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Polémique autour du « recrutement » de professeurs sénégalais en Guinée : la mise au point d’un enseignant-chercheur sénégalais

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La controverse née autour du supposé « recrutement » de professeurs sénégalais par la République de Guinée continue d’alimenter débats et interprétations au Sénégal comme en Guinée. Face aux interrogations, parfois teintées d’inquiétude ou de soupçon, Meissa Diakhaté, agrégé de droit public et enseignant-chercheur à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, a livré une analyse détaillée visant à replacer le débat dans son cadre académique, juridique et régional.

D’emblée, l’universitaire appelle à la clarification et à la pédagogie dans un débat qu’il juge excessivement brouillé :

« En toute chose, il faut nécessairement de la pédagogie. L’art de simplifier des choses complexes est souvent ignoré au Sénégal où la tradition intellectuelle de “compliquer” les choses simples. »

Selon lui, les autorités sénégalaises ont d’ailleurs pris la mesure de la situation en demandant aux recteurs d’université de faire toute la lumière sur les situations concernées :

« Bien évidemment, les autorités ministérielles ont assumé leurs responsabilités, en instruisant les Recteurs à tirer au clair, sur les plans légal et réglementaire, les situations des Enseignants-Chercheurs “recrutés” en République de Guinée. »

Une controverse jugée artificielle

Pour Meissa Diakhaté, le cœur de la polémique repose sur une confusion persistante entre différents statuts juridiques et cadres de coopération. Il souligne notamment que le débat occulte des éléments essentiels :

« En évitant de forcer le trait sur la confusion entre le statut général de la Fonction publique et le statut spécial régissant les Enseignants-Chercheurs de l’Enseignement supérieur et, en faisant, d’une part, l’économie de l’existence d’un “protocole d’accord de coopération universitaire et scientifique” dûment signé par les Ministres guinéen et sénégalais chargés des Affaires étrangères et, d’autre part, l’appartenance de nos deux pays à des institutions d’intégration communes (CAMES, CEDEAO), je me cantonne, pour le moment, à des constats simples. »

À ses yeux, l’ampleur du bruit médiatique interroge : « Pourquoi autant de bruits ? »

La réponse, selon lui, se trouve dans une lecture attentive de la liste des enseignants concernés :

« Il suffit d’examiner la liste des “recrues”, qui du reste a “valeur”, pour comprendre le sens et l’orientation du bruit. C’est de la naïveté pour l’opinion d’imagier un seul instant que des Professeurs sénégalais ambitionnent de déserter leurs prestigieuses universités pour migrer vers où. »

Des profils incompatibles avec l’idée de “désertion”

L’enseignant-chercheur insiste sur l’incohérence de l’idée selon laquelle des professeurs de haut niveau quitteraient définitivement le Sénégal :

« Comment peut-on un instant comprendre qu’un Professeur titulaire des matières aussi éminentes que la physique nucléaire, la mathématique, l’intelligence artificielle, la comptabilité, la climatologie, la statistique, les télécom et réseaux, le droit) puisse penser aussi court que cela ? »

Pour lui, l’opinion publique ne devrait pas être heurtée par ce type de coopération académique :

« L’opinion ne devrait pas en être heurtée car, penser autrement, ne serait qu’une image déformée de la réalité d’un programme structuré et encadré dans le temps. »

Il rappelle d’ailleurs que ce type de pratiques n’est pas inédit au Sénégal :

« D’ailleurs, le procédé est connu au Sénégal où jusqu’à une date récente des Professeurs venus de France enseignaient les mathématiques, la physique et la Chimie dans certains lycées du Sénégal. La comparaison n’est pas parfaite, mais elle est d’être fausse. »

Le besoin de rattrapage académique en Afrique

Au-delà du cas guinéen, Meissa Diakhaté replace la question dans un contexte plus large de production des savoirs :

« En tout état de cause, tout système éducatif a besoin de rattrapage (raccourcis académique) pour suivre le rythme actuel de fabrication des savoirs. »

Il estime que cette dynamique explique l’initiative guinéenne : « Certainement, cet élan anime les autorités guinéennes et même devrait en être de même pour nous. »

Le constat est sans détour :

« À ce jour, nous sommes à des années lumières de certaines connaissances de pointe qui déterminent l’avenir du monde. Dans l’arme nucléaire, l’intelligence artificielle ou l’astronomie, notre maîtrise est encore rudimentaire. »

Des chiffres loin d’être exceptionnels

L’universitaire relativise également l’ampleur du phénomène en rappelant des données comparatives :

« Malgré tout, le bruit souffle, encore en premier lieu, au Sénégal. Pourtant nous sommes loin de battre les records : Bénin (116), Guinée (45), Mali (21), Côte d’Ivoire (21), Mali (21), Burkina Faso (19), Togo (15), Cameroun (14), Tunisie (06), France (03), Niger (03), Tchad (01) tous des Enseignants-Chercheurs. »

Il évoque par ailleurs un profil particulièrement emblématique figurant dans la liste :

« Par ailleurs, figure dans cette liste le nom d’un éminent Professeur titulaire de droit public, deux fois Ministre, Inspecteur des Impôts et Domaines de formation, ancien Directeur général de l’Ecole nationale d’Administration et de la Magistrature (ENAM), Officier de l’ordre national, Chevalier de l’ordre du mérite des Palmes académiques, Chevalier de l’ordre national dans son pays, Médaillé d’or de la Fondation René Cassin (Institut international des droits de l’homme de Strasbourg) et membre du jury d’agrégation (CAMES, 2025), Mes respects cher Maître : “La gloire est un effort constant”, dit-on. »

D’où sa question insistante :

« Pourquoi alors autant de complaintes et de frayeur ? »

Sauver et encadrer le programme

Pour Meissa Diakhaté, le débat sémantique autour du mot « recrutement » constitue un risque majeur :

« Comment sauver le programme ? Si le terme “recrutement” n’est pas compris pris au sens “connotatif” voire “péjoratif”, ce programme aussi novateur pourrait être sauvé en Guinée. »

Il va plus loin :

« À la limite, il devrait inspirer les réformateurs des systèmes universitaires africains, jusque-là aux couleurs des savoirs occidentaux qu’ils continuent à servir. »

À travers des exemples concrets, il met en avant les bénéfices scientifiques potentiels pour les deux pays :

« À titre d’illustration, combien “gagnerait” – scientifiquement – un Professeur d’Agroforesterie et son pays le Sénégal en étudiant les merveilles de la forêt guinéenne ?»

« Combien “gagnerait – également scientifiquement – un Professeur de Physique et son pays le Sénégal en explorant le sous-sol guinéen attenant aux filons d’or de la Région de Kédougou ? »

« Combien “gagnerait” toujours un Professeur en “Eau et Environnement” et son pays le Sénégal en analysant un des “réservoirs d’eau” de l’Afrique de l’Ouest… »

Un cadre contractuel à clarifier

L’enseignant-chercheur rappelle enfin que ce type de coopération repose toujours sur un cadre contractuel clair : « En tout état de cause, que cela s’appelait naguère “missions d’enseignement ou de recherche”, “prestations” ou “consultances”, “un contrat” écrit ou oral est toujours à la base. »

Il insiste sur la priorité statutaire des enseignants concernés : « L’essentiel pour les Enseignants-Chercheurs sénégalais, c’est d’assurer loyalement leurs charges statutaires (…) à savoir le “d’abord Sénégal”. »

Concluant sur une note d’apaisement, Meissa Diakhaté se veut confiant : « J’ose espérer que les instructions adressées aux Recteurs sénégalais produiront des conclusions constructives et dignes de la générosité d’esprit et de l’universalisme qui sont l’essence même des Universités. »

 

Laguinee.info

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