À Kountia-Sud, dans la commune de Sanoyah, le quotidien de M’balou Kouyaté ressemble à un enchaînement de responsabilités que peu de personnes parviennent à assumer avec la même constance. Entre son commerce de fruits et légumes, les tâches ménagères et la teinture artisanale qu’elle pratique depuis son domicile, cette mère de famille s’impose progressivement comme une figure d’engagement communautaire et d’autonomisation des femmes.

Rien ne prédestinait pourtant cette résidante de Kountia-Sud à se lancer dans la teinture. Elle raconte avoir découvert ce métier par hasard, au détour d’une formation qu’elle avait elle-même initiée à l’intention des femmes du quartier.
« Auparavant, je n’avais jamais imaginé que je pouvais faire la teinture. Je suis vendeuse de fruits et légumes. Mais un jour, j’ai initié une formation pour les femmes de Kountia afin qu’elles soient autonomes. J’ai cherché un formateur. Au cours de cette formation, j’ai pris le temps de suivre et finalement j’ai été séduite par le secteur. C’est ainsi que je me suis lancée là-dedans, parce que pour moi, cette activité peut générer des revenus », confie-t-elle.

Un parcours entre commerce, politique locale et engagement communautaire
Active sur plusieurs fronts, M’balou Kouyaté est également présente dans la vie associative et politique. Elle préside le mouvement Sanoyah Yigui, qu’elle a contribué à structurer, et dit avoir mis son savoir-faire au service de la communauté pendant les périodes de campagne.
« Pour moi la politique, c’est un temps de passage. Mais pendant cette campagne, j’ai fait plusieurs chemises et autres qui furent achetées par les responsables. »
La teinture comme valorisation culturelle
Dans son atelier improvisé, installé entre son salon et la cour familiale, M’balou produit des chemises à manches longues ou courtes, ainsi que divers vêtements destinés aux femmes. Les prix varient, certaines pièces atteignant 80 000 francs guinéens. Elle se dit attachée au caractère identitaire de son travail.
« La valeur est grande. Ces chemises faites en teinture, avec plusieurs designs inspirés de nos valeurs traditionnelles, mettent en lumière l’identité culturelle du monde noir, plus particulièrement celle de la Guinée. Au-delà, cela me permet d’être un peu indépendante financièrement. Maintenant, avec des petits besoins, je peux les satisfaire sans demander à autrui. »
Une source de revenus pour d’autres femmes
La production de M’balou ne lui profite pas seulement à elle. Plusieurs femmes du quartier achètent ses créations en gros pour les revendre sur les marchés, une démarche qui contribue à élargir l’impact économique de son activité.
« Aujourd’hui, j’aide plusieurs femmes. Quand je fais des chemises, il y a des femmes qui viennent prendre en gros avec moi pour aller vendre au marché », souligne-t-elle.

Un appel direct à l’engagement féminin
Très présente auprès des femmes dans les marchés et lieux de travail, M’balou insiste sur la nécessité pour elles de s’impliquer davantage dans l’apprentissage des métiers et de contribuer aux charges familiales.
« Je demande aux femmes de se débarrasser de la paresse. Si tu veux travailler, il faut d’abord lutter contre la paresse. Les femmes doivent savoir qu’il n’y a pas de sot métier. Si la femme apprend un métier, elle va forcément en bénéficier. Une femme ne doit pas penser que c’est son mari qui doit tout faire. Vous devez vous entraider, sinon ce n’est pas bon. J’appelle à la prise de conscience des femmes. »
Un besoin d’infrastructures pour aller plus loin
Malgré son dynamisme, M’balou Kouyaté fait face à une contrainte majeure : l’absence d’un local professionnel. Elle exerce dans son salon et à l’extérieur de sa maison, ce qui limite ses capacités de production et de formation. Elle espère disposer, à l’avenir, d’un espace mieux adapté pour développer son atelier, accueillir davantage de femmes et créer de nouveaux emplois.
Son parcours illustre le rôle clé que jouent de nombreuses femmes, souvent dans l’ombre, dans l’économie locale et la transmission des savoirs. Entre détermination, créativité et volonté d’élever sa communauté, M’balou Kouyaté incarne l’image d’une entrepreneure qui transforme une simple découverte en véritable moteur d’autonomisation.
IAC, pour laguinee.info







