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Accouchement en Guinée : Lisa Araujo raconte « Mon accouchement aurait pu me coûter la vie »

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Il existe en Guinée un hôpital qui semble avoir un don tragique : celui de tuer les femmes enceintes et leurs nouveau-nés. C’est ce que raconte Lisa Araujo, une jeune mère guinéenne, sur Facebook. Son témoignage, bouleversant, dénonce un système de santé défaillant.

« Mon accouchement aurait pu me coûter la vie », a confié Lisa.

Elle a raconté sa grossesse, pleine d’espoir, comme toute future maman. Elle avait choisi une clinique où la gynécologue exerçait également à Ignace Deen. « Toutes mes consultations s’y sont déroulées, et je payais 150 000 GNF à chaque visite. Mais chaque rendez-vous était le même rituel : une question expéditive ‘Tu as quoi aujourd’hui ?’ sans réelle écoute ni empathie. »

Pourtant, sa grossesse a été une épreuve physique et morale terrible. « Je vomissais huit à neuf fois par jour, je ne pouvais rien avaler. Je vivais grâce aux oranges. Le soleil m’était insupportable, mes yeux étaient couverts de taches de sang, j’étais constamment anémiée, faible, épuisée. » Certaines nuits, elle est restée clouée au lit de 19h à 4h du matin, brûlante de fièvre et en larmes, incapable de bouger.

Son mari a tout fait pour elle. « Il me portait, m’accompagnait partout, et restait fort malgré mes cris de douleur. » Mais chaque fois qu’ils ont appelé la gynécologue, elle a banalisé ses souffrances : « Chaque grossesse a sa spécificité, sois forte, prends le phafe, ça va aller. »

Lorsque son mari a demandé un bilan complet, la gynécologue a exigé 1 500 000 GNF. « Nous avons payé. Mais au final, elle n’a fait qu’une échographie. Pas d’analyse de sang, pas de suivi. » Et lorsque Lisa a exprimé son inquiétude, elle s’est fait culpabiliser : « Tu te plains trop. De toute ma carrière, je n’ai jamais vu une femme aussi faible. Ton mari dépense pour rien. Si tu continues, dans deux semaines je te retire ce bébé, et on sera tous en paix. »

Ces mots l’ont détruite. Mais elle a choisi le silence pour protéger son enfant, endurant sa souffrance avec la prière et le soutien de son mari et de sa grande sœur.

À huit mois et demi, elle a contracté le paludisme. « Terrifiée à l’idée de l’appeler, j’ai tenté de me soigner seule, car elle m’avait toujours dit : ‘Une femme enceinte ne doit rien prendre, pas même un paracétamol.’ » La maladie s’est aggravée et elle a fait une crise. Son mari l’a conduite en urgence à la clinique. La gynécologue n’était pas là, mais son mari, également médecin, l’a prise en charge avec humanité et professionnalisme. « Pendant trois jours d’hospitalisation, elle n’a pas pris une seule nouvelle de moi. »

Le travail s’est déclenché prématurément. « Je suis entrée en travail un jeudi. Jusqu’au lundi, elle me disait simplement ‘concentre-toi’. » Son assistante a commis une erreur médicale grave : au lieu de donner un produit pour accélérer le travail, elle a administré celui qui ferme le col.

Le lundi, à bout de forces, Lisa a constaté que le bébé ne bougeait plus. Sa sœur a insisté pour une césarienne. La gynécologue a demandé 2 millions de francs guinéens. « Mon mari a payé immédiatement. Mais une fois l’argent encaissé, elle a changé d’avis : ‘Je vais te donner un médicament pour tenir encore une semaine.’ »

Sa sœur a refusé : « Elle a perdu les eaux, comment le bébé va tenir ? » La gynécologue a fini par céder, non par compassion, mais par intérêt. Lisa a été conduite au bloc opératoire sans qu’elle la touche. « Je ne sais pas qui m’a opérée. »

À la naissance, la gynécologue a quitté la salle, remettant le bébé à sa sœur sans soins ni instruction. « Mon bébé avait du mal à respirer. Par ignorance, ma sœur pensait que c’était normal, jusqu’à ce qu’un médecin de passage l’alerte : ‘Si tu n’envoies pas ce bébé à Donka dans 30 minutes, tu vas le perdre.’ » Sa sœur a pris la route en urgence pendant que Lisa, abandonnée nue dans le froid du bloc et sous anesthésie, a été retrouvée par une simple employée du service d’entretien, qui l’a sauvée : « C’est elle, une simple employée, qui m’a sauvée, pas le corps médical. »

Le lendemain, elle s’est rendue à Donka pour voir son bébé. « Là, j’ai compris l’ampleur du drame que j’avais frôlé. Mon bébé avait été entre la vie et la mort, mais grâce à Dieu et aux soins des médecins de Donka, elle a survécu. Moi, j’étais traumatisée, vidée, marquée à vie. »

Aujourd’hui, Lisa témoigne pour celles qu’on a fait taire. « Cette épreuve m’a presque achevée. Je dirais que c’est Dieu qui m’a sauvée, moi et mon enfant, des griffes de cette femme et d’un système de santé qui n’a plus d’âme. Combien de femmes n’ont pas eu ma chance ? Combien meurent dans le silence, victimes d’incompétence, d’indifférence ou d’arrogance médicale ? »

Elle interpelle l’État guinéen : « Nos vies ne doivent plus dépendre de la bonne volonté de quelques médecins sans conscience. Il est urgent de réformer le système de santé, de contrôler les cliniques privées, de protéger les femmes enceintes et de sanctionner sévèrement les praticiens négligents. »

Ce témoignage poignant rappelle que la survie d’une mère et de son enfant ne doit jamais dépendre du hasard. Il met en lumière l’urgence d’un système de santé plus humain, responsable et transparent.

Laguinee.info

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