Le 12 octobre 2025 restera gravé dans l’histoire politique du Cameroun. Paul Biya, président depuis 1982, a été réélu pour un huitième mandat consécutif avec 53,66 % des suffrages exprimés. Quarante-trois ans. Quarante-trois années au cours desquelles un homme a façonné, dirigé et parfois figé un pays tout entier. Quarante-trois ans à gouverner, à décider, à imposer une continuité qui, pour certains, est synonyme de stabilité, mais pour d’autres, d’immobilisme.
43 ans. Cest la vie de plusieurs générations : des enfants devenus adultes, des jeunes qui ont grandi en entendant toujours les mêmes discours, les mêmes promesses, les mêmes réponses aux crises. Imaginez un pays où la parole politique se répète, où les espoirs se consument dans le temps, et où le changement devient un mot vide de sens. Pendant quatre décennies, le Cameroun a vu des crises sociales, des inégalités croissantes et des tensions régionales qui restent irrésolues. Pendant quatre décennies, les défis économiques se sont accumulés : chômage des jeunes, pauvreté persistante, infrastructures insuffisantes, accès limité aux services de santé et à l’éducation pour tous.
Et pourtant, le pouvoir reste entre les mêmes mains. À travers cette longévité exceptionnelle, Paul Biya symbolise la continuité absolue, mais aussi un paradoxe douloureux : un pays qui change et grandit, un peuple qui vieillit et se transforme, face à un système qui semble immobile. Les générations actuelles et futures observent, parfois avec résignation, parfois avec colère, un leadership qui a traversé les décennies sans véritable rupture, sans réforme structurelle majeure capable de répondre aux attentes réelles de la population.
L’élection de 2025 met en lumière un autre paradoxe : un scrutin qui confirme le maintien d’un pouvoir historique, mais qui souligne aussi une fracture entre l’État et ses citoyens. Le résultat électoral reflète un équilibre fragile : d’un côté, une majorité qui soutient la continuité ; de l’autre, une opposition et des voix citoyennes qui aspirent au changement. Cette tension silencieuse, mais profonde, traverse le Cameroun comme un murmure qui ne demande qu’à se faire entendre plus fort.
Il faut parler des régions anglophones, où la douleur et le sentiment d’abandon persistent depuis des années. Il faut parler de ces villes et villages où l’électricité reste irrégulière, où les routes sont impraticables, où l’accès à l’eau potable est un luxe pour certains. Il faut parler de cette jeunesse brillante, dynamique, pleine d’idées et de rêves, qui se heurte à un système qui ne s’adapte pas à ses aspirations. Comment rester confiant lorsque les mêmes dirigeants promettent le progrès depuis quatre décennies, sans que la majorité de la population ne constate de changements tangibles dans son quotidien ?
Il y a une autre dimension, plus intime, plus humaine encore : celle de l’espoir et de la patience. Combien de fois le peuple camerounais a-t-il cru que le vent du changement soufflerait, que les réformes viendraient, que l’avenir serait différent pour leurs enfants ? Combien de fois ce souffle a-t-il été arrêté par l’inertie d’un pouvoir qui se maintient avant tout pour lui-même ?
Aujourd’hui, le président Biya entame son huitième mandat. La question qui se pose, et qui dépasse la politique pour toucher au cœur même du Cameroun, est simple : jusqu’où peut durer ce statu quo ? Combien de temps un pays peut-il supporter l’immobilisme sans que le malaise social, le doute et la frustration n’éclatent au grand jour ? Les Camerounais n’attendent pas simplement des discours, des cérémonies ou des annonces symboliques. Ils attendent un pays qui avance, un pays qui évolue, un pays où leurs voix comptent et où leurs vies s’améliorent.
Le Cameroun de 2025 est à un carrefour. D’un côté, une continuité qui rassure certains et inquiète d’autres. De l’autre, des citoyens qui veulent sentir que leur pays est vivant, que leurs attentes sont entendues, que leur futur n’est pas une répétition du passé. L’élection vient de se terminer, mais le véritable enjeu reste : comment un pays peut-il se renouveler lorsque la personne qui le dirige depuis plus de quatre décennies est la même ? Comment une nation peut-elle rêver lorsque son leadership reste le miroir d’un temps immobile ?
Quarante-trois ans au pouvoir, c’est une longévité exceptionnelle, sans doute unique sur le continent et dans le monde. Mais cette exception pose un défi que le Cameroun ne peut ignorer : le temps du citoyen ne se confond pas avec le temps du pouvoir. Les espoirs, les besoins et les rêves des Camerounais avancent, et ils ne peuvent attendre indéfiniment. Le président Biya reste à son poste, mais le pays, lui, continue de regarder vers l’avenir, avec impatience, question et exigence.
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