Dans l’administration publique, les rapports hiérarchiques sont souvent empreints de respect et de discipline. Mais ils peuvent parfois conduire à des dilemmes juridiques : que faire lorsqu’un supérieur hiérarchique demande à un subordonné d’exécuter un ordre contraire à la loi ? Le juriste Kalil Camara apporte un éclairage précis sur ce sujet délicat, qui engage à la fois la responsabilité professionnelle et morale de l’agent.
Distinguer l’intention du chef et la portée de l’ordre
Selon Kalil Camara, il faut d’abord comprendre que dans la plupart des cas, le supérieur hiérarchique ne souhaite pas violer la loi. Ses instructions peuvent découler d’une mauvaise interprétation, d’une urgence administrative ou d’une absence de conseil juridique.
« Imaginez que, en tant que subordonné, votre chef hiérarchique vous instruit de poser un acte contraire à la loi. Au départ, il souhaite que vous preniez des dispositions et non agir en contradiction avec la loi », explique-t-il.
Dans ce contexte, l’attitude du subordonné doit rester empreinte de respect et de discernement. Kalil Camara recommande d’éviter la confrontation directe et de privilégier le dialogue :
« Vous pouvez lui revenir et lui dire respectueusement : monsieur le…, madame la…, sous votre respect, pour être conforme à la loi, c’est de telle manière que nous devons y procéder. Qu’est-ce que vous en dites ? »
Cette approche, selon lui, témoigne de loyauté, mais aussi de conscience professionnelle et de sens du service public.
Obéir ou désobéir : la limite de la légalité
Cependant, si le supérieur insiste, l’agent public se retrouve dans une situation délicate. Refuser d’exécuter un ordre peut entraîner une sanction disciplinaire pour désobéissance, une faute administrative souvent lourde de conséquences.
Le juriste précise alors la règle :
« En cas d’insistance, exécutez l’ordre au nom du chef, au risque de sanction disciplinaire pour désobéissance. Dans cette situation, la loi vous couvre, sauf dans des cas manifestement illégaux où vous n’êtes pas tenu d’obéir. »
Ainsi, l’agent doit exécuter l’ordre en précisant qu’il agit sous l’autorité et la responsabilité de son supérieur. Cette mention protège juridiquement le subordonné, sauf si l’ordre donné constitue une violation flagrante du droit.
Kalil Camara cite un exemple clair :
« Un ordre visant à porter atteinte à la vie ou à l’intégrité physique d’une personne est un ordre manifestement illégal. Dans ce cas, l’agent n’est pas tenu d’obéir. »
Le rôle de la vigilance juridique
Pour le juriste, une grande partie des dérives administratives vient du fait que les collaborateurs de certains dirigeants n’osent pas poser de questions ni suggérer de voies légales alternatives. Ils exécutent les ordres mécaniquement, sans esprit critique.
« Le chef hiérarchique n’a souvent pas l’intention de violer la loi, mais ceux qui sont proches de lui ne l’aident pas. Ces derniers préfèrent l’exécution immédiate sans esprit d’observation », souligne-t-il.
Or, pour Kalil Camara, un bon collaborateur doit être capable de rappeler la loi sans défier l’autorité. C’est une forme de loyauté éclairée, bénéfique à la fois pour le chef et pour l’institution.
Le respect du serment et la consolidation de l’État de droit
Au-delà du cadre administratif, Me Kalil Camara relie cette réflexion à la philosophie du pouvoir et de la gouvernance. Pour lui, la fidélité à la loi fait partie intégrante du serment prêté par tout responsable public, et plus particulièrement par le président de la République.
« C’est le sens du serment des dirigeants : respecter et faire respecter la Constitution, la loi, les règlements et les décisions de justice », rappelle-t-il.
Cette rigueur juridique, estime-t-il, est ce qui a permis à de nombreux États de droit de se renforcer et de grandir.
« Il faut que chaque agent de l’État ait cet esprit et que les chefs l’acceptent cordialement. C’est ainsi que les États de droit ont su grandir », conclut le juriste.
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