce que la laïcité, c’est la neutralité de l’État vis-à-vis des religions. L’État n’est pas religieux. C’est ce que veut la laïcité. Donc, on ne peut pas prendre des symboles ou des divinités d’une quelconque religion et en faire l’emblème national ou le symbole de l’État.

Beaucoup de jeunes se reconnaissent dans le Ndimba Pimba comme symbole identitaire. Que leur dites-vous ?

Réponse : Oui, et il y a une explication là-dessus aussi. C’est parce que, moi je pense que les gens qui devraient les informer ne l’ont pas fait sur Ndimba Pimba. Moi, je crois que beaucoup de personnes ne savent pas vraiment la nature spirituelle du Ndimba Pimba. Ils le portent, ils ne savent pas ce que ça signifie réellement.

À qui la fauqui alors ?

La faute à l’élite musulmane. La faute à ceux qui connaissent cela et à l’État aussi. Oui, à l’État aussi, mais il se peut que les responsables, les autorités de notre pays, elles-mêmes ne savaient pas, c’est-à-dire l’impact ou la sensibilité spirituelle que cela pouvait causer à notre pays. C’est-à-dire qu’ils n’ont pas pensé à cela. Mais, moi, je pense que c’était aux responsables religieux de voir cela et de prévoir ce que cela allait devenir et expliquer cela aux autorités, aux jeunes et à la population. Pourquoi pas des sermons de vendredi pour informer la population que cela n’est pas possible du tout. Donc, c’est pour cela que vous verrez beaucoup de jeunes porter cela. Tu leur demandes, ils ne savent pas pourquoi. Tu leur expliques, ils vont te dire que c’est de la culture.

Pourquoi l’État devrait-il revenir en arrière sur un symbole déjà installé partout sur le territoire et connu comme représentatif de la nation guinéenne ?

L’État peut le faire pour rectifier une erreur. L’État peut le faire pour prouver qu’il respecte les sensibilités et les religions présentes dans notre société.

Pensez-vous que l’État peut rectifier cette erreur alors qu’il n’y a aucune voix qui conteste les aléas de ce sujet ?

Peut-être qu’aujourd’hui, tout de suite, il y a peu de personnes qui se sont exprimées sur ce sujet-là. Mais, moi, je ne vois pas aujourd’hui, je vois demain. Parce que, moi, je pense que c’est une bombe à retardement. C’est-à-dire, quand je dis cela, ce n’est pas de la violence. Mais je pense que ça va venir, et ça va nous conduire à des conflits qui ne devraient pas exister dans notre pays.

Que chacun pratique sa religion à sa manière. Mais qu’on ne prenne pas une religion, et surtout une religion minoritaire, pour dire que c’est la religion de l’État. Je sais, ils n’ont pas fait le Ndimba Pimba comme étant une religion d’État. Mais on s’oriente vers ça. Puisque là, vous-même, vous avez vu l’importance qu’on a donnée à ce Ndimba-Pimba-là.

Entre l’État et les autorités religieuses, qui doit être directement pointée du doigt dans cette situation ?

Moi, je pense que les autorités n’ont pas fait ça de mauvaise foi. Je pense qu’ils l’ont fait parce qu’ils n’ont pas mesuré au début la sensibilité que cela pouvait engendrer. Et surtout, peut-être qu’ils n’ont pas aperçu le caractère religieux du Ndimba Pimba. Parce que sinon, ils auraient vu tout de suite que cela n’allait pas avec la laïcité. Je reproche beaucoup les autorités religieuses. Je peux m’adresser ici au secrétariat général des affaires religieuses et à tous les autres…

Parlez-vous ici en tant que croyant, citoyen ou militant ?

Ici, je parle en tant que citoyen inquiet de l’avenir de son pays. En tant que citoyen qui veut du bien à son pays, qui respecte toutes les confessions religieuses ici. Mais je parle aussi en tant que jeune panafricain averti, qui n’est pas dans l’émotion ni dans le nationalisme, du rejet et de l’exclusion, qui ne va pas en notre faveur. Je pense que c’est l’union qui peut faire la force.

Quel symbole proposeriez-vous à la place du Ndimba Pimba ?

Pour remplacer le Ndimba Pimba, on peut, c’est mon imagination, trouver une case que l’on va appeler notre maison commune ou la case à palabres. Une façon de dire que nous sommes une seule nation, une seule maison, une famille. Une seule maison. Je vois ça très fédérateur, inclusif et tout le monde peut s’identifier à travers cette case, qui n’est religieuse ou appartenant à une religion.

Quel est votre message de fin ?

Je dis aux autorités religieuses que Dieu leur a confié cette population. Si elles ne jouent pas leurs rôles, Dieu va les tenir responsables. Puisque si un jeune porte par exemple ces casquettes de Ndimba Pimba, pour dire qu’ils sont fiers, alors qu’ils ne savent pas les conséquences de cela dans notre religion, la faute reviendra alors aux autorités religieuses.

À nos autorités, elles doivent penser à quel héritage laisser pour le pays. Le développement, c’est quand on célèbre le courage, les efforts, l’économie, l’éducation et le travail. Je leur demande de rectifier le tir, ils peuvent le faire progressivement et cela n’affirmera que leur grandeur.

Interview réalisée par IAC, pour Laguinee.info

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